Déviances sexuelles en milieu scolaire : Quand des élèves filles troquent leur sexe contre l’argent et la curiosité

Démissionnaires, les parents convoqués au tribunal de leur conscience.

Surprendre des élèves en plein acte sexuel dans des salles de classes ou dans des toilettes est devenu un fait récurrentauquel l’administration scolaire est confrontée, de plus en plus, dans nos collèges et lycées.

Alors que beaucoup de promoteurs ou directeurs y voient une pratique tabou qui échappe aux dénonciations ordinaires, d’autres l’interprètent comme inhérente à la vie scolaire. Entre révélations et témoignages des acteurs du secteur de l’éducation, Educ’Action vous conduit, dans cette enquête spéciale, à travers les méandres de la déviance sexuelle en milieu scolaire.

«Mon premier rapport sexuel, je l’ai eu dans l’une des salles de classes de mon établissement alors que j’étais élève en classe de 4ième dans un collège public de Cotonou et âgée de 16 ans à l’époque. Le garçon avec qui je l’avais fait, était en classe de seconde et âgé de 19ans. N’ayant pas l’autorisation de ses parents pour amener des filles à la maison, il m’a convaincue, après quelques semaines de relation, de tenir des rapports sexuels au sein de l’établissement que nous fréquentions tous les deux, au moment où tout le monde serait rentré. Au départ, j’ai refusé, mais des copines à moi qui étaient au courant de notre relation et à qui je m’étais confiée, m’ont encouragée à le faire. Ce moment est inoubliable pour moi, pas parce que j’avais pris du plaisir à aller au sexe avec l’homme que je croyais aimer, mais parce que les événements qui ont suivi cet acte que nous avons posé, étaient très humiliants pour moi. Au moment où beaucoup de camarades le faisaient sans se faire découvrir, moi, ma première fois a été fatale. Malheur à nous ce mercredi là, parce qu’on s’est fait arrêter en plein acte au moment où je pleurais de douleur. C’était mon premier rapport sexuel, je vous le rappelle. Nous avons été conduits à la direction et sévèrement punis en présence de nos parents convoqués pour la circonstance. Le lundi qui a suivi, nous avons été encore punis au drapeau et présentés à tous les élèves comme étant ceux qui s’adonnent au sexe dans les salles de classes. C’était la honte de ma vie. Pour mes camarades qui me connaissent, je suis très timide et effacée. J’ignore comment j’ai pu tomber dans ce piège. Tant l’amour peut nous faire commettre des erreurs. Je suis allée à l’acte surtout parce que, pour mes camarades, c’était une belle expérience que je ne devrais pas me faire conter ». Loin d’être un scénario d’un film de fiction, c’est l’histoire réelle d’une vie, celle de la jeune Belinda (nom attribué), âgée aujourd’hui de 31 ans et commerçante de pagne dans le grand marché de Dantokpa. Nostalgique et très embarrassée de devoir revivre cette scène comme si c’était hier, Belinda s’est sentie dans l’obligation de raconter son histoire pour exhorter les jeunes filles et apprenantes d’aujourd’hui à se consacrer à leurs études parce que, dit-elle : « j’ai abandonné les classes suite à cet événement ». Cette histoire semble être celle de beaucoup de jeunes filles élèves des collèges du public que du privé qui, dans le cadre de cette enquête, se sont pourtant rétractées, renonçant à toute révélation. Sur les traces des déviances sexuelles en milieu scolaire, l’équipe de reportage de Educ’Action a découvert les liens hautement sexuels qui s’établissent entre cybercriminels connus sous le vocable ‘‘gaymen’’ et des élèves filles. Ce cas évocateur se passe dans l’arrondissement de Hêvié, département de l’Atlantique.

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Un cybercriminel raconte son expérience de débauche sexuelle avec les élèves filles …

Agé de 20 ans, le jeune Brondson (nom attribué) s’est fait de la fortune, grâce à l’arnaque en ligne qu’il a commencée depuis 5 ans. Teint d’ébène assorti d’une chevelure extravagante, Brondson est devenu le jeune homme d’attirance des élèves filles des collèges de sa localité, à Hêvié, l’éphèbe de 20 ans attire les élèves filles à cause de son physique et de son argent. « Naturellement, les filles accourent vers moi. Bien avant que je ne commence ce business, elles tombaient sous mon charme. Mais, aujourd’hui, avec l’argent, même quand moi-même je ne les drague pas, elles viennent à moi ; elles sont aux anges », fait savoir à Educ’Action le jeune Brondson, fumant une cigarette. Selon les propos du jeune garçon, ce feuilleton de sexe a débuté quand il a pris l’initiative d’apporter assistance à ces filles. « Ces filles dont je vous parle ont souvent de problèmes pécuniaires et cela me gêne de les voir dans ces situations. D’entraide en entraide, elles ont commencé par venir me voir à la maison. Quand elles ont besoin de quoique ce soit, je leur trouve cela parce que j’estime qu’elles sont dans le besoin. Maintenant, j’ai peur de les enceinter parce que c’est devenu leur habitude », a-t-il confié. Renseignant davantage sur ses habitudes sexuelles avec les élèves filles, Brondson révèle : « j’ai connu trois élèves filles qui proviennent de la même classe. Tenez-vous tranquille, elles savent bien que je sors simultanément avec elles. Je suis même objet de discussion entre elles parce que quand j’ai des relations intimes avec l’une d’entre elles, je dois faire tout possible pour satisfaire les autres dans la semaine sinon, je n’ai pas la paix. Elles me harcèlent à la maison après les cours. Entre 13 heures et 14 heures 30 minutes, leur révision se fait dans mon lit. Ce sont des filles dont les parents travaillent en ville et qui ont une certaine liberté ; moi-même à des moments donnés, ça m’attriste. Quand l’une d’entre elles vient me voir et qu’on passe à l’acte, c’est que les deux autres sont informées. A un moment donné, ce n’est plus une question d’argent, mais de sexe. Elles viennent chez moi rien que pour cela alors qu’elles sont en 1ère. Depuis deux mois que j’ai commencé cette relation, mes business n’évoluent plus ». Cette révélation du jeune arnaqueur de 20 ans témoigne de ce que les déviances sexuelles sont effectives et s’observent en milieu scolaire et même extra-scolaire entre élèves filles et des particuliers. De l’avis de certains acteurs éducatifs approchés, ce phénomène qui froisse les valeurs morales et éthiques et qui prend de l’ampleur dans le milieu scolaire, prend sa source dans la démission et l’indifférence des parents d’élèves.

L’administration scolaire atteste de la récurrence des déviances sexuelles…

Dans plusieurs Collèges d’Enseignement Général (CEG) sillonnés, les scènes déviantes sont récurrentes et expliquent combien les pratiques sexuelles battent le record dans les collèges. Des élèves surpris en plein acte sexuel dans des salles de classes ou dans des toilettes, des élèves interpellés pour des questions relatives au sexe constituent des sujets récurrents sur lesquels se penchent, de plus en plus, les surveillants. Luc Hongbété, surveillant général, affectueusement appelé ‘‘spécialiste des questions sexuelles’’ par ses pairs au CEG Zogbo, se confie à Educ’Action : « J’ai déjà enregistré un cas où deux apprenants se sont livrés à l’acte sexuel dans une salle de classe autour de 19 heures et je les ai interpelés. Le dossier a été traité, il n’y a pas très longtemps. Donc, je confirme que c’est une pratique qui se produit bel et bien en milieu scolaire. Dire le contraire serait faire preuve de peu de sérieux ». Selon les témoignages de cette autorité scolaire, les élèves profitent des instants où les établissements ne sont pas bien éclairés les soirs, à partir de 18 heures 30 minutes par exemple, pour se permettre certaines choses dans les salles de classes ou dans les toilettes, à défaut d’avoir des endroits plus idéaux. Le fondé et directeur du Complexe Scolaire d’Adidékon, situé dans le village de Houinmè, quartier Akpodohoué, arrondissement de Hêvié dans le département de l’Atlantique, Robert Agbozonlin, témoigne à son tour : « Nous avons constaté que les élèves filles qui travaillaient bien avant, ont vu leur niveau baissé. J’ai connu une élève fille, il y a 3 ans, qui travaillait bien mais depuis qu’elle a commencé à se donner au sexe avec un élève d’un autre établissement, ses performances ont chuté ». S’agissant des hommes avec lesquels ces élèves filles se livrent à l’acte sexuel, le surveillant général du CEG Zogbo précise, sans ambages, que les enseignants ne figurent plus sur la liste. « Par le passé, le phénomène se produisait beaucoup plus entre élèves filles et professeurs garçons. Mais actuellement, il y a une inversion de la tendance. Les professeurs avec les différentes formations qu’ils reçoivent, les différents textes de loi qu’ils étudient à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) ne se permettent plus de verser dans ces genres d’activités. Du coup, l’activité est laissée simplement au bon soin des jeunes garçons du même âge que ces élèves filles », a nuancé le surveillant. Pour ce ‘‘spécialiste des questions sexuelles’’ de son établissement, plusieurs raisons expliquent cette déviance observée dans le rang des apprenants. « Là où se trouvent des individus, il devrait pouvoir y avoir des rapprochements. Là où cohabitent filles et garçons, avec cette grande promiscuité, il pourrait avoir des rapprochements sexuels. Donc, c’est un phénomène social ; on ne peut pas s’en passer », a affirmé Luc Hongbété avant d’évoquer les autres raisons qui pourraient, à son avis, pousser les élèves filles à se donner à la sexualité précoce. « Il y a la morphologie de la jeune fille qui est en déphasage avec son âge et des filles comme cela, un groupe d’artistes les surnommait par le passé ‘‘Djogodjogo’’. Elles poussent un peu plus vite que leurs âges et donc, ce sont des besoins physiologiques qui s’installent avec l’âge. Le développement sexuel et corporel de la jeune fille l’amène spontanément à la satisfaction charnelle de soi », a expliqué le surveillant du CEG Zogbo qui ajoute que la curiosité peut être la seconde cause de la dépravation des enfants. Mais l’autre cause qui semble importante et qu’on ne saurait dissoudre est l’abandon, la démission des parents face à l’éducation des enfants.

Les parents d’élèves pointés du doigt …

«Incapables de se défendre, incapables de subvenir aux besoins face à des parents qui ont totalement démissionné, les enfants n’ont pas d’autres choix que de se livrer aux hommes pour pouvoir venir à bout de leurs difficultés », a fait remarquer Luc Hongbété. Président de la Fédération Nationale des Associations des Parents d’Elèves et Etudiants du Bénin (FENAPEB), Epiphane Azon rencontré sur le sujet abonde dans le même sens que le surveillant général du CEG Zogbo. « La fille qui a perdu l’éducation ou n’en a pas reçu du tout est obligée de se donner à ces jeux si le parent ne vient pas à son aide comme cela se doit. Si elle manque du minimum pour joindre les deux bouts dans la journée, elle est obligée de réfléchir autrement et cela passe par le fait de se donner à l’homme qui lui prête main-forte », a expliqué Epiphane Azon pour insister sur le devoir régalien qui incombe aux parents en termes de prise en charge et d’éducation des filles. « Que les parents fassent un effort en mettant le minimum vital à la disposition de leurs enfants surtout filles qu’ils envoient très loin d’eux pour fréquenter », a exhorté le président de la FENAPEB.

La fille comme objet sexuel malgré le Code de l’enfant ...

Ayité Gildas Glonon, assistant social et spécialiste des questions de protection de l’enfant approché par Educ’Action, aborde un autre pan du phénomène. Il a mis l’accent sur l’espacement des naissances comme l’un des mobiles. « Les parents font les enfants comme ils veulent et ne tiennent pas toujours compte de la situation socio-économique propre à eux. Il y a des parents qui, par exemple le soir, disent à leurs enfants filles de sortir de la maison pour chercher de l’argent. Est-ce qu’une fille qui a moins de 18 ans, qui n’a pas de consentement et qui est sous l’autorité de ses parents peut aller chercher de l’argent ? Quand nous prenons le Code de l’enfant, cela est dit qu’un enfant de moins de 12 ans ne peut pas aller dans la rue pour vendre », rappelle-t-il. Pour l’expert, seul le dialogue parent-enfant est gage de la protection des enfants et de leur ouverture d’esprit, susceptible de les mettre à l’abri des déviances sexuelles.

Estelle DJIGRI & Enock GUIDJIME

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