Réformes dans le fonctionnement des établissements secondaires publics : Une dynamique innovante plombée par la rareté des ressources

 

Projet d’établissement, contrat de performances, lettre de mission, l’enseignement secondaire public est en pleine mutation afin de donner un autre visage au sous-secteur.

Toutes ces notions qui donnent l’impression d’être dans une entreprise ou qui s’apparentent à du management de projet de haut niveau s’inscrivent dans la réforme de la vie scolaire. Pour lever un coin de voile sur cette dynamique qui a déjà trois ans, Educ’Action vous conduit à la rencontre des acteurs de terrain qui vivent cette réforme au quotidien. Reportage !

La démarche rapide et le visage innocent dans son tee-shirt jaune avec les cheveux bien peignés, elle a la responsabilité de porter les charges de deux responsables de la République :
Alain Orounla, porte-parole du Gouvernement et Edouard Ouin Ouro, secrétaire général du Gouvernement. Elle, c’est Charlotte Gannan, secrétaire générale et porte-parole du Gouvernement scolaire du CEG3 Abomey-Calavi. Vous l’aurez compris, ses bureaux ne sont pas logés à la Marina ou à côté de la direction générale de la SONACOP. D’abord, elle n’en a pas, ensuite son établissement qui abrite seulement le premier cycle de l’enseignement secondaire est pratiquement inconnu du grand public, puisque situé dans un quartier méconnu d’Abomey-Calavi : Aganmandin. Ce matin du jeudi 05 novembre 2020, la plupart de ses camarades membres du Gouvernement sont en interrogation. Eux comme Charlotte, ne se sont pas laissés intimider par cet environnement non moins hostile pour jouer leur rôle, selon les prescriptions du projet d’établissement de leur école pour une vie scolaire harmonieuse.

Le projet d’établissement, sous-bassement de la vie scolaire…

La cour du CEG 3 Abomey-Calavi est calme ce matin. A part les rares élèves qui la traversent d’un bout à l’autre sur un sol partiellement gazonné, tout le monde est à son poste. Caché de la vue des usagers, le bureau de Jean-Olivier Chéou, directeur de l’établissement, est aussi illustratif de la grande sobriété de l’établissement. C’est dans ces conditions qu’il a contribué à la conception et à la mise en œuvre du projet d’établissement pour son école. « Pour faire le projet d’établissement, il faut que tous les acteurs de l’école soient impliqués pour réaliser un diagnostic partagé compte tenu des problèmes spécifiques de l’école. Il s’agit de l’administration, des enseignants, du personnel de soutien et de services, des parents d’élèves, des élus locaux et éventuellement des personnes ressources », fait savoir le directeur du CEG 3 qui précise par ailleurs que ce projet d’établissement est conçu pour trois ans. Tel un tableau de bord, le projet d’établissement et les outils qui en découlent, donnent une vue globale de la vie de l’établissement parce que s’inscrivant dans la réforme de la vie scolaire. Raison pour laquelle sa conception n’est pas une sinécure. «A partir du diagnostic partagé, on définit les leviers prioritaires, les axes sur lesquels on doit se concentrer pour le développement de l’école. On réalise le radar à partir des questions contenues dans le document d’implémentation de la vie scolaire. Le radar schématise les points forts et les points faibles de l’établissement », informe le directeur. Assis devant son ordinateur, Jean-Olivier Chéou parcourt le radar de son établissement en soulignant les différents défis à relever. Loin de cet établissement presqu’enclavé d’Abomey-Calavi, c’est Wilfried Djènontin qui explique les tenants et les aboutissants de cette innovation qui repose sur la réforme de la vie scolaire, incluse dans le vaste chantier de la gouvernance scolaire. Coordonnateur du Programme d’Appui à l’Enseignement Secondaire au Bénin (PAESB), son équipe est la cheville ouvrière de cette réforme. Dans son bureau de Xwlacodji à Cotonou, il explique que l’objectif de cette réforme est de trouver des réponses à différentes questions : « Comment s’organise-t-on ? Comment procède-t-on pour créer les conditions les plus optimales de travail aussi bien pour les apprenants, les enseignants que pour les autres acteurs et qui permettent la mise en œuvre des programmes d’études, l’atteinte des objectifs non seulement en termes de résultats simples, mais aussi en termes d’acquis scolaires chez les apprenants ?», s’interroge-t-il. Répondant à ces questions, il fait observer que les réflexions ont abouti à la conception d’un guide dénommé ‘’Vie scolaire’’ qui « définit les objectifs, met en exergue les enjeux de l’école relativement à la vie scolaire, les axes et les piliers de construction d’une vie scolaire harmonieuse, les outils qu’on doit utiliser pour poser les diagnostics et pour mettre en œuvre les projets d’établissements qui doivent évoluer vers les contrats de performance ». Ce dernier outil, faut-il le préciser, fait aussi partie des instruments à disposition des chefs d’établissements pour la construction d’une vie scolaire harmonieuse.

Lettre de mission et contrat de performances, les directeurs désormais évalués…

Au CEG3 Abomey-Calavi, le peu d’enseignants qui ont évolué dans les cours font subir les premières évaluations aux apprenants. Mais désormais, les apprenants ne sont plus les seuls à être évalués. Les directeurs aussi sont évalués grâce aux lettres de mission et contrats de performances. « La pratique des lettres de mission a été instituée au cours de l’année 2019-2020, après une expérimentation en 2018-2019. Les lettres de mission intègrent la dynamique des contrats de performance portés par le processus ‘’Vie scolaire’’. Les lettres de mission font des recommandations aux directeurs sur les intrants à mettre en œuvre et leur demandent de mener des réflexions à l’interne, en fonction du contexte propre de leur établissement pour mettre en exergue les leviers sur lesquels ils comptent agir pour atteindre les objectifs qui leur ont été fixés », fait savoir Wilfried Djènontin. Dans son bureau sobrement décoré et tout peint en jaune, le professeur certifié d’anglais, aujourd’hui directeur de CEG, donne son point de vue sur ces fameuses lettres de mission qu’on remet à l’ensemble des chefs d’établissement en début d’année, même si le contexte actuel de la Covid-19 n’a pas encore permis leur mise à disposition. « A leur nomination, chaque chef d’établissement reçoit une lettre de mission dans laquelle des objectifs à atteindre sont définis. Dans la mise en œuvre de cette lettre de mission, vous avez des éléments clés à aborder. Vous devez réaliser un projet d’établissement qui est triennal et un contrat de performance qui est annuel. Maintenant, il ne s’agit plus pour le chef d’établissement nommé d’atterrir dans l’établissement et de reprendre tout à zéro », explique Jean-Olivier Chéou. En ce qui concerne le contrat de performance, il ajoute : « à partir du projet d’établissement, chaque année, le directeur et la communauté éducative définissent ensemble ce qu’ils doivent pouvoir faire au cours d’une année dans le contrat de performance. Il signe ce contrat avec le directeur départemental et à la fin de l’année, il est évalué par rapport à ce contrat. Le contrat de cette année est en élaboration. Le conseil d’administration est prévu pour siéger à la fin du mois de novembre ». Une fois les documents élaborés, c’est toute la communauté éducative qui met la main à la pâte.

Parents d’élèves, enseignants et apprenants, la main à la pâte malgré les difficultés…

« Moi, je regroupe ce que les autres ministres ont fait et je fais le compte-rendu au directeur. On regroupe nos amis chaque vendredi soir et on fait une sensibilisation sur les droits des élèves. Nous rendons différents services aux responsables de l’école dans l’exercice de leur fonction. L’année passée, par exemple, nous avons acheté divers équipements pour l’école. Nous avons regroupé les élèves qui n’ont pas eu de bons résultats à la fin d’un trimestre. On leur a trouvé un enseignant pour les renforcer lors des TDs », explique Charlotte à propos de ses responsabilités et de certaines actions menées par le gouvernement scolaire dont elle est membre. En plus du gouvernement, l’établissement dispose aussi d’une brigade scolaire. « Vu que nous n’avons pas de clôture, nous avons mis en place une brigade scolaire dont les membres ont des tâches bien définies. Ils ne s’érigent pas en gendarmes pour leurs camarades mais ils ont une mission », confie Jean-Olivier Chéou, dans sa chemise multicolore. Comme les apprenants, chaque acteur de l’école a un rôle à jouer dans la construction de la vie scolaire. Cependant, comme le fait savoir le directeur du CEG 3, les élans sont freinés et les objectifs sont quasiment inatteignables à cause du manque criard de ressources matérielles, financières et humaines.

Adjei KPONON

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.