Contre-performance de dix (10) écoles privées au Bac 2019 : La qualité des enseignants et de la formation indexée

L’échec d’un enfant à un examen académique n’engage pas que ce dernier, encore moins ses parents, mais toute la société.

Dix (10) établissements secondaires, tous du giron privé ont conduit leurs candidats au Baccalauréat 2019 à un naufrage scolaire sans un seul rescapé. en cause, la qualité des enseignants et les cours dispensés.

 

En face de l’église Catholique Sacré-Cœur d’Akpakpa à Cotonou, les rayons solaires étaient affaiblis par des boules de nuages en mouvement dans le ciel, ce mardi 6 août 2019. Il est 14 heures et demi dans l’enceinte du Centre d’Etudes et de Documentation (CED). Drapé d’une tenue locale communément appelée ‘‘bomba’’ manche courte et coiffé d’un bonnet, le consultant Toussaint Sagbo-Fanou, enseignant à la retraite et ancien directeur du Collège d’enseignement général Akpakpa-Centre continue de ruminer sa colère pour les résultats que certains établissements ont donné au Bac cette année. « Si dans le contexte actuel, il y a des établissements qui ont produit 00% aux examens et plus précisément au Baccalauréat, cela veut dire qu’il faudra voir du côté de la qualité de l’enseignement qui y est donné, de la qualité des enseignants qui sont concernés par l’éducation et puis aussi de la qualité des inspections et de la qualité des gestionnaires de ces établissements », a déclaré, très offusqué, cet enseignant de langues à la retraite. S’appuyant sur ces éléments, le consultant en éducation se refuse de croire qu’on ne peut passer toute une année scolaire sans perturbations pour enregistrer zéro admis à un examen national. Selon Toussaint Sagbo-Fanou, la réponse n’est pas à aller chercher loin. « Cela veut dire que le professeur qui est chargé du cours n’a pas toutes les aptitudes requises encore moins la formation pédagogique et psychopédagogique exigée pour pouvoir encadrer les apprenants. Peut-être qu’il a été recruté juste pour ses perdiems, la substance pour vivre », a fait entendre très courroucé le spécialiste de la littérature anglaise et espagnole. Les témoignages recueillis sur le terrain dans l’après-midi de ce samedi 17 août 2019 sur le site de l’un des dix (10) nuls collèges privés, confortent Toussaint Sagbo-Fanou dans ses analyses. Selon un inspecteur pédagogique de grande expérience qui a requis l’anonymat, ce collège situé dans la périphérie d’Akpakpa ne s’est jamais montré favorable aux inspections. « J’ai dû forcer sur menaces avant de l’avoir inspecté une seule fois dans des conditions peu respectueuses de la règlementation. Je me suis même demandé si des parents d’élèves ont consenti à y mettre volontairement leurs enfants ou simplement à la recherche du snobisme qui consiste à faire savoir au quartier que leurs enfants évoluent dans le privé. C’est triste.», a confié cet inspecteur très remonté et déçu de l’inaction des autorités en charge des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle. Dépité, Dr Moustapha Akpa L’Ara, spécialiste des Sciences de l’Education et enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi dit comprendre la déception de l’Inspecteur de l’enseignement secondaire avant de préciser que « c’est un problème récurrent. Il n’y a pas d’établissement qui bénéficie réellement des visites régulières ou des inspections et c’est une faille dans notre système éducatif actuellement. Surtout au niveau du secondaire, les visites par les inspecteurs sont des visites sporadiques. Il y a des établissements qui font cinq (5) ans sans jamais recevoir la visite d’aucun inspecteur, d’aucun conseiller pédagogique ». Dans ces conditions, c’est la qualité du corps enseignant et ses prestations qui constituent les germes de la médiocrité des examens de fin d’année.

Des enseignants non qualifiés avec des méthodes de recrutement biaisées de candidats …

Paul Hervé Aïmavo, résident à Sèmè-Podji, teint noir d’ébène, d’une taille moyenne, la trentaine environ, raconte son expérience d’enseignant, de son recrutement à sa fonction en situation réelle. « J’ai eu le Bac C en 2015 avec la mention passable. J’étais l’un des brillants de ma classe en mathématiques quand j’allais au Bac C. Le Bac en poche, j’ai essayé avec insuccès une inscription en Maths-Physiques sur le campus cumulativement à mes cours de répétition de maison. J’ai dû me voir obliger de changer de faculté pour tenter l’aventure en Agronomie. Je passais en 2ième année quand j’ai fortuitement appris que l’école était à la recherche d’un enseignant en mathématiques. J’ai postulé parce que j’ai besoin aussi de moyens pour mes études en Agro. C’est ainsi que j’ai été recruté. Je ne dirai pas que j’ai un niveau zéro en maths. Pas du tout. J’essaie de me mettre aussi tout le temps à jour en prenant les cours chez d’autres collègues avec qui j’ai fait le Bac C et qui officient dans plusieurs colèges de la place. ». Il avoue avoir reçu une seule fois l’inspecteur qui a tapé du poing sur la table à l’occasion parce que irrité par certains dysfonctionnements pédagogiques. « J’ai moi-même tout le temps plaidé pour une prise en compte des recommandations de l’Inspecteur afin que soit mis à notre disposition les matériels didactiques en vain. Mais, ils remettent toujours à demain alors que le temps presse et j’ai des engagements tout au moins moraux vis-à-vis de mes candidats. Personne ne m’a écouté. Je me suis alors débrouillé pour donner l’essentiel aux enfants», a-t-il déclaré froissé, prenant en partie pour responsable l’administration de l’école restée sourde à sa doléance. Cherchez à comprendre les conditions de recrutement des candidats, a-t-il ensuite lâché, souriant. « Leur niveau laisse dangereusement à désirer. On ne dirait même pas qu’ils ont fait le cursus normal. Et le constat avec mes autres collègues enseignants a été unanime sur le niveau. », a-t-il commenté sur un air de sentiment du devoir accompli, malgré les 00%. Mais, Thierry Dovonou semble avoir une justification à sa préoccupation liée au recrutement des candidats : « Dans les écoles qui se respectent, on fait des tests aux enfants avant leur admission. Ce qui permet de jauger leur niveau. Mais, parce que certaines écoles cherchent l’argent, ils prennent n’importe quel élève ». Pas de matériels didactiques, enseignants bacheliers, et c’est indubitablement le cas de la qualité de l’enseignement donné. Ceci pour la simple raison que le programme, le curriculum n’est pas connu par l’enseignant qui dispense les cours. « Nous avons assisté à des prestations de qualité inexistante, mais à du saupoudrage », conclut Toussaint Sagbo-Fanou qui condamne la complaisance de certains décideurs politiques de l’école pour n’avoir pas dénoncé les conditions inacceptables dans lesquelles les enseignements sont délivrés dans ces écoles. Et à Thierry Dovonou, de rappeler que quatre facteurs « administration scolaire et enseignants ; parents d’élèves ; élèves et, administration publique » concourent au bon fonctionnement de l’apprentissage dans un collège. Lorsque ces quatre facteurs ne sont pas qualitativement réunis, estime-t-il, le résultat ne peut qu’être mauvais, a-t-il fait observer avant de souligner que rares sont les écoles privées qui ont un dispositif correct.

Quid des sanctions pour décourager la contreperformance …

La première personne à sanctionner en cas de mauvais résultats, c’est le directeur qui a donné 00%, pense le syndicaliste Thierry Dovonou. « Il y a un texte qui dit qu’en deçà de 10% dans un collège ou dans une école primaire, le directeur est remercié et remplacé par un autre. C’est un texte qui date d’une vingtaine d’années », a-t-il rappelé. Joint au téléphone pour avoir son avis sur les dispositions punitives légales en cas de contreperformance, le Directeur adjoint de cabinet du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique Marcellin Hounwanou déclare : « l’année dernière, nous avons réagi sur la situation. L’Etat ne faisait rien jusqu’à ce que nous ayons commencé par assigner aux établissements des contrats d’objectifs. C’est sur la base de ces contrats d’objectifs que nous allons apprécier la situation de ces établissements. Une commission est en train de statuer sur le sujet. Le ministre a demandé qu’on lui fasse le point de la situation, ce qui a été déjà fait. »

Des pistes de solutions pour inverser la tendance de la nullité …

Il est possible de remédier à cette lamentable situation de contreperformance. Plus jamais dans notre pays, un établissement ne devra plus enregistrer 00% au Bac ou à tout autre examen national, reste l’idéal de Toussaint Sagbo-Fanou. Mais à quels prix ? Il s’en explique « d’abord, il faut savoir qu’un enseignant de qualité et digne du nom a un prix qu’il faut payer. Ensuite, les pouvoirs publics, du sommet à la base, doivent cesser avec le copinage et le sentimentalisme dans la gestion de la chose éducative », restent sa conviction personnelle en matière de solutions. Quoique juste, cette conviction doit se vouloir plus scientifique, conseille Dr Moustapha Akpa L’Ara, joint au téléphone depuis la ville carrefour du Bénin où il séjourne. « Il faut que l’Etat pense à la mise sur pied des corps de contrôle dédiés exclusivement pour des visites et inspections des écoles privées. », recommande-t-il à chaud avant de souhaiter que ces résultats qui sacrifient l’avenir de nombre de candidats, fassent l’objet d’une exploitation scientifique afin de mieux cerner tous les contours.

Edouard KATCHIKPE & Romuald D. LOGBO

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