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Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation (ESFI) : Une nouvelle approche pédagogique pour renforcer les APCs

(La panacée pour repeupler les classes de sciences)

Les classes de sciences, notamment les séries D et C, sont, de plus en plus, désertées. Les apprenants, compte tenu des difficultés à trouver des solutions aux problèmes scientifiques à eux soumis, font le bond vers les séries littéraires.

C’est pour apporter une réponse à cette crise éducative mondiale que le Réseau de l’Académie des Sciences des Régions d’Afrique de la Méditerranée et de l’Europe, après une longue réflexion, a pensé à mettre en place l’Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation. Un nouveau concept, une nouvelle approche pédagogique, c’est ici !

«Depuis une dizaine d’années, les classes scientifiques se dépeuplent au profit des classes littéraires sans que les apprenants qui y vont, n’aient pas toujours les aptitudes nécessaires pour résister aux lettres ». Cette affirmation de l’inspecteur des mathématiques, Eustache Zinzindohoué, vient partiellement corroborer le constat fait par une équipe de Educ’Action lors de sa descente, en cette matinée du jeudi 11 avril 2019, dans quelques établissements secondaires d’enseignement publics et privés du Bénin. Déjà à partir du second cycle, les classes de seconde D et C jusqu’en Terminale ne comptent pas les mêmes effectifs. Il y a, selon nos observations, une affluence vers les séries littéraires. « L’enseignement des sciences est en crise dans le monde entier. Que ce soit au Bénin, en Afrique, en Europe, en Méditerranée ou en Amérique, l’enseignement des sciences est en crise. La manifestation de cette crise, c’est que les classes de sciences se dépeuplent, de plus en plus », se désole l’inspecteur des mathématiques. Aux fins de remonter la pente au niveau des apprenants, le Réseau des Académies des Sciences d’Afrique, de la Méditerranée et de l’Europe a tenu, en octobre 2017, une Conférence à Paris (France) dont la résolution est de créer les maisons intercontinentales des sciences encore appelées ‘’Centres d’Education pour les Sciences en Afrique, en Méditerranéen et en Europe’’ (CESAME). Pour matérialiser cette décision, le réseau a décidé d’installer ces maisons intercontinentales des sciences et multilingues dans certains pays. « Des pays ont candidaté et le réseau a choisi pour l’expérimentation 6 pays, 2 groupes de 3 pays et un groupe pour la première phase et un autre pour la seconde phase. Le groupe de la première phase est composé de l’Italie, de l’Afrique du Sud et de la Tunisie et le groupe des pays de la seconde phase est constitué du Bénin, du Cameroun et du Maroc », a précisé Eustache Zinzindohoué, collaborateur du professeur Norbert Hounkonou. A l’instar de ces projets, des étapes ont jalonné la genèse de l’Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation (ESFI).

Quid de la genèse de l’ESFI…

Dans les réflexions de voir si d’autres structures ou associations cherchent à pallier la question du vide observé dans les enseignements scientifiques, le réseau a identifié deux précurseurs qui s’activaient depuis 1996 à sauver les meubles. « Le réseau s’est aperçu avec la participation de l’Académie des Sciences de l’Institut de France que depuis 1996, des chercheurs, des savants comme Georges Charpak, prix Nobel de Physique et Léon Lederman de l’Académie des Sciences de l’Institut de France, réfléchissant à la crise de l’enseignement des sciences, se sont déjà rendus compte que pour apporter une réponse, il faut remonter aux pratiques qui ont fait naître la science. C’est ainsi que Georges Charpak et Léon Lederman ont constaté qu’au départ, les scientifiques procédaient par investigation avant d’aller à la démarche expérimentale où le protocole expérimental est connu d’avance », fait savoir Eustache Zinzindohoué, président du CESAME-Bénin pour montrer la source de cette démarche dite d’investigation. Dans cet élan de trouver un moyen pour fonder l’Enseignement des Sciences sur l’Investigation, Georges Charpak, membre de l’Académie des Sciences de France, s’est associé à Pierre Lena, astrophysicien et Yves Kéré, algébriste, pour qu’une Organisation Non Gouvernementale soit installée. Laquelle sera appuyée par l’Etat à travers les centres de recherches qui donnent les moyens de mise en œuvre de la démarche d’investigation dans les écoles de la France. Donc en 1996, il a été créé la Fondation ‘’la Main à la Pâte’’ qui s’est investie totalement dans la démarche d’investigation. « Dès 1996-1998, cette Fondation a démarré ses activités avec à peine 2% des écoles de France. Mais aujourd’hui, elle est à 56% d’écoles dans lesquelles la démarche d’investigation se mène. Les résultats obtenus, c’est que la démarche d’investigation a permis de donner des résultats spectaculaires avec le repeuplement des classes de sciences », se réjouit l’inspecteur. Le réseau, après avoir pris la décision de créer des maisons intercontinentales et multilingues de sciences, a été mis en liaison avec la Fondation ‘’la Main à la Pâte’’ pour que les délégations des 6 pays sélectionnés dont le Bénin participent au 9ième séminaire international à la Fondation ‘’la Main à la Pâte’’. « Ainsi, du 18 au 25 juin 2018, nous étions à Paris, à Sèvres, au Centre International des Etudes Pédagogiques, pour participer au séminaire dont le thème central est ‘’ l’Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation’’. A ce séminaire, nous avons été instruits sur la démarche d’investigation », a laissé entendre Eustache Zinzindohoué avant de préciser que la délégation du Bénin était constituée de la conseillère pédagogique de PCT, Baï Lidvine Elicha et de lui-même. Quel est le contenu de cette démarche ? A quel niveau s’adresse la démarche d’investigation ? Quel est le niveau d’implication des autorités ministérielles de l’éducation ? Quand cette démarche sera -t-elle utilisée dans l’enseignement des sciences au Bénin ? Autant de questions auxquelles les experts de l’approche ont bien voulu répondre dans les lignes qui suivent.

De l’accord des ministres de l’éducation à son instauration en 2019-2020

« D’ici juillet ou août 2019, nous avons prévu former 1.000 enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire du Littoral à partir des ressources pédagogiques qui prennent en compte les programmes en vigueur chez nous. Nous espérons qu’à partir de septembre 2019, la démarche par investigation sera dans les premières écoles du Bénin ». Ces propos de Eustache Zinzindohoué, président du Centre de l’Education des Sciences d’Afrique de la Méditerranée et de l’Europe (CESAME-Bénin), montrent que l’Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation n’est pas encore en vigueur dans les établissements publics comme privés. Cette démarche qui va rentrer dans sa phase active dans les classes à partir de septembre prochain, vise à mettre les apprenants en situation d’investigation. « En science, notamment en SVT, en PCT et en mathématiques, certaines séquences d’enseignement seront appréhendées avec la démarche d’investigation. C’est pour dire que devant une notion précise à faire passer, l’enseignant conçoit un protocole d’investigation et met les apprenants en situation d’investigation pour qu’ils arrivent à cerner le problème. C’est une démarche qui invite à émettre des hypothèses, à concevoir des protocoles qui leur permettent d’expérimenter le protocole et à aller à des résultats après cela », renchérit l’inspecteur pour renseigner sur le contenu de cet enseignement scientifique avant de souligner que le Ministère de l’Enseignement Secondaire a soutenu le projet. Il argue dans ses explications que cette méthode d’enseignement ainsi faite permet de développer les aptitudes à la science chez les apprenants. « ... dans notre espace béninois, nous estimons que déjà, nous ne pouvons pas faire la démarche d’investigation sur toutes les séquences et sur toutes les notions mais à la maternelle, au primaire et au collège, certaines séquences de l’enseignement des sciences seront faites à partir de la démarche d’investigation ».

Du niveau d’évolution de cette démarche…

Depuis 1996 où la démarche d’investigation s’observe dans quelques pays africains, méditerranéens et européens, le Bénin compte à son actif un atelier sur son territoire. « Du 21 au 23 février 2019, nous avons tenu un atelier de lancement du CESAME-Bénin à l’Infosec où 75 enseignants, conseillers pédagogiques et inspecteurs de la maternelle au supérieur passant par le secondaire, ont été formés à la démarche d’investigation », a fait savoir l’inspecteur Eustache Zinzindohoué avant d’ajouter que cet atelier a connu la présence effective de tous les Ministres de l’éducation. Toutefois, il poursuit que dans le plan de travail prévu pour le compte de l’année 2019, un atelier de conception de ressources pédagogiques d’investigation pour la maternelle, le primaire et le collège est en projection.

De la démarche d’investigation pour le renforcement de l’APC…

A la question de savoir si l’enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation vient abolir l’Approche par les Compétences, l’inspecteur des mathématiques réfute et clarifie : « l’Approche Par les Compétences n’est pas une démarche pédagogique. L’Approche Par les Compétences vise à ce que les compétences minimales soient installées. De ce point de vue, la démarche d’investigation qui permet d’asseoir des aptitudes à la science au niveau de l’apprenant vient renforcer l’APC. La démarche d’investigation n’est pas une finalité, mais c’est une démarche pour aller à des résultats ». Il poursuit en précisant qu’avec la démarche d’investigation, l’apprenant va agir pour asseoir des aptitudes à la science, donc les compétences scientifiques, les compétences de résolution de problèmes. Pour mémoire, l’Enseignement des Sciences Fondé sur l’Investigation vient apporter une réponse à la crise de l’enseignement des sciences dans la mesure où il permet d’asseoir les aptitudes à la science au niveau des apprenants.

Enock GUIDJIME

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