Dr Mahama A. Tidjani Sanda, à propos de la spécialité Installation et Maintenance Informatique

" On n’a pas souvent plus de trois filles dans cette spécialité… "

Créée en 2005 au Lycée Coulibaly suite à des enquêtes qui ont révélé l’absence des techniciens dans le domaine de la maintenance informatique, IMI est l’une des spécialités industrielles qui connait moins d’engouement dans le rang des apprenantes.

Avec le professeur certifié d’Informatique, Dr Mahama A. Tidjani Sanda, Educ’Action lève le voile sur cette spécialité.

Educ’Action : Qu’est-ce que c’est que IMI et en quoi consiste-t-elle ?

Dr Sanda : On entend par IMI, Installation et Maintenance Informatique. Comme l’indique son nom, c’est une formation qui est un peu diversifiée et qui couvre la maintenance des équipements informatiques et des réseaux informatiques.

Quelles sont les écoles aptes à fournir des formations en IMI au Bénin ?

Au début, le Lycée Coulibaly a été le seul à l’expérimenter et les années d’après, le Lycée Industriel de Porto-Novo, le Lycée Technique Professionnel de Kpondéwu, le Lycée de Bohicon, le Lycée d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato ont pris le pas. On a décentralisé la formation en IMI à Djakotomey, à Djougou, à Natitingou et à Kandi. Dans le privé, ce n’est pas encore l’engouement ; mais depuis l’année dernière, il y a le centre Don Bosco qui a créé cette formation. À Porto-Novo également, il y a IMA-Bénin.

Quel est le parcours à faire par un apprenant en IMI ?

L’enseignement technique contrairement aux idées reçues ou à ce que pensent les gens, n’est pas ouvert pour ceux qui n’ont pas brillé dans l’enseignement général. Ce sont des formations pour lesquelles il faut avoir des connaissances minimales en mathématiques et en science physique. Donc ici, le profil d’entrée pour la formation, c’est déjà avoir son BEPC moderne court, étant donné que c’est l’informatique qui est vue comme les mathématiques appliquées. Donc la personne fait trois (03) années au bout desquelles elle doit passer un examen, le Diplôme de Technicien (DT) et elle sort avec un diplôme de technicien en IMI.

Après le DT, l’apprenant peut-il continuer ses études universitaires en IMI ?

La formation n’a pas pour objectif de former pour l’Université. Tout ce qui est de l’enseignement technique dans le sous-secteur ETFP et qui est sanctionné par un DT en principe, forme des gens pour le marché de l’emploi. Donc, un technicien en IMI peut déjà se mettre sur le marché de l’emploi. Mais puisque les apprenants viennent parfois un peu trop jeunes, les parents disent qu’après le DT, c’est l’Université. Donc, ceux qui sortent avec des résultats très bons peuvent s’inscrire à l’ENEAM en informatique de gestion. D’autres vont vers l’Institut de Formation et de Recherche en Informatique (IFRI) de l’Université d’Abomey-Calavi. Ils finissent, pour la plupart, avec une Licence et s’ils veulent toujours poursuivre, ils entrent dans le cursus comme ceux qui ont fait un Bac C et D pour aller faire les filières informatiques avec des connaissances solides en informatique dès les premières années.

Quelles sont les débouchées qui s’offrent à celui qui a fait la filière IMI ?

Un technicien en IMI a surtout la possibilité de s’installer à son propre compte et essayer de gagner des marchés, des contrats de marché avec des structures ou également de travailler pour des structures privées qui sont beaucoup plus dynamiques dans le domaine des TIC. Il faut dire que celui qui finit et qui est très créatif, s’il s’intéresse bien aux réseaux informatiques, il va pouvoir s’insérer dans tout ce qui est entreprise d’installation de réseaux et de leur maintenance. Mais dans une moindre mesure, la fonction publique les prend aussi.

Quels sont les risques que peut courir un technicien sur le marché du travail ?

Ce n’est pas un travail qui sollicite beaucoup sur le plan physique. C’est vrai qu’il y a des travaux qui peuvent vraiment être difficiles, mais c’est sûr que ce métier est moins risqué que beaucoup d’autres. Le risque qui peut être le sien, c’est peut-être sur le plan purement juridique. La confidentialité sur les systèmes appartenant à autrui doit être de mise. Il faut forcément une certaine confidentialité dans ce qu’il fait. Toujours sur le plan juridique, il faut quand même que le technicien ait une certaine assurance parce qu’il travaille sur des équipements et il y a des risques qu’il connaisse des accidents avec ces équipements. Aujourd’hui, les données pour une entreprise sont quasiment la vie de l’entreprise, donc les perdre sont à la limite suicidaire pour cette entreprise. Donc, les plus gros risques sont plutôt orientés vers cela. Pour le reste, nous sommes utilisateurs de courants électriques, nous n’agissons pas directement au niveau des installations électriques, nous pouvons juste faire des vérifications à ces niveaux, mais on n’est pas très engagé dans ce sens.

Les jeunes s’intéressent-ils à cette spécialité aujourd’hui ?

Il faut dire que nous sommes un Lycée public, donc vu les conditions d’entrée, on n’accepte pas tout le monde. Soit vous êtes boursier suite à un concours, soit vous êtes inscrits à titre payant suite à une étude de dossier. Si votre dossier ne répond pas, on ne va pas vous prendre. Mais cette filière a connu un accroissement du nombre de ses apprenants depuis des années et la demande est, de plus en plus, forte sauf que nous limitons cette demande parce qu’il faut des équipements et des enseignants pour pouvoir assurer une formation de qualité. Il est prévu 20 apprenants par classe. Au départ, on n’avait une classe par promotion mais aujourd’hui, on en est à deux. Donc, le nombre est allé en s’accroissant. Mais comme dans toutes les spécialités de l’ETFP surtout au niveau des filières industrielles, on a moins de femmes. Si vous voyez nos deux classes de terminale qui font 30 à 32 apprenants, nous avons juste deux filles. Quand on prend la Seconde et la Première, c’est la même chose. On n’a pas souvent plus de 3 filles dans cette spécialité.

Quelles sont les difficultés que rencontre cette spécialité aujourd’hui ?

Dans l’enseignement technique, nous sommes la première filière qui a véritablement expérimenté l’Approche Par les Compétences (APC) et c’est dû au fait que notre programme d’études a été élaboré selon cette approche. Les écueils viennent au niveau des évaluations parce que tout est autour de cette notion de compétence. La grande question, est-ce qu’on va dire que quelqu’un est compétent à moitié ou compétent du tiers ? Donc, c’est un peu plus contraignant et puis, dans le système d’évaluation, on ne fait pas de compensation de telle note à telle note et cela fait grincer les dents aujourd’hui. C’est vraiment à ce niveau qu’on a quelques problèmes et nous sommes en train de réfléchir là-dessus, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire la culture de l’excellence, nous sommes des techniciens et il faut qu’on démontre de ce que nous sommes vraiment compétents pour résoudre les problèmes.

Quel appel à nos jeunes frères et jeunes sœurs qui ont envie d’aborder les filières techniques, surtout la spécialité IMI ?

Quand on dit informatique, les parents n’ont pas vraiment une bonne idée de ce que c’est. Ce n’est pas parce que l’enfant ouvre les radios à la maison que c’est le bon endroit pour lui. C’est vrai que nous sommes un Lycée technique, la formation est très orientée vers la pratique, mais forcément il faut de la théorie pour soutenir la pratique et c’est là que nous demandons quand même aux apprenants d’avoir des aptitudes, ce qui n’est pas toujours le cas. Donc, il faudra une base en sciences Mathématique et Physique, ce qui va lui permettre de faire son parcours sans trop de difficultés. Ensuite, je souhaite juste que les apprenants fassent des choix en toute responsabilité parce que quand c’est fait en toute responsabilité, lorsqu’il y a des difficultés, on arrive à les surmonter de façon responsable, mais si c’est à défaut d’avoir ou aller qu’on vient, à la moindre difficulté, on fait demi-tour. Donc, la seule chose que je voudrais dire, c’est lorsque les jeunes décident de venir chez nous en IMI, qu’ils s’informent, qu’ils ne se disent pas que c’est informatique et que généralement c’est à la mode. Au-delà de la passion, il faut réunir certaines conditions.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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