Affection poussée des jeunes élèves pour les films pornographiques : Quand le mal n’est pas trop loin

 

Dans sa précédente parution, votre journal Educ’Action a présenté les causes de l’intérêt précoce des films pornographiques sur les apprenants. Ces causes ne sont pas sans conséquences sur la vie de ceux qui s’y adonnent. Dans ce numéro, les spécialistes de la question étalent ici les conséquences de ces films sur la vie des jeunes apprenants accros. Reportage !

 

«Je m’appelle Sonia, j’ai 33ans. Pendant longtemps, j’ai cherché à me marier. Par la grâce d’une force suprême, je suis tombée sur un homme très charmant. Nous sommes partis sur la base de la chasteté avant le mariage. Nous avions pris cette décision d’un commun accord à cause de notre conviction religieuse. Notre mariage a été finalement célébré. Etant donné que le mariage devant Dieu et devant les Hommes a été fait, j’ai logiquement rejoint mon mari dans mon nouveau foyer. Vivant désormais sous le même toit que mon époux, c’est là que j’ai découvert progressivement ce qu’il était vraiment. Les premiers mois, monsieur était doux, patient et à mon écoute. J’étais fière de mon choix, m’estimant heureuse d’avoir rencontré un homme si merveilleux. Pourtant, c’était vraiment loin d’être le cas. Six mois après notre mariage, mon mari a décidé de me montrer son vrai visage sexuel. A chaque fois qu’on doit faire l’amour, je vois en mon mari, un homme inspiré par la violence. Pour être excité et inspiré, il doit faire obligatoirement recours à l’animosité. Quand il me fait l’amour, ce sont des actes de violences, il devient sauvage. Non seulement il me griffe mais aussi, il me mord. Pour arriver à la jouissance, il lui faut forcément l’agressivité, il lui faut me gifler, m’attraper et me tirer par les cheveux. Aussi, m’insulte-t-il avec de gros mots tout en me pénétrant très violemment. En faisant l’amour avec cet homme, j’ai l’impression d’être en plein tournage d’un film pornographique. Certes, pour m’avoir parlé de son passé, je sais qu’il aimait les films pornographiques, mais j’ignorais à quel point. Face à cette douleur, je ne peux m’empêcher de pleurer. Mais j’ai été surprise d’entendre mon mari dire que mes larmes l’excitent plus. Il m’impose de lui dire que j’aime quand il est agressif. Plus il m’humilie, plus il a l’envie de me faire l’amour. Je ne pense pas avoir été accro de la pornographie, mais j’en subis les conséquences. Ces pratiques n’ont rien à voir avec mes aspirations de vie de couple. Que dois-je faire ?».C’est l’histoire de dame Sonia, publiée il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux dans le but d’avoir une solution à cette vie qu’elle mène depuis son mariage. Autre histoire, le jeune Christian, précédemment élève en classe de 2nde et désormais apprenti cuisinier, écrit sur sa page Facebook que son centre d’intérêt se trouve dans les films pornographiques. Approché par le biais d’une discussion sur le réseau social Messenger, dans le cadre de ce travail, le jeune avoue n’avoir pas connaissance des préjudices que pourraient lui porter ces types de films. A la question de savoir, si ces films sont la raison de l’abandon des classes de sa part, la réponse est incertaine. Néanmoins, il reconnait être parfois très absent au cours, ses pensées s’étant envolées vers ces images qu’il ressasse. De même, il renseigne qu’il adore les nombreuses positions qui sont prises dans ces films et les mets parfois en pratique. A l’instar de ces deux jeunes, beaucoup de personnes,  qu’elles soient élèves ou adultes, sont confrontées à de pareilles réalités dans leur quotidien. Chose due, sans doute,à leur intérêt pour les films pornographiques. A la suite de l’acte 1 de ce dossier qui porte sur les causes de l’intérêt précoce des apprenants pour les films pornographiques, Educ’Action se propose dans ce deuxième et dernier acte, d’exposer les conséquences que ces types de films pourraient avoir aussi bien dans l’immédiat qu’à long terme sur la vie de l’apprenant abonné.

La pornographie une gangrne pour les apprenants

Des conséquences des films pornographiques...

Les sociologues, psychologues, psychopédagogues ou sexologues rencontrés dans le cadre de cette enquête, reconnaissent à l’unanimité que les films pornographiques ne sont pas sans conséquences sur ceux qui s’y adonnent. A en croire chacun d’eux, les conséquences de ces films sur l’apprenant sont aussi bien d’ordre pédagogique, psychologique que social et peuvent s’étaler aussi bien à court qu’à long terme. A court terme, ces films sont susceptibles d’avoir des répercussions sur le rendement scolaire et social de l’apprenant,même si certains d’entre eux préfèrent émettre des réserves.

Des répercussions sur le plan scolaire...

Au nombre des répercussions scolaires citées par le psychologue clinicien Comlan Denis Yélouassi, il y a la perte de l’élan du travail scolaire qui conduit à l’échec scolaire, le trouble relationnel avec ses pairs et la transgression de certains règlements de l’établissement. En effet, explique-t-il, « le narcissisme corporel commence à retirer progressivement l’apprenant de ses objectifs de réussite. Le fait de se concentrer sur son corps, de vouloir y apporter tous les moyens de séduction ou d’une hyper virilité, détourne l’apprenant de sa trajectoire et de ses obligations scolaires. D’où, la possibilité de la baisse du rendement et par suite de l’échec ». Le psychologue Yélouassi fait observer que cet échec ou ces retards pourraient lui valoir le renvoi pour insuffisance de rendement dans le travail. De plus, le sujet accroché aux films pornographiques est plus obsédé par les sujets liés au sexe qu’il en parle ou non. Sa conception du sexe opposé fait de lui, un sujet (une personne) limité dans ses relations avec les autres. D’où, sa difficulté à rendre son meilleur au sein des travaux de groupe. « Par ailleurs, si les films sont plus regardés la nuit, il est possible d’observer des retards au cours et des renvois. Il pourrait être puni par des heures de colle. Ce qui chutera sa note de conduite. Il pourrait manquer de participer à des évaluations formatives », ajoute le psychologue de son état. Le psychologue, visiblement très attaché au sujet, fait sortir la particularité de ces films sur les sujets féminins.« La particularité chez l’apprenante est qu’elle devient objet de séduction de ses pairs comme de ses enseignants. Or, une préoccupation, un intérêt accru à son propre corps expose la fille à une dépendance affective et manque d’objectif de réussite scolaire. De façon inconsciente, elle instaure une concurrence avec les autres filles car, se veut être la seule plus belle et plus charmante de son entourage. De plus, elle est exposée à tout acte capable de pouvoir modifier son corps au rythme de ceux découverts », a-t-il détaillé avant de faire remarquer que tous ces comportements n’épargnent guère l’élève fille, de rapports sexuels précoces sous toutes ses formes. D’où, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées qui sont aussi avortées avec le risque de mort ou de ne plus concevoir. Ces propos du psychologue sont approuvés par le sociologue et le sexologue qui ne manquent pas de placer un mot. « Lorsque vous parlez des apprenants, la première conséquence, c’est sur les études. Il faut d’abord dire que lorsque nous prenons le développement de l’apprenant dans cette période, il a des comportements qui l’amènent à être paresseux parce que l’organisme demande beaucoup plus de repos, d’alimentation. Ainsi, l’apprenant adolescent devient paresseux dans les études », a laissé entendre le sexologue Maersk Coovi. « Un enfant de 14 oude 16ans qui passe tout son temps à savourer ces films, sacrifie le temps du travail et sa performance va prendre un coup en termes de rendement », dira simplement le sociologue Bruno Montcho. Si pour ces différents acteurs, les films pornographiques affectent la vie scolaire de l’enfant, le psychopédagogue Patrick Houessou préfère émettre des réserves, faute de recherches scientifiques dans ce sens. « Du point de vue pédagogique, je vais être prudent en faisant quand même la part des choses parce qu’il n’y a pas d’enquêtes pour montrer que tel jeune homme qui cherche trop de femmes, ne travaille pas bien. Il y a des ressentis, des impressions. Mais après, je ne suis pas sûr de dire aux enfants d’être sourds aux appels de corps, sous prétexte que cela les rendrait plus intelligents. Beaucoup disent que les dépits amoureux font que les enfants ne travaillent plus. Ce n’est pas vrai. Cela ne rend pas un enfant qui est à la base, compétent, incompétent », pense pour sa part le psychopédagogue qui s’explique : « Une fille qui est compétente, si elle a un dépit amoureux, ce sera la même chose que si en cours d’année elle tombe malade. Elle rate des cours. Il va y avoir une absence ponctuelle, passagère mais ce dépit amoureux ne dure pas longtemps. Au contraire, cela forge le caractère des enfants et ils s’en relèvent. Ce n’est pas parce que l’apprenant ressent un appel de son corps qu’il devient incompétent. On a les preuves que cette éducation a échoué et elle est maladroite. Mettre une pression sur l’enfant pour dire qu’il ne doit pas penser au sexe, c’est comme chasser un naturel. Le proverbe dit, chasser le naturel, il revient au galop. Quand le naturel ne revient pas au galop, on fait des enfants, qui, socialement, développent des comportements pathologiques. Mais si c’est vrai que l’enfant a été très atteint, j’en conviens, cela va durer un moment mais quand il sera au cours, il aura ses moments de lucidité pour suivre le cours et après se rattraper », a expliqué de long en large le professeur d’université. Dans la société, les enfants qui se livrent aux films pornographiques ont bien des comportements qui les distinguent.

Des conséquences sociologiques des apprenants accros des films pornographiques...

A court et à long terme, ces films ont des répercussions sur les personnes qui s’y adonnent. « L’enfant va commencer par ne plus être respectueux, ne pas respecter les consignes des parents. L’éducation va alors vaciller et les parents ne vont même pas reconnaitre, à travers cet enfant, le prototype qu’ils sont. Cela peut commencer par la façon dont l’enfant traite les autres, la façon dont il regarde. A ce stade, l’enfant a l’impression qu’il connait et fait déjà tout et cela pose le véritable problème du respect de l’autre ou de l’aîné. Quand l’enfant qui est en classe de 5ème ou de 4ème pense que tout lui est permis, cela pose un problème et un danger pour la société et l’éducation que donne la rue ne fera qu’empirer les choses, si la veille parentale n’est pas de mise », dira le sociologue de la débrouille et de la déviance, Bruno Montcho.

La sensibilisation des apprenants comme un moyen pour freiner le mal

La sensibilisation des apprenants comme un moyen pour freiner le mal

Les répercussions à long terme…

A long terme, les conséquences seront plus dramatiques de l’avis de ces spécialistes rencontrés. « Dans l’immédiat, cela peut avoir deux aspects. L’apprenant peut avoir du dégoût pour la sexualité et cela dépendra du film qu’il a regardé. Ce dégoût peut l’amener plus tard à ne pas s’inscrire dans une vie de foyer, mais plutôt dans une vie de vagabondage. Dans un autre sens, cela peut l’amener à aller précocement à la sexualité et à développer ce qu’on appelle les délires de l’adolescence, comme se donner à tout bout de champ à la sexualité sans savoir ce qu’est l’amour, ce qu’est une vie de couple, une vie harmonieuse liée à la sexualité. Après, les conséquences dans le foyer sont plus graves que ce qu’on peut remarquer dans l’immédiat. Dans le foyer, la jeune fille peut avoir un excès au goût de la sexualité, cela peut l’amener à développer la nymphomanie. Dans le cas contraire, cela peut l’amener à ne pas trouver une satisfaction du point de vue sexuel », dira le sexologue pour ce qui concerne les conséquences sur la fille. Chez le jeune homme, ajoutera-t-il par contre, cela peut l’amener à ne pas tailler d’importance à la femme, à préférer le vagabondage, chercher un secours sexuel qui est une recherche dont on ne se satisfait jamais. Ces propos sont bien pertinents à en croire Patrick Houessou et Comlan Denis Yélouassi, respectivement psychopédagogue et psychologue clinicien. « Peu importe que les causes soient biologiques, scolaires ou même sociales, les conséquences sont pratiquement les mêmes. Quand il y a intérêt précoce, la possibilité qu’il y ait une addiction qui s’installe est très rapide », fait observer le psychopédagogue Houessou qui renseigne que « cela entraine la masturbation dans leur rang et quand ce n’est pas la masturbation qui devient un frein à l’élan que l’homme ou la femme doit avoir vers le sexe opposé,  il y a que la femme apprend à intérioriser le fait qu’elle est une bête sexuelle, un objet sexuel. Aussi, y a-t-il une méconnaissance totale de l’acte sexuel. L’homme a atteint des extrémités que même l’animal n’a pas atteintes ». Le psychologue clinicien dira lui aussi que « les conséquences des films pornographiques sur le jeune garçon, est avant tout, la chosification de la femme qui devient un objet de plaisir, d’où une entorse aux relations sociales. Cette entorse, due à la chosification de la femme est désormais à la base des dysfonctionnements érectiles liés au contraste entre les détails portés sur les réels et le corps idéal, le corps vécu et celui rêvé. De plus, le jeune garçon est aussi exposé à la quête d’une hypersexualité avec pour moyens, la consommation des substances psychoactives comme aussi chez la femme, dans le but de durer plus longtemps et de se supporter au cours de l’acte. La plus grande préoccupation serait d’essayer chaque pratique sexuelle découverte avec tel ou tel partenaire d’où le risque de viol des fillettes, sa condamnation et son emprisonnement. Un autre danger qui guette le sujet intéressé à regarder ces films, est la masturbation », a développé Comlan Denis Yélouassi. Est-il possible de récupérer ces enfants accros ? La réponse varie d’un spécialiste à un autre.

De la récupération des apprenants accros aux films pornographiques…

« Le plus important, c’est de ne pas laisser l’enfant y aller. Il est préférable que très tôt, l’éducation se penche sur la sexualité. Donc, il faut amener l’enfant dès le bas âge à comprendre les conséquences et le bonheur qui se trouvent dans la sexualité», suggère tout simplement le sexologue Maersk Coovi. Son collègue Patrick Houessou, psychopédagogue dira pour sa part, que « le rôle des parents, c’est de veiller autant que possible et le plus longtemps possible que les enfants n’aient pas accès aux films pornographiques, qui sont d’une violence captivante et qui peuvent développer une accoutumance, une addiction. Les parents ne doivent pas réprimer l’appel du corps et ils doivent le faire à travers une éducation sexuelle. Ce qui suppose que les parents soient de plus en plus ouverts, mais suffisamment pudiques pour montrer le vrai chemin à leurs enfants ». Si malgré ces efforts, l’individu découvre ces films au point d’en devenir accro, le psychologue Comlan Denis Yélouassi pense qu’il est toujours possible de récupérer un sujet adulte comme jeune présentant un trouble de comportement. « La première condition favorable ici est son désir, sa volonté de changer. De cette volonté découle son engagement dans le processus de psychothérapie», laisse-t-il entendre. En effet, démontre-t-il, la pornographie constitue un trouble de comportement et une transgression des valeurs humaines, une atteinte à la pudeur. Elle absorbe le sujet consommateur, vu l’influence puissante de l’image sur le système nerveux, sur le comportement en tant que réaction à un stimulus. La volonté de changer ce comportement, constitue alors un désir de respecter les normes sociales tant transgressées, un désir de changer sa perception du sexe et de la personne du sexe opposé. Quant aux sujets s’opposant à tout changement de comportement, le psychologue Yélouassi affirme qu’ils constituent des potentiels dangers pour leur milieu et pour l’Etat central. Car, ils deviennent une source d’insécurité psychosexuelle pour les fillettes comme pour les garçonnets, étant donné qu’ils sont tous à la découverte de nouveauté et de nouveau corps pour assouvir leur désir insatiable et compulsif. On parlera de ce fait, de l’Adocentrisme et de la pédophilisation.« Nous ne pouvons pas vivre en autarcie dans cette société. Nous avons l’obligation de réorienter, d’échanger avec  nos enfants aujourd’hui parce que la société dans laquelle nous avions vécu hier, n’est pas la même aujourd’hui. Par conséquent, il faut prendre appui sur ce qui se passe actuellement pour ne plus cacher ce qui l’était hier et essayer de changer pour que cela ne devienne pas une découverte extraordinaire pour les enfants », pense fortement Bruno Montcho, sociologue de la débrouille et de la déviance pour signifier que les parents et acteurs doivent donner plus d’importance à la communication avec les enfants. Face à ces réalités qui minent l’école et la société béninoise, chaque acteur de la chaîne éducative se doit de jouer pleinement son rôle afin d’aider les enfants à éviter les pièges que constituent les films pornographiques.

Estelle DJIGRI

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