Suspicions dans la désignation des surveillants pour les examens nationaux : Directeurs d’écoles et syndicats au banc des accusés

"Des réformes en cours pour sauver les meubles"

Le processus de désignation des surveillants pour les examens nationaux de fin d’année scolaire demeure une nébuleuse et un sujet à polémiques dans le rang des acteurs de l’éducation, en l’occurrence les enseignants, qui, en grand nombre, soupçonnent des actes de favoritisme.

A quelques mois des prochains examens nationaux, Educ’Action se penche sur la problématique, élucidant des critères de sélection des surveillants.

«On rencontre parfois des surveillants qui ne peuvent pas écrire proprement leur nom. On se retrouve avec des gens qui ne sont même pas enseignants. Des couturières, des coiffeuses. On rencontre aussi des personnes qui ne peuvent pas faire le procès-verbal et pourtant, ils sont là à la surveillance des examens nationaux. On se demande alors comment le choix a été fait ». Ces propos symptomatiques de Richard Doha, professeur d’Anglais en service au CEG ‘’Les Pylônes’’ à Cotonou, puis secrétaire général du Syndicat National des Agents Contractuels de l’Etat de l’Enseignement Secondaire Général, Technique et Professionnel (SNACEES) du même collège circonscrivent parfaitement notre questionnement : Comment choisit-on les surveillants pour les examens nationaux ? Quel est leur profil ? Et quelle crédibilité accordée au processus ? Pourtant, il y a bien une commission qui définit les normes en matière de sélection des surveillants pour les examens scolaires nationaux. Joint au téléphone, Roger Koudoadinou, directeur des Examens et Concours du sous-secteur de l’enseignement secondaire, se confie à Educ’Action en ces termes : « Les critères sont définis de commun accord avec les Directeurs Départementaux de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation professionnelle (DDESTFP) à l’intérieur d’une commission, composée aussi bien de responsables syndicaux que de responsables des directeurs de collèges de chaque département ». Il poursuit, martelant que ce sont les directeurs de chaque collège qui envoient les noms des enseignants qui effectivement ont en charge une classe d’examen avec leur profil.

De l’influence du mentorat et du tutorat dans la sélection des surveillants

De l’avis du Sg du SNACEES, pour bénéficier du quitus de surveillant à l’examen du BEPC par exemple, il faut être enseignant, soit administratif ou en position de classe, et ne pas avoir une classe de 3ième. Une affirmation partiellement soutenue par le premier responsable de la Direction des Examens et Concours du secondaire qui explique : « Etant attendu qu’en amont, les textes de la République ont défini clairement ceux qui sont chargés de donner des cours de français dans un collège, à savoir les détenteurs de la Licence en Lettres Modernes ou en Linguistique par exemple. Au cours de l’année scolaire, les directeurs sont invités à dresser la liste de leurs enseignants et cela se centralise au niveau départemental sous la vigilance des responsables syndicaux qui sont des secrétaires généraux départementaux. » Propos dans lequel semble bien se retrouver Victorien Houessou, enseignant de SVT au CEG ‘’Les Pylônes’’. Il argue que : « Ce sont les établissements qui ont l’habitude de proposer les enseignants pour surveiller ». Seulement, « ... il se fait ou se faisait que dans la liste de surveillance, lorsque par exemple un directeur ou un chef service quelque part a une parenté qui ne fait rien, on l’invite pour surveiller parce qu’il doit prendre quelque chose. Donc, ceux-là sont choisis par affinité, par mentorat ou tutorat », a laissé entendre à Educ’Action Richard Doha, avec un brin de désolation avant de poursuivre que depuis deux ans maintenant, des réformes se font et les choses vont de mieux en mieux. A cette préoccupation, le directeur des Examens et Concours du secondaire réplique : « Je ne suis pas dans les départements. Comment puis-je le savoir ? Ce sont les représentants des responsables de chaque département qui sont mieux indiqués pour proposer et retirer des noms. Ce sont eux qui peuvent se battre pour qu’on retienne tel collègue plus assidu, plus correcte dans les salles que d’autres. De ce point de vue, j’estime que ce n’est pas à la Direction des Examens et Concours que nous avons compétence pour connaître nominativement les uns et les autres ». A la lumière d’autres témoignages recueillis sous anonymat, il arrive que des enseignants se retrouvent parfois dans des salles de surveillance avec leurs propres élèves commis pour la même activité.

De possibles accointances dans le choix des surveillants

« On constate qu’il y a des gens qui arrivent toujours à la surveillance parce qu’ils ont certainement des gens qui les épaulent. Pour une sélection sur étude de moralité et de dossiers dans une commission composée de syndicats, de conseillers pédagogiques, de directeurs d’écoles, il y aura toujours des gens qui auront des affinités à poser. C’est souvent difficile pour nous de faire le dispatching, mais on suit quand même et s’il y a des dénonciations sur certaines personnes, on n’hésite pas à les retirer de la liste », renseigne, par ailleurs, Ibouraïma Chouty, chef service des tests,examens et concours à la DEC/MEMP. Ce qui laisse découvrir les possibles accointances qui salissent et souillent la désignation des surveillants à l’examen du CEP. Pourtant, les critères sont bien définis suivant la lettre circulaire numéro 0035/DEC/MEMP/DC/SGM/STEC/S du 13 février 2018 qui stipule que ‘‘Les enseignants des écoles maternelles et primaires publiques et ceux des établissements privés autorisés, les enseignants en poste sédentaire dans les directions centrales, techniques et déconcentrées, sont proposés pour la surveillance’’. Le collaborateur de Victor Adohinzin, clarifie : « Les CRP réunissent les membres à la base que sont les syndicats, les conseillers pédagogiques, les directeurs d’écoles pour procéder à une première sélection de ceux qui doivent participer aux activités de surveillance et de correction. Il faut avoir un CAP d’au moins deux ans d’ancienneté, mais les autres enseignants qui n’ont pas le CAP ou le CEAP, mais qui sont détenteurs d’autorisation d’enseigner peuvent surveiller. On procède d’abord au choix des correcteurs et parmi le reste, on choisit les surveillants. » Néanmoins, souligne-t-il, les textes sont en relecture en vue de les adapter aux nouvelles dispositions, sans apporter un changement majeur en termes de critères de choix des surveillants.

Enock GUIDJIME

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