Bonaventure Moïdé, au sujet de la filière menuiserie

" On n’a pas du tout assez d’élèves en menuiserie, la menuiserie se meurt "

Filière connaissant moins d’affluence, de jour en jour, dans les Lycées, la menuiserie est pourtant indispensable aussi bien hier qu’aujourd’hui.

Pour vous permettre de mieux connaître cette filière en voie de disparition, Educ’Action a rencontré Bonaventure Moïdé, chef atelier de menuiserie au Lycée Coulibaly. Voici ce qu’il nous en dit.

Educ’Action : Qu’est-ce que la menuiserie et en quoi consiste-t-elle ?

Bonaventure Moïdé : La menuiserie, c’est cette spécialité dans laquelle on utilise le bois pour réaliser les ouvrages tels que les portes, les armoires, les lits, les mobiliers qu’on utilise généralement dans les maisons. Elle consiste à réaliser les éléments en procédant par ce que nous appelons les assemblages. Par contre, ceux qui font la sculpture sur bois, eux, ils taillent le bois pour avoir l’objet qu’ils veulent. Mais nous ici, on peut prendre les pièces de bois isolées et on essaie de couper l’autre partie, creuser dans l’autre pièce pour les relier, assembler les unes aux autres.

Quelles sont les écoles aptes à former en menuiserie ?

Pour le moment, on n’a pas d’écoles privées qui forment en menuiserie. Entre temps, Don Bosco à Zogbo faisait la menuiserie, mais ils ont fini par supprimer. Par rapport au système classique dans le public, il y a le Lycée Coulibaly qui forme en menuiserie de la première année jusqu’en Terminale ; le Lycée Technique Industriel de Porto-Novo qui forme de la première en Terminale en menuiserie. Au Nord, nous avons le Lycée Technique de Natitingou qui forme de la première année en troisième année. Il y a aussi le Lycée Technique d’Ina qui forme jusqu’en 1ère. Il y a le Lycée Technique de Pobè qui forme de la première année en Terminale également. Nous avons également des centres de formation professionnelle qui sont différents des Lycées, mais qui relèvent du giron de l’Etat. Ces centres ne forment pas tel que nous le faisons au Lycée. Chez eux, ils forment les apprentis qui sont au bord des voies et qui n’ont pas encore certaines notions techniques. Ils sont limités dans leur technicité. Donc, on sensibilise les patrons qui sont au bord des voies en ville qu’ils envoient leurs apprentis dans le centre de formation professionnelle pour avoir des diplômes tels que le Certificat d’Artisans Qualifiés (CAQ) et le Certificat de Qualification aux Métiers (CQM).

Quels sont les diplômes qui sanctionnent la formation dans les Lycées ?

Pour faire la formation au Lycée, vous avez deux possibilités. Soit vous commencez la première année avec le CEP ou vous commencez la Seconde avec le BEPC. On ne prenait pas les enfants en menuiserie avec le BEPC. Il y a seulement 3 ans de cela que nous avons commencé à accepter les apprenants avec le BEPC ici à Coulibaly. Alors quand vous venez avec le CEP, vous commencez la première année et en 3ème année, vous passez le CAP en menuiserie et là, vous êtes ouvrier qualifié. Après, vous enchaînez avec la Seconde, la 1ère, Terminale et vous sortez avec le Diplôme de Technicien Industriel (DTI) pour être technicien en ouvrage en bois dans le bâtiment. Ce sont-là les deux diplômes qui sanctionnent la formation en menuiserie. Mais en dehors de ça, la formation donnée dans les centres de formation professionnelle, il arrive des moments où nous aussi, nous donnons ces formations. Il y a des patrons qui sollicitent des recyclages pour se faire former dans des modèles, des méthodes de traçage et là, on parle de perfectionnement des patrons. On forme également dans les CQM et les CQP, un peu comme dans les centres de formation, mais pas en plein temps. C’est compte tenu du besoin qu’on organise la formation.

Quels sont les débouchées pour celui qui fait la menuiserie ?

Chez nous ici avant de commencer la seconde, il ne suffit pas d’avoir le CAP, mais il faut aussi la moyenne de classe. Quand ils ont leur CAP sans la moyenne de classe, ils s’arrêtent là. A l’entrée, nous avons des gens qui viennent avec la bourse et des gens qui entrent à titre payant. Les boursiers maintenaient leurs bourses de la première année jusqu’en Terminale, mais actuellement, ce n’est plus ça. La bourse avec laquelle vous commencez la première année, s’arrête en 3ème année. Donc, si vous voulez commencer la seconde avec la bourse, vous passez encore le concours pour aller en seconde. Certains ont commencé avec la bourse et pour défaut de moyens, ont préféré s’arrêter au CAP. Donc avec le CAP, vous avez la possibilité de vous installer à votre propre compte. Celui qui a le CAP ne peut d’ailleurs faire que cela. Il rentre dans la vie active, il peut chercher à être embauché comme ouvrier quelque part comme il peut s’installer à son propre compte. Celui qui a le DTI encore appelé Bac Technique, a la possibilité de s’installer à son propre compte ou s’il veut, il peut travailler pour des entreprises qui excellent dans les produits de menuiserie. Mais, il peut continuer à l’Université aussi et il a la possibilité de faire toutes les filières disponibles sur le campus. Si ses parents ont un peu de moyens, il peut aller dans les écoles techniques comme l’EPAC.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la menuiserie ?

Actuellement, on n’a pas du tout assez d’élèves en menuiserie. La menuiserie se meurt. Je ne sais pas si c’est parce que les enfants disent que c’est trop difficile que les filles ne s’y intéressent pas du tout. Nous avons eu de rares filles par le passé. de nos jours, elles ne viennent plus. L’autre chose aussi, avec les machines que nous avons, nous ne sommes pas trop protégés. Ailleurs, quand les gens rabotent, vous ne verrez pas des copeaux au sol et vous n’êtes pas exposé à la poussière. Il y a également des casques anti-bruits comme les écouteurs pour protéger contre les bruits des machines, mais nous n’avons pas cela.

Quels sont les risques du métier ?

Il y a trop de risques en menuiserie. Il y a une machine qu’on appelle scie à ruban qui scie les gros arbres. Cette machine peut se casser en plein travail et vous blesser. Quand on prend chaque machine, il y a ce que nous appelons zone de danger. Ce sont des endroits où on ne doit pas rester quand la machine est en marche. Celui qui se retrouve dans cette zone risque sa vie. Au cours de votre travail, vous pouvez facilement perdre des doigts quand ils glissent dans certaines machines. On inhale la poussière tout le temps sans oublier les odeurs de bois. Le madrier peut tomber sur vos pieds suite à une mauvaise manipulation et vous briser le pied, vous pouvez marcher sur des pointes et vous faire mal, donc vous êtes obligés de porter des chaussures de sécurité. On court trop de risques. Mais, il y a une matière, la prévention des accidents qui est une matière qui nous enseigne les comportements à adopter face aux différentes machines.

Quelle différence y a-t-il entre celui qui fait la menuiserie au Lycée et l’artisan qui la fait au bord de la rue ?

La première grande différence, c’est que les ouvrages réalisés ici ne peuvent être comparés aux ouvrages réalisés dans les rues. Il leur manque beaucoup de notions, notamment sur la réalisation des modèles, les méthodes d’assemblage, les traçages. Ils font de l’à peu près. Un ouvrage pour lequel on va demander 120.000 francs CFA, les gens sont prêts à le faire au bord de la voie à 50.000 francs CFA alors que la qualité du bois compte pour beaucoup et c’est ce que beaucoup de gens oublient. Quand on prend par exemple les bois, nous avons les bois mûrs et les bois non mûrs. La plupart du temps, ils utilisent les bois non mûrs. Même la qualité de la colle qu’il faut utiliser pour que l’ouvrage puisse rester solide pendant un bon moment n’est pas respectée compte tenu du prix. Et vous n’aurez pas la finesse qu’il faut.

Que dire pour amener les jeunes à la menuiserie ?

La menuiserie paie toujours. Les besoins en meubles de toutes sortes sont là sur le marché et chaque jour, les inventions s’observent dans le domaine.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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