Tranches horaires réservées au Sport au Secondaire : Quand le sommeil prend la place des matières scientifiques

 

Discipline comme toutes les autres inscrites au programme dans les divers sous-secteurs de l’enseignement au Bénin, l’emplacement du sport dans l’emploi du temps au Secondaire semble ne pas satisfaire toutes les catégories d’élèves et enseignants.

 

«Je déteste quand les cours de sport sont programmés de sorte qu’il y a d’autres cours juste après ! Nous faisons cours de sport tous les mardis matins et nous poursuivons avec d’autres cours après (de 10 heures à 13 heures) en salle ! Avec les cours de sport, on n’est plus vraiment en mesure de faire d’autres cours parce que non seulement on est fatigué, mais on n’est pas vraiment à l’aise dans notre peau ! Il y a que nous sommes sales et la chaleur est insupportable parfois ! C’est difficile de suivre quand le cours qui suit le sport est une matière scientifique. C’est le cas dans ma classe où après le sport, on doit faire la mathématique ! Toute la classe dort presque et il n’y a pas d’engouement ! ». Ces propos sont ceux de quelques élèves de collèges aussi bien du privé que du public interrogés juste à leur sortie des activités sportives dans les collèges ‘‘Le Nokoué’’, ‘‘Godomey’’ et ‘‘Martin Luther King’’. De ces différents propos, on est tenté de dire que ces élèves semblent ne pas apprécier les cours du sport. Mais Robert (prénom attribué) rectifie : « Ce n’est pas qu’on a du désamour pour le sport, mais c’est souvent l’heure à laquelle on le place qui pose problème. On aurait souhaité qu’après le cours du sport, qu’il n’y ait plus d’autres cours pour nous permettre de récupérer pour mieux suivre le cours d’après ». On retient alors qu’après les cours de sport qui se font succéder d’autres cours, les élèves ne sont plus attentifs. En témoignent certains professeurs.

Alain Zounon professeur de Sport

Alain Zounon, professeur d’EPS

Des élèves évasifs aux cours scientifiques après les Sports …

« C’est vrai que nous avons des professeurs qui se plaignent de ce que la plupart des enfants ne suivent pas les cours après le sport. Mais le sport est une discipline comme toutes les autres disciplines et ce à quoi on soumet les enfants, n’est pas aussi dense à mon avis. Donc, le fait de le placer le matin ou le soir ne devrait pas justifier une certaine incompétence au niveau des élèves », a laissé croire Louis Biaou, censeur adjoint du CEG Kouhounnou Vêdoko qui se fait contredire par les hommes qui vivent mieux la situation dans les salles de classes. Stanislas Zogo est enseignant de PCT au CEG Zogbo. Pour lui, le sport en plus d’être une activité académique, permet aussi l’entretien du physique, du mental et du psychique des pratiquants en général et des apprenants en particulier. Mais son emplacement dans le calendrier des classes au Secondaire pose problème à son avis. Et pour cause : « Après une activité sportive intense, il faut nécessairement un temps de récupération pour permettre la remise en condition des organes sollicités. Du coup, lorsque les apprenants sont appelés à faire un cours en salle juste après un cours d’EPS, la grande majorité présente des traits d’épuisement et ne sont pas souvent attentifs aux enseignements qu’ils reçoivent. Les moins résistants somnolent, mieux, ils dorment carrément, donc totalement absents bien que physiquement présents», a témoigné l’homme des PCT pour donner raison à ces apprenants qui déplorent les sports avant cours. Son collègue Alain Zounon, professeur de Sport dans l’un des collèges de la place renchérit : « c’est depuis la nuit des temps qu’on remarque des apprenants qui dorment en classe après les cours de sport ». Pour permettre aux apprenants d’être attentifs à tous les cours, pour mieux tirer leur épingle du jeu au terme de l’année, ces hommes à la craie font des propositions.

Louis Biaou Censeur adjoint du CEG Kouhounnou Vdoko

Louis Biaou, Censeur adjoint du CEG Kouhounnou-Vèdoko

Des propositions pour une bonne assimilation dans toutes les matières

« Si on peut programmer des cours de sport en matinée ou en soirée sans d’autre cours ensuite, cela serait bien à mon avis », a souhaité Alain Zounon, professeur de sport. Bien qu’important en tant que discipline académique, l’emplacement du sport dans l’emploi du temps devrait bénéficier d’une attention particulière de l’avis de Stanislas Zogo pour ne pas pénaliser les apprenants qui devraient être les bénéficiaires. « Je pense que si le cours de sport devrait être programmé dans la matinée, les apprenants ne devraient être invités pour le cours suivant qu’en soirée, sinon, l’idéal serait que ces cours de sport soient programmés pour les soirs à la deuxième heure pour permettre une meilleure récupération des apprenants avant les cours du lendemain », a aussi souhaité le professeur des PCT. Mais à en croire le censeur Louis Biaou, ces propositions ne peuvent être accordées.

Des contraintes à respecter, selon le censeur

Il est évident qu’après les plaintes de certains enseignants sur la question, Louis Biaou, censeur adjoint au CEG Kouhounnou Vêdoko semble être du même avis que ces enseignants interrogés plus haut. Mais compte tenu de certaines contraintes, la chose n’est pas faisable à moins qu’on s’en remette aux conseillers pédagogiques et aux inspecteurs à en croire ces propos. « Un professeur de sport doit avoir 16 heures de cours régulièrement. Pour avoir cela, il faut environ 6 à 7 classes. Il y a la contrainte de masse horaire qui fait qu’on ne peut pas dispenser les enfants des cours après un sport matinal. Le terrain qui doit accueillir le sport, si toutes les classes doivent se trouver le matin ou le soir, il y aura un problème de manque d’espace sans oublier qu’en dehors des professeurs de sport, il y a les autres professeurs qui doivent aussi faire le quota horaire qui leur est destiné. Il faut aussi noter qu’il n’y a pas beaucoup de professeurs de sport. Sinon ce qui est souhaitable, c’est de faire ces cours en fin de journée, mais les contraintes font que cela serait un peu utopique. A moins que les inspecteurs et les conseillers pédagogiques pensent la chose autrement», a fait observer le censeur. A défaut de dispenser les enfants des cours après le sport, des conseils sont donnés aux plaignants pour leur permettre d’être éveillés lors des cours.

Stanislas Zogo professeur de PCT

Stanislas Zogo, professeur de PCT

Des conseils à l’endroit des élèves …

A l’impossible, nul n’est tenu, dit-on. S’il semble évident qu’il n’y a rien à faire quant à l’emplacement du sport dans l’emploi du temps scolaire, il serait mieux que les enfants revoient leur copie pour être en forme afin de pouvoir mieux affronter d’autres cours après celui du sport. Pour ce faire, ils sont appelés à contrôler leur alimentation, selon le professeur de sport Alain Zounon. « Après le sport, on voit des enfants qui mangent du attièkè, des repas avec beaucoup d’huile, de longs pains très chargés. Dans ces conditions, c’est inévitable que l’apprenant dorme en classe », a-t-il fait remarquer avant de conseiller qu’« il faut se contenter d’un repas très léger à savoir une petite quantité de bouillie, deux tranches d’orange, pastèque, ou n’importe quel fruit», a-t-il conseillé aux apprenants. A en croire ce professeur de sport, seuls les décideurs, les inspecteurs, les conseillers pédagogiques peuvent décider autrement.

Estelle DJIGRI

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