2ième au BAC 2020 à 16 ans avec 18,136 de moyenne : Joachim Kponou restaure l’image de l’Ecole publique

 

Avec un écart de 0,182 point de Patrick Junior Essé Gbèdossou Hounkpè, classé 1er au BAC 2020, Joachim Bidossessi Kponou, désormais ancien élève du CEG de l’Unité à Porto-Novo, sorti 2ième du Bénin au même examen, vient de briser le mythe des cracks que s’attribuent soigneusement et ceci depuis quelques années, les établissements privés laïcs ou confessionnels à la lumière des résultats de plusieurs sessions.

Un mètre soixante et un (1,61) de taille, le jeune garçon sous les projecteurs dans ce numéro de Educ’Action et qui, à en croire ses amis, a réussi à traiter avant les examens la grande partie des exercices du livre de mathématiques CIAM, est un as. Méthodes de travail, stratégies, organisation et astuces de réussite, Joachim a tout conjugué et planifié pour enfin s’offrir le laurier avec ses 18,136 de moyenne, arrivé donc 2ième du Baccalauréat. Célébré pour ses performances, il est ici l’heureux du dossier de la semaine de votre journal, la tribune des excellents. Lisez !

Son statut social ne présage nullement de ses performances au BAC 2020, lui qui est fils d’un chauffeur de véhicules de transport de marchandises et d’une revendeuse. Et pourtant, Joachim Bidossessi Kponou va créer la surprise. Il tord le cou aux préjugés, repositionnant ainsi les établissements publics dans le gotha des centres d’excellence dans le pays avec son collège de l’Unité à Porto-Novo. Cet après-midi du mardi 25 août 2020, Barthélémy Kponou, père du lauréat, échange avec ses amis conducteurs de véhicules de transport de marchandises, tous stationnés à quelques encablures du marché Dantokpa, espérant les premiers clients de la journée. Puis, son téléphone sonna. Au bout du file, son garçon Joachim. « Allô ! Papa, je suis 2ième du Bénin au BAC !», annonça fièrement Joachim à son géniteur en langue nationale Goun. « C’est vrai ça mon fils ? », répondit le père, tout heureux, à son fils qui vient ainsi de crever l’écran. « Oui ! », repris l’enfant. Tout fier, Barthélémy partagea la nouvelle avec ses amis du moment, ses congénères chauffeurs : « Je viens de gagner à la loterie !». L’un d’entre les amis rétorqua en langue goun presque en ironisant : « Depuis quand gagne-t-on à la loterie via le portable ? » Et au père de rompre avec le suspens : « Mon fils est classé 2ième du Bénin au BAC cette année ! ». Une vague d’émotions s’empare aussitôt des amis de Barthélémy Kponou qui réclament sur le champ leurs pots d’amitié. « Non, nous sommes au travail et on doit conduire. En lieu et place des pots d’amitié, je vous offre à manger », témoigne le géniteur à Educ’Action, lui qui s’est empressé, les minutes d’après, à rallier Porto-Novo pour célébrer la nouvelle avec son garçon et la famille. « A la maison, j’ai aussitôt saisi dans mes bras mon garçon en lui formulant mes bénédictions pour avoir ainsi honoré fièrement la famille malgré notre situation de dénuement », a poursuivi Barthélémy Kponou, se remémorant les premiers instants de joie après l’annonce de la bonne nouvelle. En peu de temps, la réussite exceptionnelle de l’adolescent parcourt les rues et établissements du quartier Akonaboè, le quartier de résidence de la famille à Porto-Novo. Puis, les félicitations s’enchainèrent dans la cour de la famille du jeune Joachim Bidossessi Kponou, lui qui souhaitait ardemment ravir la première place au BAC 2020. Avec sa moyenne de 18,136 sur 20, la réussite du jeune Samuel (enfant de chœur) de l’église catholique n’est sûrement pas le fruit d’un hasard.

Antoine Zossou directeur du CEG de lUnit Prof de SPCT de Joachim

son directeur Antoine Zossou, Prof de SPCT

Joachim : des qualités construites dans la durée

Le jeune Joachim est un produit d’excellence construit et forgé dans la durée. Déjà tout petit, il dégageait cette envie de travailleur. Des qualités rares qui ont marqué sa vie d’apprenant jusqu’à cette nouvelle performance au Baccalauréat. Le géniteur en témoigne : « Quand il était au cours primaire, je me rappelle, il a occupé une fois le 2ième rang après une composition de classe, ce qui n’a pas plu à son maître qui lui a infligé des punitions. Du coup, Joachim a refusé de rentrer à la maison. Il est resté à la place publique de l’Unité pour pleurer. Aux environs de 14 heures, inquiété, je suis allé à sa recherche. Je le retrouve enfin attristé et c’est ainsi qu’il me confia qu’il est sorti 2ième de la composition et que son maître l’a frappé. J’ai dû le consoler en lui déclarant que c’est bien ce que son maître a fait puisqu’il ne vise que son bonheur en le poussant ainsi à mieux faire. » Depuis lors, la réponse de Joachim est sans appel. Le crac a donc pris du service avec des moyennes fortes à chaque composition et passage en classe supérieur. Depuis ce temps, il n’a cessé d’avoir de bonnes notes et moyennes en classe. Au collège, il n’a jamais eu moins de 16 sur 20 comme moyenne. Son oncle qui est professeur d’Education Physique et Sportive (EPS) à Ouidah, lui a recommandé d’avoir 18 sur 20 de moyenne pour enfin le contenter. Joachim fit alors la promesse à son oncle qu’il aime bien. Il a mis, au cœur de tout ce qu’il fait, Dieu. D’ailleurs, il est Samuel à l’église », renseigne le père de Joachim. Le géniteur de celui qui porte fièrement le CEG de l’Unité à Porto-Novo veut bien offrir les meilleures conditions à son garçon pour l’aider à réaliser ses rêves, en l’occurrence le faire voyager pour la poursuite de ses études. « C’est un enfant très conscient qui sait ce qu’il veut. Cela fait que je n’ai pas peur de lui donner ce qu’il demande car il travaille bien. Il n’a pas de mauvaises fréquentations et il se comporte bien. Ses seuls amis, ce sont son ordinateur, ses livres et ses cahiers », confesse le père à Educ’Action, en présence de la mère qui, de temps à autre, hoche la tête pour acquiescer. « Quand il a eu son BEPC, il a demandé qu’on lui achète un ordinateur. Ce que nous avons fait pour assouvir son désir. Dans ses recherches, il a identifié des livres que j’ai réussi, avec mes moyens, à lui procurer », a-t-il poursuivi. Seulement, la bienveillance de l’homme (le père de Joachim) au teint clair a des limites : le Smartphone. « Entre temps, il m’a demandé de lui acheter un portable mais j’ai été catégorique avec lui : pas de portable avant le BAC », lâche-t-il, l’air sérieux. D’un tempérament calme et avec sérénité, Joachim parvient donc à relever ce défi de son père avec la complicité de son oncle enseignant d’EPS, Romaric Vlavonou. Joachim peut donc mériter son portable, ce qu’il a d’ailleurs rappelé à son père le soir du premier jour de composition au BAC parce qu’il était sûr de lui-même. La mère de la famille, la maman de Joachim, revendeuse, n’est pas restée muette. Elle se rappelle des séquences : « Dès le début de l’année scolaire, il m’a dit qu’il ne pouvait plus vendre dans la boutique que j’ai devant la maison. Les premiers mois après la rentrée, il est devenu rare. Je lui imposais parfois le mangé car il ne s’en souciait pas. Avec ses résultats, je comprends maintenant mieux ses agissements du moment », a relaté dame Florentine Fassinou, en langue Goun. Deuxième enfant de la fratrie de six (06), trois (03) filles et trois (03) garçons, le nouveau bachelier est un grand solitaire très autonome. « Depuis la classe de CE2, il a toujours refusé des répétiteurs de maison et dit qu’il suffit juste de bien suivre les cours en classe afin de retenir ce qui est dit et de faire ses exercices », se rappelle spontanément son père.

Janvier Soninhkpon Prof de math de Joachim

Janvier Soninhèkpon, Prof de math, parle bien de son poulain Joachim...

Joachim, un travailleur endurci salué par tous

Joachim, le forcené au travail, reste parfois intransigeant. « Lorsqu’il travaille, on ne peut pas lui commander autre chose. Je lui ai aménagé une salle d’études où il reste pour travailler dans le calme. Il y est parfois de 8 heures le matin à 2 heures dans la nuit. A plusieurs reprises, son oncle a dit de l’obliger à aller dormir à 23 heures. A chaque fois que je me suis présenté dans la salle d’études pour le lui dire, il répondait : papa, si j’ai sommeil, je vais dormir. Je rétorque parfois : mais tu as cours à 7 heures, si tu ne dors pas, tu vas dormir en classe et tu auras des maux de tête. Il répond : papa, n’ayez crainte. C’est ce que je fais qui est important pour moi », témoigne le père. Ce que Joachim confirme d’ailleurs à Educ’Action. Cet as est aussi bien apprécié dans son école pour ses qualités de travailleur. Ces amis le qualifient d’élève très intelligent. Pour Janvier Soninhekpon, enseignant de mathématiques de la classe de Terminale C au CEG de l’Unité à Porto-Novo, Joachim est l’un de ses meilleurs élèves, l’un de ceux qui animent la classe aux heures de mathématiques. « Ses questions font que ses camarades de classe s’intéressent énormément aux sciences mathématiques. Il n’y a pas cette fiche de TD qu’on ne finit pas grâce à ses compétences », certifie l’enseignant. L’homonyme de Joachim, Madinatou Joachim, censeure et professeure d’anglais du jeune, ne dit pas le contraire. « Quand il s’agit des recherches et des exposés, Joachim est toujours prêt. Il est très volontariste et toujours prêt pour travailler. Même si vous n’êtes pas là, vous pouvez lui confier le travail en toute quiétude. Tout enseignant rêve d’avoir un garçon comme Joachim. Il suit les consignes à la lettre, il n’est pas distrait », soutien la professeure. Idem du côté de Antoine Zossou, enseignant de PCT de Joachim et directeur du CEG de l’Unité. « Si je suis pris par des tâches administratives, je l’appelle dans mon bureau pour lui confier des exercices à corriger avec ses amis. Je lui explique les stratégies à mettre en place et je lui confie le travail. Quand il va en classe, il explique même plus que moi. Lorsque je finis mes travaux à la direction et que je vais en classe, je le trouve toujours au tableau et j’attends qu’il finisse les explications à ses camarades avant de prendre le contrôle de la classe », martèle le directeur. « En classe, c’est un ami qui aime expliquer. Si tu n’as pas compris quelque chose et que tu t’approches de lui, il va te l’expliquer le plus simplement. Il est trop bon et dans mon quartier, tout le monde veut être comme lui », renseigne à Educ’Action Céphora, une amie de classe de Joachim Bidossessi Kponou, elle aussi travailleuse. « Il ne refuse pas d’expliquer aux autres ce qu’il a compris et que l’autre n’a pas compris », renchérit Bienvenu, un autre ami et challenger de Joachim depuis la classe de Seconde au CEG de l’Unité.

Joachim entour de ses parents

ses deux parents

L’engagement de Joachim qui restaure l’image de l’Ecole publique

« Il a fini le programme de maths avant qu’on ne commence les cours à la rentrée. Il a fini le livre CIAM », martèle Céphora. En toute modestie, le jeune dont le projet de vie est de devenir un expert en mécatronique explique la perception que ses amis ont de lui : « Généralement, quand ils me posent une question au sujet d’un exercice, la façon dont je réponds leur donne l’impression que j’ai déjà fait l’exercice. Au finish, ils croient tous que j’ai déjà traité tous les exercices de CIAM. » A la vérité, Joachim a traité une bonne partie ou la grande partie des exercices de ce livre de mathématiques de 351 pages. Par contre, c’est avec l’annale de Physique Chimie et Technologie de la Collection Eveil (595 pages) qu’il a réalisé cette prouesse : faire tous les exercices. Pour y arriver, il a dû se lever tôt. Apprenti chercheur, il avait déjà mobilisé tous les livres et épreuves de devoirs et d’examens pendant les vacances et avait commencé à étudier et à suivre des cours de mise à niveau. Fatigué d’être l’un des meilleurs de son établissement qu’il fréquente depuis la classe de sixième, il s’est fixé un nouvel objectif après un bilan. « Vers la fin des cours de mise à niveau, j’ai fait un bilan de tout mon cursus scolaire et j’ai trouvé que durant tout mon cursus secondaire, mes moyennes variaient entre 16,80 et 16,25, sauf en cinquième ou j’ai eu 17,59. Alors je me suis dit : Mais tiens ! C’est le dernier examen du cursus secondaire, donc qu’est-ce que je peux faire pour marquer l’histoire de mon passage dans l’établissement ? », a témoigné Joachim. Avec sa voix vive, il révèle qu’il a pris une feuille sur laquelle il a marqué toutes les matières et les notes qu’il voulait avoir par matière. « J’ai donc mis les notes que je souhaitais avoir et j’ai fait le calcul, ce qui m’a donné environ 18. Donc, je me suis dit qu’il pleuve ou qu’il neige, j’aurai au moins 18 de moyenne au BAC et c’était clair dans ma tête », explique Joachim, lui qui pense soigner l’image des établissements publics souvent à la traine après les résultats des examens nationaux. « Quand j’ai cherché les écoles de provenance des meilleurs aux examens nationaux, je constate qu’ils viennent souvent des établissements privés ou confessionnels. J’ai donc décidé de refaire l’image des établissements publics à travers mon CEG de l’Unité. J’ai décidé de marquer la différence et montrer à tous les élèves du public que les premiers rangs ne sont pas la chasse gardée des élèves des collèges privés ou catholiques. Nous aussi, nous pouvons y arriver », déclare fièrement dans un français bien construit Joachim, vêtu d’une tenue locale bleue.

Salle de classe de la Terminale C du CEG de lUnit

La Terminale C du CEG de l’Unité à Porto-Novo qui a propulsé Joachim, le 2ème au BAC

Les secrets de réussite de Joachim Bidossessi Kponou

Pour atteindre son objectif, celui de sortir du BAC avec un très bon positionnement, Joachim a mis en place des outils de travail. Son leitmotiv est bien cette citation de Saint Augustin : « Travaillez dur comme si tout dépendait de vous et priez beaucoup comme si tout dépendait de Dieu ». Concernant sa santé, il révèle : « Heureusement, je ne suis pas trop maladif. Je mange quand j’ai faim, je dors quand j’ai sommeil et je bois quand j’ai soif ». Dans un long développement, le jeune passionné des sciences a dévoilé qu’il a lu les biographies de nombreux scientifiques comme Léonard de Vinci et a suivi de nombreux films sur eux pendant les vacances, les années antérieures. C’est cela qui nourrit sa passion pour les sciences. « Après les cours, pas besoin d’apprendre. Je prends des exercices et je les finis. C’est après que je relie les cours », renseigne-t-il comme méthode de travail. Pour l’Histoire-Géographie, il a développé une méthode mnémotechnique (Ndr : elle décrit l’ensemble des applications pratiques de la recherche en psychologie sur la mémoire, et des techniques, parfois très anciennes, augmentant la mémorisation de l’information) qu’il avait utilisée quand il participait aux concours de Génies en herbe sur la Paroisse Saint François d’Akonaboè. C’est sa curiosité naturelle qui lui a permis de développer cette méthode en plus de son goût pour la lecture et la culture générale. Toutes ces méthodes sont consignées dans son cahier de stratégie qu’il garde jalousement. « A la première page, il y a ma citation préférée, celle de Saint Augustin. Chaque année, je prends un engagement avec moi-même, l’objectif que je dois atteindre pendant l’année. Ensuite, viennent mes conseils d’or pour réussir. Au total, il y en a dix (10) que je dois suivre, coûte que coûte. Puis, il y a les paroles de fortification et d’encouragement. Il arrivait des fois où j’étais tellement fatigué et je pensais me reposer. Mais avec ces paroles, je me disais que le repos n’était pas au programme car j’ai les vacances pour cela. Il y a des prières aussi, car il ne faut pas négliger cela. Quand j’ai le temps, je prie beaucoup. A partir de la moitié de l’année scolaire, j’ai commencé à noter mes stratégies pour chaque matière : Français, Anglais, Histoire-Géographie, PCT, Philosophie, Mathématiques, SVT », a détaillé le jeune Joachim à Educ’Action. Avec ses expériences, l’apprenti cuisinier, amoureux du savoir, espère ouvrir la page de l’excellence dans l’enseignement public tout en figurant dans le top 3 des meilleurs au BAC.

Adjéi KPONON & Serge David ZOUEME

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