Pornographique et études : à 13 ans et en classe de 5ème, Ronnis fait l’excitante expérience du sexe en images

 

Ils sont en version CD vendus à moindre coût ou téléchargeables sur internet. Eux, ce sont les films pornographiques. Ils sont à la base de nombreuses déviances sexuelles observées dans nos écoles. Soucieux de l’éducation des apprenants, votre journal Educ’Action s’intéresse de plus près à ce fléau en abordant dans ce premier numéro d’une série de publications, les raisons avancées par les apprenants pour justifier leur passion pour les films pornographiques. Reportage !

 

«Je l’ai connu à 13 ans, mon premier film pornographique alors que je n’étais qu’en classe de 5ème. Pour la petite histoire qui m’a poussé à cette découverte, je me rappelle que je cherchais juste à ajouter d’autres chaînes de télévision à la liste de chaînes que nous avions déjà sur notre petite télé en son temps. A l’aide de la télécommande, je me suis lancé dans ma recherche. Dans notre maison où nous avions loué, nous vivions avec les enfants de notre propriétaire qui étaient des adultes. L’un de ces adultes, venait de fermer soigneusement la porte de sa chambre après avoir fait entrer une femme. J’ignorais ce qui se passait jusqu’à ce que dans ma recherche de chaîne, je tombe sur une chaîne. Certes, elle n’était pas trop claire, mais on pouvait aisément voir ce qui s’y passait. C’est ainsi que pour la première fois depuis ma naissance, je voyais ces genres d’images, deux hommes et une femme. Au départ, j’étais choqué et scandalisé. Mais tout de suite, cette sensation a disparu laissant place à une autre sensation très forte et dans laquelle je me plaisais bien. Je découvrais d’une autre manière mon corps. Vous imaginez un peu ce que je veux dire. Alors, je suis resté concentré sur la chaîne jusqu’à ce que la voix de ma mère me ramène à nouveau dans mon monde. J’ai fini par comprendre plus tard que cette chaîne interfère sur les nôtres à chaque fois que le fils de notre propriétaire allume les films pornographiques. Je me suis alors abonné à cette nouvelle chaîne que je suis avec intérêt, à chaque fois que je constate une concentration au niveau de la chambre du fils de notre propriétaire jusqu’à notre déménagement. Mais n’ayant plus l’occasion de revoir ces films, alors que j’y prenais petitement goût, j’ai fait l’option des CD pornographiques. Ils n’étaient pas onéreux, 500 francs CFA seulement. Je cotisais de l’argent ou prétextais de photocopies pour prendre l’argent chez les parents afin d’en acheter. Avec des amis, on suivait ces films quand les parents ne sont pas à la maison. A travers ces films, j’apprenais beaucoup de choses, je pouvais me satisfaire en étant seul. Après les CD, il y avait l’internet qui offrait beaucoup plus. Il suffisait juste de les télécharger et de les regarder dès que le moment est propice. Avec ma petite copine du secondaire, j’essayais parfois de reproduire ce que je voyais dans ces films et une fois cette relation rompue, j’ai développé une sorte d’autosatisfaction. Sans être en relation, j’arrivais à satisfaire mes envies sexuelles, parce que j’ai opté pour la masturbation. Pour dire vrai, avec les images de ces films en tête, j’étais un peu distrait en classe, j’avais des moments d’absence mais j’arrivais quand même à m’en sortir. Aujourd’hui, j’ai 32 ans et je poursuis mes études à l’étranger. Mais pour rester fidèle à ma fiancée qui est ici au pays, je fais recours à la masturbation. Je ne manque pas de ces films dans mon portable ou sur mon PC ». Loin d’être une fiction, cette histoire est la réalité de Ronnis (prénom attribué), jeune étudiant béninois, résident à l’étranger mais en congés au Bénin depuis quelques semaines. Cette histoire est racontée par ce jeune homme de 32 ans, autour d’un pot avec ses camarades de longues dates, pour pimenter les discussions de retrouvailles après 4 ans d’absence. Il ressort de ce témoignage que les films pornographiques, en vogue depuis bien des années, sont les compagnons fidèles de Ronnis depuis l’âge de 13 ans. Tout comme Ronnis, nombreux sont ces jeunes élèves et étudiants à trouver un amour et une aisance dans ces films. En témoignent d’ailleurs, les images à l’allure pornographiques tournées et publiées sur les réseaux sociaux, il y a quelques mois, par certains adolescents dans nos collèges publics et privés. De même, à en croire les informations glanées auprès de certains acteurs interviewés dans le cadre de ce travail, une enquête menée en France par Michela Marzano et Claude Rozier en 2005, révèle qu’à travers 300 jeunes interviewés, 58 % des garçons et 42% des filles ont estimé à cette époque, que leur sexualité a été influencée par la pornographie. De plus, une autre étude réalisée aux Etats-Unis par Carroll et al (2008) auprès de 813 étudiants évalue la consommation des jeunes femmes à 31% contre 86% chez les jeunes hommes. Ce qui pose le problème de l’intérêt pour les jeunes d’aller vers ces films.

Des films pornographiques, une industrie de commerce...

Il est nécessaire, de l’avis du professeur Patrick Houessou, psychopédagogue de préciser la nuance entre les films érotiques et les films pornographiques. « Le film érotique décrit des rapports intimes entre un homme et une femme, mais dans lequel on présente l’acte sexuel de manière voilée. Par contre, la pornographie va au-delà du film érotique pour zoomer sur les organes génitaux. Dans la pornographie, ce qui préoccupe les gens, c’est de zoomer sur les organes génitaux en pleine action », a précisé le psychopédagogue Patrick Houessou, afin de faciliter la compréhension. La pornographie constitue, selon les documents officiels consultés par le psychologue clinicien Denis Comlan Yélouassi, une « industrie de sexe » génératrice de richesse financière à partir de l’exploitation des jeunes femmes, des adolescentes et des fillettes. Car, précise-t-il, chaque seconde 28 258 internautes consultaient ces sites et en y dépensant 3076 dollars pour plus de 97 milliards de dollars américain par année, mettant en relief, les teen (adolescentes), selon (Poulain, 2011). Par son caractère, elle influence grandement la culture et la société. Sa consommation sur internet est massive et parfois imposée à l’internaute, à partir de certaines fenêtres qui apparaissent de façon incessante. De plus, son expansion sur internet a pour principale cible, les adolescentes de la tranche d’âge de 13 ans et 15 ans. Se référant à la culture béninoise, le sociologue de la débrouille et de la déviance, Bruno Montcho, dira que ces films ne sont pas appropriés à la tradition africaine en général et celle béninoise en particulier. « Dans notre société, il n’y a pas de films pour la pornographie, on ne filme pas ces genres de situation, ce sont des emprunts des sociétés occidentales et donc c’est un marché qu’ils ont créé. Il n’y a pas une école en Afrique qui permet d’apprendre cela et mieux dans l’éducation qu’on nous donne, il n’y a pas un parent qui cautionne ça. Donc déjà, c’est que notre société n’est pas faite pour pouvoir être celle qui apprend comment on peut le faire », fait-il observer. Autrement, du point de vue social, c’est déjà une déviance que de s’adonner à ces films pornographiques. Bien qu’étant considérés comme une déviance pour la plupart des personnes ressources rencontrées, ils représentent un grand risque pour la société en général et le sujet consommateur en particulier même s’ils, déplorent-ils, retiennent aujourd’hui plus l’attention des jeunes et adolescents de nos lycées et collèges. Ceci, pour bien des raisons propres à cette cible qu’il convient d’énumérer.

La pornographie, une gangrène pour les apprenants

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Les raisons de la passion des jeunes lycéens et collégiens pour les films pornographiques...

A en croire les acteurs interviewés sur la question, les causes de l’intérêt précoce des adolescents et jeunes pour les films pornographiques sont de divers ordres. Elles sont à la fois biologiques, scolaires, sociales et financières. L’intérêt pour les jeunes de faire recours à ces films est suscité également par les médias et résulte aussi de la mauvaise utilisation des TICs. Abordant au prime abord les causes biologiques, psychologue, psychopédagogue, sociologue et sexologue conviennent, qu’à un certain âge de la vie de l’adolescent, le corps exprime certains besoins qui peuvent les pousser à se tourner vers les films pornographiques. « Lorsque l’enfant atteint l’âge de la puberté, à partir de 12 ans ou 13 ans de manière classique, la naissance des signes secondaires de la sexualité fait entrer l’enfant dans la période pubertaire, déclenchant en lui un désir de mieux connaître son corps parce que son corps change. Il y a des modifications aussi bien au niveau du garçon que de la fille et quand on leur parle ou pas, ils ont envie au fur et à mesure que le temps passe de découvrir les changements du corps au niveau du sexe opposé. C’est la raison pour laquelle tout enfant qui est entré en pleine puberté ou en pleine croissance, à un moment donné, développe des comportements de voyeurisme. C’est humain et c’est normal », a clarifié le psychopédagogue Patrick Houessou. Abondant dans le même sens que ce dernier, le psychologue clinicien, Denis Comlan Yélouassi dira que : « de façon naturelle, nous pouvons observer chez l’humain, déjà à partir des enfants de deux ans (âge où l’enfant prend conscience de son corps et surtout de son sexe), l’instinctif de jeter un regard dans les entrailles de ses parents lorsque l’enfant perçoit ce dernier nu. En effet, une personne normale pense au sexe lorsqu’elle découvre son semblable, surtout du sexe opposé, exhiber sa nudité. Cela vient du fait que cette partie du corps est toujours protégée chez toute personne même chez le bébé à qui les parents doivent porter un caleçon. C’est un principe vital qui consiste à découvrir ce qui est caché : l’interdit. L’interdiction fixe l’attention. Cette pulsion qui pousse vers la découverte de l’interdit, une fois tombée sur une image obscène, doit d’abord y jeter un coup d’œil avant de détourner ou de fixer son regard », martèle le psychologue avant d’insister sur le fait que les images pornographiques attirent l’attention, suscitent immédiatement des sécrétions hormonales et par conséquent, influencent rapidement et profondément le comportement du sujet et celui du groupe social. Le deuxième geste, poursuit-il, qu’est la fixation de son attention sur la nudité de son semblable, est ce qui relève de l’acquis. L’école de nos jours est également appelée à se reprocher des choses dans la découverte précoce de ces films par les apprenants. Du moins, c’est ce qu’il convient de déduire des propos du psychopédagogue visiblement révolté par ce fait de société.

Des causes scolaires, sociales et financières...

En plus des autres causes citées supra, Patrick Houessou, pointe d’un doigt accusateur, l’école et son programme qui sont tout aussi responsables de l’envie trop poussée des collégiens et lycéens vers les films pornographiques. « Aujourd’hui, on a le sentiment que les enfants sont accros aux films pornographiques tout simplement parce que nous avons opté pour un modèle pédagogique appelé Approche Par les Compétences (APC), dans lequel on dit que l’enfant doit construire son savoir et dans lequel l’enfant est appelé à aller faire des recherches avec les moyens modernes de communication dont internet », fait-il observer. Il ne manque pas de s’expliquer à travers des exemples. « Vous êtes en Physique-Chimie où vous voulez étudier les propriétés physiques du nylon avec lequel les femmes se tressent. Vous dites à l’enfant d’aller taper le nylon et on ne lui dit pas que sur internet, nylon, c’est un mot sexuellement connoté aussi. Là, l’enfant de 12 ans va innocemment taper nylon sur internet alors qu’il n’a encore rien vu, et parce qu’il n’y a pas de contrôle parental, l’enfant va innocemment taper nylon et il tombe là-dessus. Parfois il tape même des mots auxquels on ne pense pas qu’ils peuvent renvoyer à des images pornographiques. Il va taper simplement même le mot femme et dans les liens qu’on lui envoie, il tombe sur des liens pornographiques », a-t-il profondément détaillé avant d’ajouter que « l’acte pornographique à ceci de très prégnant qu’il vous captive complètement. Même les adultes qui s’en accommodent ont du mal à s’en départir. A plus forte raison, les enfants qui sont encore extrêmement malléables et qui sont en formation. Donc, l’enfant qui voit cela, il est à la fois choqué et subjugué parce que c’est violent mais cette violence lui donne le sentiment qu’en regardant, il devient adulte. Son corps changeant et ayant envie de devenir adulte lui-aussi, il a envie de continuer à regarder et là il tombe dans un piège infernal. L’autre cause ressortie ici par ces hommes de l’éducation relève de la société elle-même d’une part et des médias d’autre part. « Les films pornographiques sont des choses qui nous viennent de l’extérieur et aujourd’hui la chose est tellement gratuite puisque nous sommes dans le numérique. Les TICs sont ceux qui en rajoutent, qui permettent et qui créent l’accessibilité facile, gratuite à ces différents acteurs de pouvoir télécharger et regarder », renseigne le sociologue de la débrouille et de la déviance, Bruno Montcho. Le sexologue Maersk Coovi va ajouter que l’intérêt précoce pour les films pornographiques est imputable à l’accès facile aux médias qui renseignent assez sur le sujet à travers leurs différents programmes. Il se fait appuyer par Patrick Houessou visiblement insurgé par le fait que la société constitue un grand facteur de la déviance que l’on observe chez les apprenants. « Il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous avons une société hyper sexualisée. Tout est objet de sexe. Nous avons une sexualisation de la société qui transparait à travers les images publicitaires que l’on affiche, à travers les éléments que les enfants voient dans les films. Même dans les dessins animés, il y a énormément d’allusions sexuellement connotées qui sont faites. On n’est plus libre de laisser les enfants regarder les clips aujourd’hui. Donc, nous avons une société qui s’y prête, même la pauvreté favorise cela », a fait savoir tout frustré, Patrick Houessou. Ces causes ne sont pas sans conséquences sur la vie de ces apprenants qui s’y adonnent. Dans la prochaine parution de votre journal, Educ’Action se propose d’aller à la rencontre de ces mêmes spécialistes de la question afin de ressortir les conséquences des films pornographiques sur les adolescents ainsi que les conseils aux parents pour inverser la tendance et faire reculer ce phénomène social et sociétal.

Estelle DJIGRI

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