Repas de qualité douteuse en milieu scolaire au Bénin : La porte ouverte à la contre-performance éducative des apprenants

 

Notre randonnée éducative pour une santé responsable et une nutrition appropriée des apprenants en milieu scolaire semble bien florissante pour la cause de ce numéro, le deuxième d’une série de cinq pour le mois d’octobre.

L’autopsie de la semaine écoulée a offert une gamme de dysfonctionnements en matière d’alimentation scolaire. Des repas de piètre qualité, une hygiène alimentaire approximative, des malaises et des cas d’indigestion... tout se croise malheureusement pour abêtir au plan sanitaire l’apprenant, hypothéquant hélas le système éducatif béninois en quête de performances et de résultats élogieux. Dans ce second numéro, les spécialistes et acteurs au cœur de l’alimentation scolaire viennent surfer sur le réel, faisant la peinture de la situation dans nos écoles et collèges publics et privés, pour enfin déboucher sur les mets à fort impacts positifs pour les apprenants. Lisez plutôt...

«J’ai un neveu qui avait pris de la bouillie à 10 heures à la récréation dans son école. Dès qu’il est rentré à midi, il a commencé par vomir. Nous nous sommes rendus à l’hôpital pour faire l’analyse et voir de quoi il était question. Les résultats ont prouvé que mon neveu a une infection digestive, c’est-à-dire que cette bouillie qu’il avait consommée n’était pas de bonne qualité. C’était laissé à l’air libre. C’est par des traitements médicamenteux que nous avons pu gérer les vomissements. Certainement que les mouches ont laissé leurs germes dans cette bouillie parce que ce n’était pas couvert ». Un énième témoignage, mais cette fois-ci d’un nutritionniste-diététiste et membre de l’association des nutritionnistes-diététistes du Bénin. Lionel Falola, puisque c’est de lui qu’il s’agit, vient de creuser l’abcès, renforçant les observations et dénonciations faites par bien des acteurs du système éducatif dans notre précédente parution sur l’épineuse question de la santé et de la nutrition des apprenants en milieu scolaire. Ce témoignage d’un spécialiste donc qui n’est pas de trop, vient renseigner sur le pronostic vital des apprenants en matière de qualité des mets servis dans les entités et établissements d’enseignement au Bénin. Pour la démarche adoptée, Educ’Action a sillonné plusieurs écoles et collèges publics et privés de différents départements et communes pour y découvrir ce que les apprenants mangent à la pause, notamment à la recréation. Le constat est alarmant. Il est prouvé que certains mets sont de qualité douteuse. Ceci n’est pas sans conséquences sur l’état physique et le rendement scolaire des apprenants, déduisent des spécialistes de la nutrition, diététistes, psychologues, psychopédagogues, infirmiers, etc.

Quand la pauvreté des mets rime avec le retard de croissance de l’enfant

De l’avis des spécialistes rencontrés et interviewés, le retard de croissance d’un enfant ou de l’apprenant a bien des impacts, au plan intellectuel, sur son rendement scolaire. « Lorsque l’alimentation de l’enfant n’est pas suffisante en qualité et en quantité, le retard de croissance s’invite. Son corps a un âge avancé, mais sur le plan physiologique, ce n’est pas développé correctement. Au Bénin, selon les dernières statistiques, un (01) enfant sur trois (03) est atteint du retard de croissance. Ce qui veut dire que vous aurez des enfants qui n’auront jamais la taille qu’ils devraient avoir. C’est prouvé scientifiquement que lorsque vous avez un retard de croissance, sur le plan intellectuel, vous êtes limité », a détaillé, d’un air préoccupé, à Educ’Action Joaquin Darboux, lui aussi nutritionniste-diététiste. Il attire ainsi subtilement l’attention des acteurs de l’école sur l’inconvénient d’une alimentation non équilibrée dans la vie d’un apprenant. En bon spécialiste et dans le souci d’obtenir un équilibre alimentaire, Joaquin Darboux conseille ce qui suit : « Dans une assiette, vous devez avoir une part pour tout ce qui est céréale, tubercule et racine, autrement dit les féculents ; c’est-à-dire le riz, le spaghetti, la pâte. Vous avez une part pour les légumes. Puis, vous avez une troisième part pour la viande, le poisson, les œufs et les légumineuses. A côté de cette assiette, il faut aussi des fruits et pour finir, vous avez tout simplement de l’eau. »

Manger : un besoin physiologique fondamental

La question de l’alimentation en milieu scolaire est préoccupante. Avec son regard de psychopédagogue et d’enseignant-chercheur en sciences de l’éducation, Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha affirme que l’alimentation répond d’abord aux besoins physiologiques. « Maslow a établi la pyramide des besoins. Ce qui est basique dans cette pyramide, ce sont les besoins d’ordre physiologique, donc tout ce qui a trait au fonctionnement de l’organisme. Pour qu’un enfant puisse suivre à l’école, il faut que les besoins physiologiques soient réglés d’abord. Un enfant qui a faim ne peut pas suivre en classe. Il en est de même pour un enfant qui est malade ou qui veut aller aux toilettes ».

Moussiliou Akpa LAra Moustapha Copie

Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha

Une bonne alimentation : gage d’un bon fonctionnement du cerveau

Expliquant le lien entre l’alimentation et le fonctionnement du cerveau, le docteur Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha a fait savoir que « si le cerveau ne reçoit pas les nutriments appropriés, les cellules cérébrales qui sont chargées de colporter les informations pour leur traitement dans les aires cérébrales seront atrophiées et ne pourront pas se développer comme cela se doit et ne pourront pas non plus se constituer en réseau. C’est lorsque les neurones fonctionnent dans un système de réseau que les informations circulent sans encombre pour atteindre les espaces où elles peuvent être traitées convenablement ». Pour donner plus de précision sur la question, il a ajouté que « la nutrition joue un rôle important dans le développement de ces neurones, dans leur ramification et dans leur interconnexion. C’est tout cela qui favorise le fonctionnement du cerveau et qui conditionne l’intelligence également ».

cerveau alimentation

La nutrition comme facteur déterminant dans le développement des neurones

Des conséquences d’une mauvaise alimentation sur le rendement scolaire

«Lorsqu’il y a sous-alimentation ou une alimentation qui n’est pas de qualité, les cellules cérébrales vont le ressentir et vont être atrophiées. Alors, elles ne pourront pas se développer et se mettre en réseau. Parce qu’elles ne pourront pas se mettre en réseau, les informations qui passent au travers de notre système nerveux périphérique ne pourront pas aller au niveau du système nerveux central où elles doivent être dispatchées dans des surfaces données pour leur traitement conséquent », indique le psychopédagogue. Après quoi, le formateur des enseignants, conseillers pédagogiques et inspecteurs revient sur les impacts pédagogiques d’une défaillance du cerveau causée par une mauvaise alimentation. A en croire Mousiliou Akpa L’Ara Moustapha, « la conséquence, c’est que l’enseignement que nous donnons en classe ne pourra pas être acquis ni assimilé par l’enfant. Si cet enseignement n’est pas assimilé, cela aboutira à l’échec. L’enseignant sera en train de dire des choses qui seront captées essentiellement par le système nerveux périphérique. Or, si cela ne dépasse pas la périphérie pour aller vers le niveau central, le traitement sera impossible et s’il n’y a pas traitement, il n’y aura pas compréhension, ni acquisition et par conséquent, l’enfant échouera dans l’assimilation de ce qui lui est enseigné ».

mauvaise alimentation sur rendement scolaire Copie

Mauvaise alimentation, un facteur de l’échec scolaireMauvaise alimentation, un facteur de l’échec scolaire

De l’autopsie des repas à fort impacts positifs sur les apprenants

Quel type de repas peut conduire à des risques de maladies chez l’apprenant ? Il s’agit là d’une question, qui, pour le citoyen béninois ordinaire, n’a pas de sens vu que l’essentiel et le prioritaire est de permettre à l’apprenant de s’alimenter pour produire des résultats, en l’occurrence être admis à un examen ou passer en classe supérieure. Mais tenez-vous tranquilles, le choix et la qualité du repas importent pour beaucoup. « A priori, il n’y a pas de repas standard. Cela dépend de l’organisme de celui qui le consomme. Sinon tout repas est propre. Il est prouvé scientifiquement qu’il n’y a pas de repas qui peut rendre malade, il suffit de bien le préparer et d’être dans les meilleures conditions », tente de réagir le nutritionniste-diététiste, Lionel Falola. Son confrère Joaquin Darboux met l’accent sur le fait que la nature de la cuisson des repas constitue un élément majeur et une source de maladies pour les consommateurs au nombre desquels les apprenants. « La qualité part de l’aliment lui-même de manière individuelle. Comment est-ce qu’il a été préparé ? L’alimentation de façon générale, c’est de la ferme jusqu’à la table de celui qui mange. Quels sont les types de denrées alimentaires qui ont été achetés pour préparer cet aliment ? La qualité des tomates et des céréales qui ont été achetées ? Est-ce que ce sont des céréales qui sont moisies ? Comment l’aliment a été préparé pendant la cuisson ? Est-ce que les règles hygiéniques ont été suivies ? Est-ce que les aliments sont gardés à chaud pour être servis aux enfants ? Est-ce que les enfants se lavent les mains ? Est-ce que les assiettes, les couvercles et les cuillères sont bien lavés ? » Autant de préoccupations qui, selon le spécialiste, doivent concourir à la qualité des mets susceptibles de mettre l’apprenant à l’abri des maladies

Lionel Falola Copie

Lionel Falola

Vendeuses et apprenants : Agents proliférateurs des risques de maladies en milieu scolaire

Audrey Codjovi est en service à l’infirmerie du Collège d’Enseignement Général de Sainte-Rita. En l’absence de l’infirmière en chef, elle s’ouvre au reporter de Educ’Action après un moment d’hésitation. A l’en croire, plusieurs apprenants viennent à l’infirmerie pour trouver satisfaction suite à des malaises, des cas d’indigestion tels que les maux de ventre, vomissements, etc. Se référant à son registre, elle y dénombre pour le mois d’octobre 2018, onze (11) cas de maladies ; cinquante (50) cas pour le mois de février 2018 et au total soixante-dix (70) cas pour le mois de septembre 2018. Pour la spécialiste en santé, l’hygiène et la propreté aussi bien des enfants que des vendeuses sont en cause dans cette situation. « Les vendeuses préparent les mets depuis la maison avant de venir les disposer dans le collège. Nous ne sommes pas avec elles dans les maisons pour voir l’eau qu’elles utilisent pour la cuisson des repas. Des enfants qui trainent des repas censés être protégés, etc. Parfois, ce sont les garçons qui reviennent des toilettes et se rendent directement chez la vendeuse de sucette. Imaginez qu’entre temps, des gouttes d’urine sont restées sur cette main et qu’une mouche est passée se poser et que la sucette coule sur la même main et que l’enfant décide de lécher. Bonjour les dégâts », confie-t-elle, peinée.
Cap sur le Collège d’Enseignement Général Kouhounou Vêdoko pour y rencontrer Opportune Chogolo qui totalise quinze (15) ans dans l’infirmerie du collège. Selon ses propos, cela fait une décennie qu’elle ne s’est plus rendue à la cantine du collège pour se nourrir après y avoir découvert un jour des poissons avariés dans de l’eau souillée en attente de passer au feu pour être servis aux apprenants. « Les enfants mangent du n’importe quoi pendant la récréation. Il n’y a pas ce jour où nous ne recevons pas des cas de vomissement ou de mal de ventre à cause d’un repas pris à la récréation, c’est au quotidien », a-t-elle confié à Educ’Action, attristée.

Des comportements désobligeants des apprenants, source de malaises

Des explications fournies par les infirmières rencontrées au cours du périple des reporters de Educ’Action, les malaises et risques de maladies sont, entre autres, dus aux comportements alimentaires des apprenants et à la qualité des repas proposés par les vendeuses. « A 7 heures déjà, on remarque certains enfants qui prennent du Atassi (mélange de riz et de haricot) et de la friture remplie d’huile. Ce n’est pas une bonne alimentation. Il y a d’autres, qui, tôt le matin, préfèrent les sucettes. Quand je suis devant l’infirmerie et que je vois un enfant passé avec la sucette en main, je la lui retire de la main ou je l’amène à la jeter à la poubelle. A cause de cela, certains enfants qui ne peuvent pas s’en passer, ne prennent plus par ici », confie l’infirmière Opportune Chogolo. Abondant dans le même sens, sa collègue du CEG Sainte-Rita qui est aussi foncièrement contre la consommation des sucettes par les enfants, tôt le matin, affirme : « Une vendeuse qui vient vendre à 7 heures aux enfants du yaourt, du jus de Adoyo, n’a pas sa place à l’école. Ce n’est pas bon. C’est à 10 heures, voire à 16 heures que cela devrait être vendu. Je fais souvent des descentes tôt le matin dans la cour et quand je vois la sucette dans la main d’un enfant, je lui demande gentiment de la jeter. Mais avant de le faire, je lui explique les dangers que cela représente pour lui et sa santé. Je crois que la mayonnaise a commencé par prendre et on rencontre de moins en moins d’enfants dans la cour à 7 heures avec la sucette en main ».

Autour de la qualité des mets, infirmières et vendeuses divisées

La quête de la qualité des mets proposés divise, à bien des égards, infirmières et vendeuses dans les écoles et établissements. A preuve, confesse une infirmière rencontrée dans un établissement à Cotonou, « Des vendeuses du collège et moi, ne nous saluons plus parce que j’ai critiqué et dénoncé la qualité de leurs mets... » Elle poursuit sa mésaventure : « Dans ce collège, on ne parle pas des vendeuses. Quand tu viens dans un endroit où des gens se déplacent avec la tête, il faut faire comme eux. Ma collègue que j’ai remplacée m’avait déjà averti, mais j’ai fait la sourde oreille et résultat, il y a aujourd’hui des vendeuses qui ne me saluent plus et pire, elles me vitriolent auprès de leurs amies qui viennent tout me rapporter. A ma prise de service, je me suis rendue à la cantine pour essayer de vérifier le carnet de vaccination et c’est le crime que j’ai commis ; c’est le pas de trop que j’ai posé. Le surveillant du collège m’a apaisée avec la promesse de régler le différend, mais rien n’y fit. Nous en sommes encore là. Je me suis alors rangée. Quand les enfants viennent se plaindre de mal de ventre après consommation d’un repas à la récréation, je leur administre les soins dans la limite de mes possibilités et je leur conseille la bonne conduite alimentaire. » Cette difficile collaboration entre infirmières et vendeuses est aussi perceptible au CEG Sainte-Rita. L’infirmière Audrey Codjovi confie à Educ’Action que les vendeuses n’aiment pas les reproches. « ...si vous ne savez pas faire, vous pouvez devenir leur ennemie. Il y a un comité composé de ma collègue, d’un responsable de l’administration et parfois de la police sanitaire qui rencontre en début d’année les vendeuses pour le contrôle de leur carnet de vaccination. Le Directeur insiste toujours sur le fait que la vendeuse qui n’a pas de carnet de vaccination, ne pourra pas vendre dans l’établissement. C’est seulement à ce niveau qu’intervient notre collaboration avec les vendeuses. En dehors de ce cadre, si je dois faire des reproches à une vendeuse sur la qualité de sa prestation, souvent elle n’apprécie pas », dira-t-elle, réservée. Bien imprégnée de la situation, sa collègue du CEG Houéyiho souligne que pour ne pas se faire des soucis inutiles, elle préfère se limiter aux apprenants en leur donnant des conseils utiles. « Je conseille les enfants en leur disant voyez, vos camarades sont en classes mais vous, vous êtes sur le lit à cause de votre mauvaise alimentation. Moi, je continue de faire la bouillie à mon enfant qui est déjà à l’université. C’est toujours pour éviter les problèmes d’indigestion et autres cas de malaises. Alors, je ne comprends pas pourquoi les parents ne peuvent pas faire la même chose à leurs enfants ? », s’interroge-t-elle, indignée.

Carnet de vaccination

Le contrôle du carnet de vaccination comme source de mésantente entre infirmière et vendeuses

De la prise en charge sanitaire difficile des apprenants dans les infirmeries scolaires

«Quand un enfant vient se plaindre de mal de ventre, la première chose que je fais, c’est de le déparasiter parce que les enfants mangent du n’importe quoi sans même se déparasiter », informe Opportune Codjovi. Sa collègue du CEG Sainte-Rita précise, quant à elle, qu’elle administre les premiers soins pour calmer les enfants. « Mais en cas de difficultés ou de complications, je les réfère à leurs parents parce que je n’ai pas le plateau médical adéquat à disposition », a-t-elle dit à Educ’Action. « Nous n’avons pas le droit d’administrer des sérums à l’enfant par exemple, c’est interdit dans notre règlement. Donc, quand le cas du patient devient un peu critique, on le retourne vers les parents ou l’infirmerie sollicite le concours de l’administration du collège pour envoyer l’enfant au centre de santé le plus proche. Avec le comptable, on débloque juste le nécessaire pour envoyer les enfants qui sont dans des états critiques à l’hôpital, mais une fois la facture présentée, certains parents refusent de payer les soins de l’enfant et cela devient une charge pour l’administration. Il y a même des enfants qui sont malades depuis la maison, mais au lieu de les envoyer à l’hôpital, les parents les renvoient dans le collège, prétextant de l’existence de l’infirmerie », déplore-t-elle au micro de Educ’Action.

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Des conseils pour une meilleure santé, gage de meilleurs rendements

De l’avis du Dr. Moustapha, la responsabilité de l’Etat est fortement engagée dans le bien-être des élèves. Pour une meilleure santé, gage de meilleurs rendements, le psychopédagogue invite les autorités à divers niveaux à associer les spécialistes de la question et à garder un œil sur les dames qui servent à manger aux enfants dans les écoles. « Il faut que l’école et le système éducatif impliquent les nutritionnistes dans la confection des menus. Il faut que les bonnes dames qui sont cooptées pour faire à manger aux enfants soient assistées de spécialistes, de nutritionnistes ». Evoquant son enfance à l’école maternelle, il a indiqué que la responsabilité revenait aux nutritionnistes de confectionner les menus que les cuisiniers exécutaient. « Ils confectionnent des menus qui permettent de maintenir les enfants en bonne santé, mais également de les maintenir éveillés en salle de classe. Il faut impliquer les spécialistes, car l’alimentation n’est pas aussi banale », a-t-il conclu.

CARICA REPAS

Réalisé par la Rédaction de Educ’Action

 

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