Non-dits sur la classe de 4ième : Quand les coefficients et la puberté brisent le rêve des apprenants

Passer la classe de 4ème, une classe de transition dans le premier cycle au collège, constitue une éprouvante étape pour beaucoup d’apprenants.

Pis, elle ne s’annonce pas comme une sinécure avec son cortège de coefficients, un fait nouveau, puis le choix de la série (Moderne long, moderne court). Les élèves, les moins aguerris et mentalement faibles de mémoire et d’esprit, y trébuchent pour de petites choses. Que doit-on comprendre de cette situation ? Dans ce papier de terrain, Educ’Action s’intéresse aux subtilités qui s’apparentent à de réels obstacles pour les apprenants de cette classe dite de transition.

«Dans tout mon cursus scolaire, j’ai bien l’impression que la classe qui m’a causé le plus d’ennui, c’est la classe de 4ième. Au départ, tout semblait facile et on était content d’être les nouveaux collégiens de notre époque. Alors, on mélangeait le travail et la distraction.On était également sollicité par notre père qui avait beaucoup de champs et semait un peu de tout. Malgré notre emploi du temps scolaire, on devrait aussi aller au champ et nourrir les bœufs et les animaux domestiques de papa sinon, on n’avait pas d’argent de poche. Avec mes débuts qui étaient faciles pour moi à l’école, je n’avais pas de difficultés à faire tous les travaux et à jouer au football par moment. Je pensais que cela serait continuel jusqu’à la fin. Hélas ! En classe de 4ème, j’ai échoué avec brio et c’est d’ailleurs dans cette classe que j’ai quitté les bancs ». Ces propos constituent bien un bout de l’histoire de vie de Rigobert, aujourd’hui âgé de 55ans. Lui qui mourait d’envie, dès son jeune âge, de devenir un homme de droit. Un rêve ainsi brisé, il abandonne ses camarades de classe avec une moyenne de fin d’année de 7,32 sur 20. « Quand mes deux enfants entraient au collège, je leur disais gare à vous si vous venez ici avec 7,32 de moyenne. Tellement cela m’a marqué que j’ai gardé cette moyenne en tête jusqu’aujourd’hui et je pense bien m’en inspirer pour effrayer aussi mes petits-enfants », a raconté, ému, le vieux Rigobert à Educ’Action. Tout comme lui, bien d’autres apprenants l’ont appris à leur dépend, faisant la douloureuse expérience de la classe de 4ième. Sans le savoir et mus par la naïveté, ils échouent facilement avec même le risque d’abandonner les classes à cet stade-là. Aujourd’hui encore, cette classe d’une réputation peu enviable nommée ‘’ classe de transition ou classe charnière’’ reste la bête noire d’élèves moins aguerris et peu sensibilisés. Pour certains enseignants approchés, beaucoup d’éléments peuvent constituer des obstacles aux apprenants de cette classe.

Le jeu des coefficients, élément premier de l’échec des apprenants

De l’avis de Kangni Sylvère Adjahouto, enseignant d’anglais du secondaire, une classe de transition est cette classe qui précède une classe d’examen. Ce qui justifie, selon lui, l’échec des apprenants dans cette classe, c’est bien le système des coefficients qui entre en ligne de compte. Avis partagé par Antonin Guèdègbé, directeur du CEG Zogbo, qui renchérit : « Les coefficients ont un impact négatif sur les apprenants qui passent de 5ième en 4ième. De la 6ième en 5ième, toutes les matières ont pour coefficient 1, mais à partir de la 4ième, les coefficients changent. Cela varie donc de 1 à 3. En mathématiques, si c’est la série scientifique, c’est coefficient 3, 2 pour l’histoire-géographie, la PCT, la SVT, ainsi de suite ». A en croire ces deux acteurs de l’école, le problème ne se pose pas si l’apprenant franchit la classe de 4ième avec un bon niveau. Si de l’analyse du Docteur Débora Hounkpè les coefficients contribuent prioritairement à l’échec des élèves de la classe de 4ième, il n’en demeure pas moins que les programmes d’études ont beaucoup évolué, offrant parfois des chances de réussite certaines à d’autres enfants en dépit de l’application des coefficients. « J’ai fait ma 4ième en 1989 et c’était le Programme Par Objectifs. En ce moment, on pensait vraiment que la classe de 4ième était difficile. En 6ième et 5ième, on s’amusait et ces classes étaient sans coefficients. Donc, on compensait parfois les quelques faibles notes avec les notes de conduite et activité coopérative. Mais en 4ième, les coefficients commencent vraiment et les enseignants aussi ont changé. Ce ne sont pas des enseignants de 6ième et 5ième qu’on voyait. C’est d’autres qu’on rencontre avec des visages durs et qui, sur le plan des compétences psychosociales, nous troublent et nous renversent dans tout notre être», s’est remémorée Débora Hounkpè, pour ainsi faire une comparaison avec ce qui se fait aujourd’hui en 4ième. « Aujourd’hui, je me demande ce qui est encore difficile à l’école. L’Approche Par les Compétences rend les choses apparemment plus faciles pour les apprenants. Parfois les réponses sont sur les épreuves et les critères d’évaluations sont monnayés et même le plus cancre peut avoir 06 sur 20 sur une feuille où il y a que des bribes de vérités ou des débris de vérités. Donc, ces épreuves sont plus faciles que nos épreuves parce qu’il y a une situation qui instruit l’apprenant de ce qu’on attend de lui et qui l’empêche d’aller à l’hors sujet». Plus loin, outre les coefficients, une autre considération semble bien faire obstruction à la réussite des enfants.

Une classe où la puberté éclore dans le rang des élèves

« La 4ième, c’est la classe de la crise d’originalité juvénile ; c’est la classe de la crise d’adolescence et les adolescents sont des personnes difficiles. Etant donné qu’ils sont difficiles, ils sont enclin à la paresse et ne veulent pas faire d’effort », a fait observer la spécialiste des sciences de l’éducation, Débora Hounkpè, qui se fait appuyer par son jeune collègue Kangni Sylvère Adjahouto. « La 4ième, c’est une classe sensible en ce sens que beaucoup d’enfants sont en cycle pubertaire, donc en début de puberté avec de nombreuses pulsions. C’est une classe qu’on ne confie pas normalement à un novice. Il faut confier cette classe à quelqu’un qui a de l’expérience ; quelqu’un qui a de la tempérance et de la patience », a-t-il fait savoir. Pour permettre aux apprenants de réussir cette classe, plusieurs astuces sont proposées aussi bien pour les apprenants que pour les enseignants et parents d’élèves.

Des astuces de réussite, selon les acteurs

Selon Antonin Guèdègbé, directeur du Ceg Zogbo qui se fait appuyer de Kangni Sylvère Adjahouto, il est préférable que l’élève passe de la classe de 5ième avec un bon niveau d’étude. A défaut de cette possibilité, les parents d’élèves doivent prendre l’élève en charge pendant les vacances à travers les cours de renforcement et se rapprocher aussi souvent des enseignants. L’aide d’un psychopédagogue serait utile pour l’apprenant et l’enseignant parce que face à certaines actions, il faut savoir comment réagir pour que l’enfant ne soit pas frustré et que le résultat recherché par l’enseignant ne soit pas biaisé. Dr Débora Hounkpè, quant à elle, suggère que le Professeur Principal (PP) de la classe, dès la rentrée, signe un contrat pédagogique avec les apprenants pour que chacun sache le comportement à adopter. « Si on attend la 4ième pour corriger les failles, les entailles dans le mur de la connaissance bâties depuis longtemps, on ne pourra rien faire. Donc à partir de la classe de 6ième, il faut faire les renforcements, il faut que les enseignants instaurent les situations d’intégration, c’est-à-dire trois semaines de cours, une semaine de remise à niveau qui va leur permettre de savoir les notions, les capacités et les habiletés que les apprenants maîtrisent, là où il faut niveler et revenir parfois sur des leçons qui n’ont pas été faites dans les classes antérieures. Il faut que les enseignants sachent qu’ils sont des artistes et inventent des méthodes pour galvaniser leurs apprenants. Le plus important, c’est de ne pas avoir les adolescents contre soi. Il vaut mieux comme l’a dit Jean Jacques Rousseau dans « Emile ou de l’éducation », « il faut apprendre à connaître les apprenants ». Il faut avoir la bonne foi, la bonne volonté et la collaboration entre les enseignants et la famille », a-t-elle préconisé.

Estelle DJIGRI

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