banner ong educaction

Evaluation des enseignants dans le sous-secteur secondaire : Boycotts, invectives, vuvuzela et lots de retards ont émaillé le processus

Après le rendez-vous manqué de décembre 2018, l’évaluation des enseignants du sous secteur secondaire général, technique et de la formation professionnelle s’est déroulée finalement le samedi 12 janvier 2019 sur toute l’étendue du territoire national.

Dans quelques centres de composition du département du Littoral comme dans l’Atlantique sillonnés, des groupes de résistants ont mis à l’essai leur riposte avant de regagner les rangs. Le film du déroulement de l’évaluation des enseignants du secondaire, c’est dans ce reportage.

«Les surveillants sont priés de lancer les épreuves dans toutes les salles », a lâché laconiquement le professeur Adolphe Tokpanou, chef du centre de composition du CEG 1 Abomey-Calavi, pour ainsi donner le top de l’évaluation des enseignants du secondaire. Il sonnait 8 heures 13 minutes. Retirés dans la cour, un groupe d’enseignants remontés qui tenaient à manifester leur désapprobation. Face à ce regroupement de « révoltés » qui pourrait dégénérer, le premier responsable du centre a poliment invité les manifestants tenaces à sortir gentiment de l’établissement pour permettre aux enseignants soumis de composer en toute quiétude. Déjà en faction, la Police Républicaine déployée dans les centres de composition met progressivement en branle son dispositif pour contenir éventuellement tout fauteur de trouble. Les minutes d’après, la sirène retentit et les épreuves sont ainsi lancées. Téléphone à la main, le superviseur général du département de l’Atlantique pour le compte de l’évaluation diagnostique, le professeur Euloge Agossou, fait le tour des salles de compositions, distillant par endroits des consignes, en vue de s’assurer du bon déroulement de l’évaluation. Vêtu d’une tenue locale, l’homme accompagné du chef centre, veille aux détails. D’ailleurs, il va établir son quartier au CEG 1 Abomey-Calavi au regard de la situation qui pourrait y prévaloir dans la journée avec ce début de résistance. Dans ce centre, enseignants, surveillants et conseillers pédagogiques ont composé dans les mêmes salles tandis que les directeurs d’établissements et les censeurs sont installés dans d’autres salles pour le même exercice. Tout ceci, sous la supervision des inspecteurs et corps de contrôle dépêchés sur les lieux.

Des accrochages, s’en fallait de peu …

8 heures 50 minutes, premier acte des manifestants. Les Vuvuzela s’invitent dans cette activité pourtant sérieuse. Le superviseur général, professeur Euloge Agossou s’adresse, malgré lui, au chef d’unité des hommes en uniforme mis en faction. Quelques instants après, le détachement de la Police Républicaine se met en mouvement, demandant aux manifestants de vider les lieux. Environs trois à quatre minutes après, quelques motos de résistants vrombissent sous le ciel clément et la douce température d’Abomey-Calavi. Le pick-up blanc de l’unité de police qui vient de garer fait l’objet d’une attention particulière. Deux hommes en uniforme s’en approchent et en retirent une caisse. A l’arrière du véhicule, des équipements anti-émeutes sont bien visibles. Du côté des manifestants, le ton monte, les voix sont plus fortes. Dans leur direction, le regard des agents de la police devient sérieux et menaçant. Le dispositif anti-émeute se met progressivement en place car les postures changent. La caisse transportée par les deux hommes continue d’avancer. Non loin d’eux, un autre policier, lui, porte jalousement comme un œuf le dispositif de lancement des gaz lacrymogènes. On comprend alors que le pire n’est plus loin. Heureusement, les manifestants ont vite appréhendé le danger qui se profilait, optant gentiment pour la sortie de l’établissement. Les plus résistants, pour une énième fois, sont rappelés à l’ordre par les hommes en uniforme qui, sûrement, ne tarderaient pas à réagir. 9 h 20 minutes, la tension descend peu à peu et le calme s’instaure progressivement au grand bonheur des enseignants favorables à l’évaluation. Pendant ce temps, les surveillants de salles continuent de décompter les absents, prêtant également main forte aux retardataires qui peinent à retrouver leurs salles de composition.

Au Centre de composition du CEG Gbégamey, des enseignants invectivent …

Alors qu’ils sont attendus dans les salles de composition, des enseignants manifestants ont assiégé, en petits groupes, la voie qui dessert le CEG Gbégamey, l’un des centres de composition retenu. Ils ont ainsi renoncé à l’évaluation diagnostique. Plus tard, ils échouent au Complexe Scolaire Gbégamey-Sud pour y tenir une série de débats, heureux de faire échec, selon eux, à l’évaluation intellectuelle qu’ils jugent humiliante. « Vous savez que les enseignants ne sont pas d’accord pour cette évaluation », a lâché, très remonté, un enseignant au reporter de Educ’Action. Tout de même, d’autres enseignants moins réfractaires ont fait l’option de se faire évaluer. Ils ont donc fait défection, revenant sur leurs pas. La situation semble donc bien confuse. « J’ai boycotté parce que je crains qu’on annule l’évaluation alors que j’aurais sacrifié mon temps pour composer. Je crains aussi qu’en pleine composition, les autres enseignants en viennent à nous faire sortir comme c’est souvent le cas dans nos universités publiques », a confié d’un air évasif un autre enseignant qui a requis l’anonymat. « Les candidats sont dans les salles, ils sont en train de composer depuis 8 heures 35 minutes », a déclaré à Educ’Action Marcel Houinto, chef centre du CEG Gbégamey. Dans des salles retracées par nos équipes, on y voit par endroits environ une dizaine de candidats assis, concentrés devant leurs copies. « La composition a été annoncée. Nous avons composé l’épreuve de culture générale. C’est vrai qu’on n’a pas tous composé, mais personnellement, j’ai décidé de composer pour des raisons qui me sont propres. C’est une épreuve comme toutes les épreuves. C’est la routine. Il n’y a rien de nouveau », a témoigné Albéric Montcho, enseignant de français au CEG Le Littoral avant de souligner qu’ils sont trois candidats à composer dans sa salle.

Après le boycott, retour dans les salles de composition au centre de Godomey

Au centre de composition du CEG Godomey, on a eu droit à un spectacle atypique des manifestants. Des cris, des chants de révolte entonnés et repris en liesse par une masse d’enseignants regroupés, soutenus par des pas de danse par moment pour dire « Non » à l’évaluation. Invités à plancher, ces hommes et femmes du corps enseignant ont opté pour la manifestation, empêchant d’autres collègues à eux de se faire évaluer. Approchés par l’équipe de Educ’Action, ils évoquent diverses raisons pour justifier leur boycott. « Former les enseignants est une bonne chose, c’est normal. Mais vous demandez aux enseignants de suivre les apprenants pour un résultat. Au même moment, vous occupez ces enseignants soit pour des recensements que vous avez déjà faits, soit pour des évaluations au beau milieu de l’année. Si vous voulez des résultats, laissez les enseignants travailler et pendant les vacances, planifiez ces évaluations pour permettre aux enseignants de les faire ; cela participe de leur formation et promotion », a expliqué, très vexé, cet enseignant qui a requis l’anonymat avant de formuler le souhait que les choses se fassent dans les règles de l’art. «Le gouvernement chosifie les enseignants », s’est plaint Sylvère Adjahouto, enseignant d’anglais avant d’expliquer. « D’abord, on ne peut pas nous demander de venir faire une évaluation sans nous donner les raisons réelles de cette évaluation. Ensuite, les CP et les inspecteurs passent déjà dans les classes pour nous faire des inspections, des visites de classe et ils ont déjà répertorié les différentes insuffisances qu’il y a au niveau du métier de l’enseignant. Donc, le gouvernement pouvait juste se référer à ceux-là et planifier sa formation. Mais non ! On nous demande de nous faire évaluer et on fait composer même des gens qui sont à deux mois de leur retraite. Cela rime à quoi ! », s’exclame-t-il. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, selon Sylvère Adjahouto, c’est la question des résultats. « On ne peut pas nous dire de venir nous asseoir pour composer et nous dire que les résultats ne seront pas affichés. Cela veut dire qu’ils connaissent déjà ce qu’ils veulent faire des résultats. Quand on va à un examen, c’est qu’il y a un résultat à la fin. S’il n’y a pas de résultat, c’est qu’il n’y a pas d’examen », a fait observer l’enseignant visiblement irrité. Dans l’après-midi de ce samedi 12 janvier, le professeur François Guedje, chef centre du CEG Godomey, fait le point de la journée à Educ’Action : « Au début, il y a des gens qui ne voulaient pas composer et nous avons dû fait appel aux forces de l’ordre pour les dégager de la maison sans les brutaliser. Le calme est revenu donc et ceux qui veulent composer sont restés ».

Des mouvements de contestation au CEG Godomey

Sur un effectif total de 1.039 enseignants inscrits, 334 ont planché au CEG Sainte-Rita

Au CEG Ste Rita de Cotonou, un énième centre de composition, même si les enseignants n’ont pas usé de chants pour se faire entendre, l’ambiance dans la cour était suffisante pour faire passer le message. Des salles vides par endroits, quelques enseignants et directeurs concentrés devant leurs feuilles de composition, se laissent aller. A la devanture du centre, de petits regroupements d’enseignants manifestants se concertent. Le chef centre Clément Kouchadé fait ici l’état des lieux : « Cette évaluation diagnostique des enseignants du secondaire se passe bien. Nous n’avons pas eu de mouvements ici. Les candidats étaient attendus à 8 heures. A 8 heures 30 minutes, les premières épreuves ont été lancées et tout se passe pour le mieux », a déclaré à Educ’Action le chef centre qui renseigne par ailleurs, que sur 1.039 enseignants inscrits, 334 ont composé. De l’avis d’un des candidats approché, l’épreuve de culture générale a été abordable.

Des obstacles, appréciations et chiffres...

Assis dans sa tenue parsemée de motifs vert sur un banc en béton peint en vert dans la cour, le superviseur général continue de s’informer du déroulement des épreuves dans les autres centres du département de l’Atlantique. Il est ainsi évoqué que contrairement à la situation à Cotonou, les centres de Houègbo et de Zè sont en sureffectif. Seulement, il se serait posé un problème de spécialité, notamment pour ceux qui doivent composer en économie.
Au nombre des difficultés recensées, outre les mouvements de mécontentement et de boycott, des salles de composition ont dû être créées pour contenir les enseignants candidats qui n’ont pas retrouvés leurs noms sur les listes au CEG1 Abomey-Calavi. Pour ceux-là, des numéros ont été créés afin qu’ils puisent composer, a informé le Chef-centre. Pour ceux qui n’ont pas leurs pièces d’identité, un mécanisme a été mis en place afin de les identifier auprès de leurs collègues et de leurs établissements de provenance, a fait savoir, par ailleurs, le professeur Adolphe Tokpanou.
Au terme des compositions, les enseignants apprécient diversement leur position d’apprenants. « On nous a invités ce matin à une évaluation intellectuelle. Je me suis présenté dans mon centre qui est le CEG 1 Abomey-Calavi. On a composé en culture générale de 8 heures à 11 heures. Comme toute épreuve, on s’est défendu », a renseigné René Dadénou, enseignant de mathématiques au CEG Adjagbo. Il poursuit en ces termes : « C’est mon employeur qui a demandé de venir composer afin de m’évaluer. C’est pour cela que moi je suis venu. J’ai composé et maintenant j’attends la suite », pour expliquer les raisons de sa participation à cette évaluation. Dans son pull-over rose sur un jean bleu, le collègue de René, lui aussi enseignant de mathématiques, avance ceci : « Je ne suis pas d’accord avec le gouvernement sur deux points. D’abord, on dit qu’on veut évaluer les enseignants et sur la feuille de composition, il y a des couacs tel que ‘’diplôme adécamique’’. Deuxième chose, le gouvernement n’a pas bien communiqué sur cette évaluation. Moi, je suis venu afin de leur montrer qu’on a dépassé leur rang. Le choix de cette date du 12 janvier aussi a été brusque ».

Il faut rappeler qu’en plus de l’épreuve de la culture générale, les enseignants candidats ont aussi composé dans leur matière respective. Selon les statistiques recueillies, sur 750 personnes prévues au CEG 1 Abomey-Calavi, seul 131 ont fait le déplacement, soit un taux de présence de 17,46%. Sur le plan départemental, selon le superviseur général de l’Atlantique qui a compilé les chiffres manuellement, 1.806 enseignants ont répondu présents sur 5.031 prévus, soit un taux de participation de 35,89% dans l’ensemble des 10 centres du département.

La Rédaction

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.