Résolution des problèmes infrastructurels dans les écoles et collèges publics : L’inaction des bureaux APE fâche certains directeurs

Dans cette quatrième partie du dossier qui viole le couvent des bureaux d’Association des Parents d’Elèves (BE/APE), Educ’Action a donné la parole aux membres de l’administration des écoles qui apprécient la collaboration avec les BE/APE.

Pour quelconque activité au sein des établissements, confient ces acteurs, l’APE refuse de participer sous prétexte de la modicité des subventions à eux accordées.

«Le bureau APE n’a rien fait de concret dans ce collège. L’administration leur avait demandé de soutenir le collège pour une petite activité, mais à notre grande surprise, ils ont refusé d’y participer », confie Blaise Alain, surveillant d’un CEG de Porto-Novo aux reporters du journal Educ’Action. Lorsque l’Etat tarde à intervenir dans la vie pédagogique, morale, socio-culturelle, financière, économique et matérielle de l’établissement, souligne-t-il, il est de la responsabilité des bureaux APE de s’associer en étroite collaboration avec la direction afin de soutenir ledit établissement. Malheureusement, constate-t-il, rare sont les BE/APE qui apportent réellement leur pierre à l’édifice sous prétexte que dans les statuts et règlement intérieur, il n’est mentionné nulle part que le bureau APE doit cotiser en vue de soutenir les œuvres d’un établissement. Selon les confidences des directeurs, les présidents des BE/Ape font le pied de grue devant les portes des services comptables pour s’informer du transfert des subventions sur leur compte APE. Alors, en respect de leurs statuts, les présidents des BE/APE n’ont pour mission que d’être associés dans la gestion ou la co-gestion à travers le contrôle des activités et des dépenses réalisées par les responsables des établissements. En dépit de cette gestion, ils affirment que la suppression des lignes budgétaires dont l’unicité des caisses, les TDs tenus dans les établissements et l’organisation des manifestations dans les établissements et beaucoup d’autres arguments évoqués dans le premier numéro font qu’ils ont des difficultés à soutenir financièrement les établissements.

Aucune réalisation tangible dans les établissements …

Au cours de cette enquête, la plupart des directeurs et des représentants des professeurs interrogés accusent les bureaux APE de ne pas être créatifs et de ne pas anticiper sur les événements. Une accusation que ne réfutent pas certains présidents et membres de BE/APE qui avouent ne rien apporter financièrement pour soutenir leur établissement d’appartenance. « Ils ne viennent que pour leurs intérêts », observent les responsables des établissements interviewés. Heureusement que parmi eux, il y a des mécènes, des bienfaiteurs, des personnes d’une générosité non marchandée qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche pour appuyer l’administration dans la construction d’infrastructures au profit des écoles. Sinon, la plupart dans une certaine large majorité, n’apporte aucun soutien financier à l’administration scolaire dans son fonctionnement. « Le bureau APE n’a rien réalisé depuis que je suis directeur dans cet établissement », témoigne Louis Dotchamou, Directeur du CEG ‘‘Le Nokoué’’ qui n’apprécie guère le silence de l’APE de son collège. Dans certains collèges, lorsque les directeurs éprouvent quelques difficultés à réaliser des travaux qui relèvent de l’imprévu après la clôture du budget de l’établissement, ils demandent le concours des BE/APE. Mais, ces derniers déclinent l’offre prétextant que les subventions reçues ne suffisent pas pour se déplacer. Pour preuve, «Lorsque la directrice leur a demandé de l’aider à faire reconstruire le mur effondré du collège qui est devenu une échappatoire pour les élèves retardataires, ils ont tout de suite décliné la demande», rapporte l’un des surveillants du CEG1 Abomey-Calavi qui ne cache pas sa déception, décrédibilisant son BE/APE. La directrice, confie-t-il, par ses propres techniques, a fait reconstruire ce mur. Le même surveillant ajoute que le forage qui est actuellement en voie d’être creusé dans l’enceinte du CEG1 Abomey-Calavi, est le résultat du dynamisme de la directrice. Aussi, évoque-t-il, le fait que les BE/APE refusent de participer ou de contribuer à la réalisation des œuvres ne leur permet pas de savoir où les directeurs trouvent l’argent pour les réaliser. « Certaines dépenses faites doivent avoir l’approbation du président APE à travers l’apposition de sa signature », explique Fréjus Mahugnon, comptable d’un CEG. S’il refuse, poursuit-il, il ne pourra pas avoir les preuves attestant que le directeur a détourné de l’argent pour la réalisation d’une infrastructure ou d’une activité. Au cœur de ces commentaires et à travers des questionnements, une autre voix s’élève pour soutenir les membres du BE/APE. « Quelles ressources possèdent-ils pour participer efficacement à la construction des infrastructures dans les établissements ? Combien l’Etat donne annuellement au BE/APE ? », lâche un directeur de CEG pour cautionner la passivité de la position des BE/APE. Dans sa défense, il demande aux acteurs du système éducatif d’être un peu plus compréhensifs et indulgents à l’égard des APE. « De par leur dynamisme, ils peuvent, d’une part, amener des partenaires ou bien des philanthropes à les aider pour construire des infrastructures dans les établissements », réplique un autre censeur pour désavouer le directeur dans sa position de défenseur des Be/APE. Interrogés au sujet des allégations portées par l’administration scolaire sur leur gestion, les présidents Moucharafou Mouïdou du ‘‘CEG1 Abomey-Calavi’’ et Justin Houéssou Sonon du CEG ‘‘Le Nokoué’’ fraîchement élus affirment n’avoir rien fait encore parce qu’ils viennent d’être installés et qu’il leur serait difficile de se prononcer sur le sujet. Pendant ce temps, nombre d’acteurs du système éducatif accusent les Be/APE de braquer leur regard sur les subventions allouées aux établissements.

Regard braqué sur les subventions …

Ils veulent tout contrôler en l’occurrence la manière dont les directeurs gèrent les subventions allouées aux établissements, ce qui n’est pas du goût des directeurs. « Dans certains collèges, le BE/APE veut comprendre, par exemple, le nombre de morceaux de craies que vous avez donnés aux professeurs », informe Edmond Dansi, Directeur du collège ‘‘l’Océan’’ qui déplore d’impertinentes immixtion des BE/APE dans la gestion matérielle des écoles et CEGs. « Lorsque l’argent vient, ils trouvent qu’ils doivent avoir leur part. Si on ne leur donne rien, les problèmes commencent », se désole-t-il, jugeant leur esprit et leur comportement de malhonnête. Chaque fois qu’il y a un bon de commande, précise Edmond Dansi, ils vont vous imposer de leur donner de l’argent. Ce qui fait que, poursuit-il, certains directeurs les écartent complètement de leur gestion afin d’avoir la paix pour travailler. Pourtant, non pas que les directeurs ne le savent pas, ils doivent associer les BE/APE dans leur gestion parce que, faut-il le rappeler, ils représentent les parents des élèves au sein des écoles. « Non !, non !, et non ! », rétorque Edmond Dansi qui précise qu’associer ne veut pas dire co-gérer avec les directeurs. Lorsqu’il s’agit des ressources humaines et financières, clarifie-t-il, ils doivent être présents et lorsqu’un professeur commet par exemple un délit ou courtise une apprenante, ils doivent être présents au Conseil intérieur. Les propos de Edmond Dansi sont appréciés et soutenus par son collègue du Primaire. « L’APE n’est pas enseignante. Mais, elle est présente pour une co-gestion de la vie scolaire. Nous ne pouvons pas lui remettre la subvention », ajoute Marie-Josée Guézo, Directrice de l’EPP Houéyiho groupe A, qui apporte de l’eau au moulin de Edmond Dansi. Aux dires de la directrice, le vrai problème des BE/APE est la subvention. « Ils pensent que dès qu’ils sont présidents de BE/APE, ils doivent être informés de tout ce que vous gérez dans l’école. En conséquence, les directeurs doivent leur donner leur part », explique Marie-Josée Guézo pour indiquer le nœud de la pomme de discorde entre BE/APE et membres de l’administration scolaire. Pour rappel, le contenu de l’arrêté 2014 n°467/MESFTPRIJ/DC/SGM/GPM/DEP/DET/DESG/SA stipule dans son article 58 ce qui suit : « le Bureau Exécutif (BE) de l’APE, pendant son mandat, est un partenaire de l’administration de l’établissement et ne doit pas, par conséquent, s’ingérer dans la gestion administrative, financière et pédagogique dudit établissement ; ces attributions étant dévolues à d’autres structures du Ministère en charge des Enseignements Secondaire Général et Technique ».

Hermann M. SAGBOHAN

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