Opération main propre dans l’Enseignement secondaire : Educmaster, une police aux agents peu formés

 

L’un des rôles de la Police est de veiller à la sécurité des biens et des personnes sur toute l’étendue du territoire.

Dans l’enseignement secondaire, c’est désormais Educmaster qui joue ce rôle depuis trois (3) ans déjà avec une montée en puissance constante grâce aux fonctionnalités qui s’ajoutent. Détection des faussaires de bulletins de notes, mise en lumière des établissements non reconnus, régularisation de la situation enseignante, gestion de la vie scolaire, voici autant de prouesses que la plateforme réalise dans les mains d’un connaisseur mais qu’elle n’arrive pas à faire quand elle se retrouve dans les mains d’un non initié aux questions des TICs. Suite et fin de notre dossier sur Educmaster, la plateforme de gestion de l’enseignement secondaire.

«Nous avons reçu une demande d’explication de la DDESTFP-Atlantique, dans laquelle elle nous faisait savoir qu’elle a détecté un élève avec un faux bulletin. L’élève en question soutenait mordicus qu’il a fait la Berceuse l’année passée. Il a été retrouvé avec Educmaster. Nous avons simplement fait savoir qu’il n’a jamais fréquenté ici, donc on ne lui a jamais délivré de bulletin. Educmaster protège les établissements. Beaucoup de choses peuvent se passer à notre insu et Educmaster garantit notre crédibilité ». Tout sourire, Augustine Dénakpo, directrice du complexe scolaire la Berceuse, est heureuse de cette expérience. Comme elle, les directeurs du Collège Le Faucon, du Collège Catholique Notre Dame de Gogounou, le surveillant général du CEG 2 Abomey-Calavi et ceux qui ont juste dit un mot sur la question, sont tous unanimes : Educmaster est un détecteur de faussaires de bulletins. « C’est cette année que j’ai compris que c’est une plateforme très utile. On ne savait pas que cela allait mettre fin à des falsifications de bulletins à grande échelle tant dans le public que dans le privé. Ne serait-ce qu’en classe de Terminale, nous avons découvert près de trente (30) élèves qui ont falsifié les bulletins », témoigne Alphonse Djodohou, surveillant général du CEG 2 Abomey-Calavi. Assis dans son bureau et travaillant sur une table qui foisonne de papiers, le Sg est passé maître dans l’art de la minutie. Revisitant, chiffre par chiffre, virgule par virgule, les moyennes de ses apprenants afin d’y apporter des corrections, le surveillant comme les autres responsables, est aussi confronté à une autre difficulté révélée par le contrôle général effectué sur les élèves de 3ième et de Terminale. Il s’agit des apprenants aux plusieurs noms et prénoms.

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De la justification de l’ordre identitaire...

Depuis Gogounou, situé à 583 kilomètres de Cotonou, Corneille Anago, directeur du Collège Catholique Notre Dame de la localité explique : « si on n’a pas utilisé l’acte de naissance avant d’inscrire l’apprenant dans son établissement de provenance, quand il vient s’inscrire et que vous utilisez le nom correct, vous ne le retrouvez plus sur la plateforme. Il faut faire encore recours à son collège de provenance, ce qui peut prendre du temps ». Dans la même dynamique, Alphonse Djodohou se veut plus clair, exemple à l’appui. « Pour un enfant qui se nomme Odjo Alphonse Rigobert, il se fait établir le bulletin au nom de Odjo A. Rigobert. Mais dans son ancien établissement, il a utilisé Odjo Rigobert. Donc, quand tu vas sur la plateforme Educmaster et que tu saisis Odjo A. Rigobert, tu ne le trouves pas. J’ai donc demandé qu’ils [élèves faussaires, ndr] aillent me chercher leurs numéros Educmaster dans leurs établissements d’origine. Certains sont partis sans revenir ». C’est donc à travers ce processus de tâtonnement que Educmaster « permet d’éviter les fraudes, les bulletins falsifiés », fait savoir Corneille Anago. Exécuter cette tâche, selon les responsables, n’est pas une chose facile car, cela exige une maîtrise de l’outil informatique en général et de la plateforme en particulier, un autre os dans la gorge des acteurs.

Prise en main de la plateforme sans formation, un véritable défi...

« Lorsque la personne qui est censée gérer la plateforme n’est pas formée à cela, il faut courir à gauche et à droite pour s’en sortir. A mon niveau, j’ai été obligé de me mettre aussi à la tâche pour aider les collègues », confie la directrice de la Berceuse, baissant le regard tout en remuant la tête. Si ceux du privé se plaignent de la prise en main de la plateforme, ceux du public en ont une certaine maîtrise vu que la plateforme est utilisée depuis quelques années déjà dans l’enseignement public. Mieux, ils ont bénéficié d’une formation il y a trois ans. « Les administratifs ont été formés en 2017, mais cette formation doit être renouvelée », suggère Alphonse Djodohou. Directeur des Systèmes d’Information (DSI) du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (MESTFP) en charge de la plateforme Edumaster, Bienvenu Blassou annonce sous peu des formations. En attendant, de nombreux acteurs continuent de tirer le diable par la queue. Alphonse Djodohou ajoute : « de nombreux administratifs qui doivent normalement manipuler la plateforme ne maîtrisent pas l’outil informatique, il y a des procédures à suivre qui nécessitent des lectures. Il faut copier par-ci et venir coller par-là ». Habitué à utiliser la plateforme et ayant bénéficié d’un projet mis en œuvre par le MESTFP, il lève un coin de voile sur les compétences essentielles à avoir, à la demande du reporter de Educ’Action. « Il faut surtout maitriser Excel et quelquefois word. Presque tout est au format Excel. Il faut avoir au moins une formation d’opératrice de saisie et savoir importer des fichiers car, certains font bien les saisies mais ne savent pas importer », renseigne-t-il. En dehors de la formation, les animateurs de la plateforme Educmaster, par la voix du surveillant général du CEG Abomey-Calavi 2, proposent la mise à disposition dans les établissements de matériels informatiques de qualité dont un ordinateur essentiellement dédié à Educmaster. L’autre facette de cette difficulté, c’est la réponse à la question : qui s’occupe de Educmaster dans l’établissement ?

Confier la plateforme aux censeurs et directeurs, une équation difficile à résoudre...


Cet après-midi du 25 Juin 2020, le censeur du collège a réussi à mettre la main sur un enseignant de Philosophie pour renforcer les élèves de Terminale, les examens étant proches. Ayant réussi ce tour de passe-passe à la dernière minute aux bénéfices des élèves, madame le censeur, grande de taille et habillée en tenue locale, fait le déplacement pour demander aux élèves de se préparer. Elle fait un détour au bureau des surveillants tous deux occupés afin d’y laisser des consignes avant de rejoindre les élèves de la classe de Terminale. De son bureau à celui des surveillants, comptez au moins sept minutes de marche au rythme normal car la cour de l’école est assez vaste pour y construire quatre blocs pédagogiques de trois classes avec magasin. Comme elle, les censeurs et directeurs seront responsables de Educmaster, à compter de l’année prochaine, a fait savoir Bienvenu Blassou. Tout en reconnaissant la pertinence de la décision, certains acteurs ont apporté des bémols. Sous le couvert de l’anonymat, un censeur d’établissement joint au téléphone dans l’Ouémé a indiqué la difficulté liée à l’application de cette décision dans les établissements privés qui ont parfois des personnels sous-qualifiés. Dans l’enseignement public, notre source fait savoir que la décision butterait contre les compétences de certains chefs d’établissements qui sont en âge avancé, voire proche de la retraite. Autre aspect de la question, c’est l’occupation de ces deux premiers responsables quotidiennement absorbés par des tâches administratives, pédagogiques et des réunions imprévues qui peuvent nécessiter leur présence en dehors de l’établissement. A ces préoccupations, Alphonse Djodohou propose qu’on forme aussi les surveillants généraux pour les suppléer au besoin. Autre raison pour soutenir son argumentation, il affirme que lorsque les nominations sortent, il y a des surveillants généraux qui deviennent directeur sinon censeur. « S’ils n’avaient jamais manipulé la plateforme, est-ce qu’ils pourront s’en sortir ? », se questionne-t-il, soutenant ainsi sa proposition.

Adjéi KPONON

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