Blaise Agossa, Directeur de l’Enseignement Primaire au MEMP : « Nos enfants, mieux que par le passé, savent lire et calculer »

 

Bientôt quatre (04) ans que le gouvernement a réorganisé, à la faveur du Conseil des ministres du mercredi 22 mars 2017, la répartition du corps d’encadrement des enseignants de la maternelle et du primaire.

Ceci, en instituant au total 48 régions pédagogiques sur toute l’étendue du territoire national. Via cette interview exclusive, Blaise Agossa, Directeur de l’Enseignement Primaire du MEMP, revient sur les raisons de la création des régions pédagogiques, gérées par des inspecteurs et conseillers pédagogiques, tout en faisant le bilan de leurs actions dans le sous-secteur. Lisez plutôt !

Educ’Action : Qu’est-ce qui explique la réorganisation de la répartition du corps d’encadrement des enseignants ?


Blaise Agossa : Nous avons constaté que la pénurie en inspecteurs de 1er degré, couplée à celle en conseillers pédagogiques, se creuse davantage d’année en année. Ce qui fait que l’encadrement des enseignants a commencé à poser problème. Est-ce qu’il faut continuer de la sorte ? Est-ce qu’il faut laisser les enseignants sans encadreurs, les écoles sans superviseurs ? C’est pour cela que la décision a été prise de créer des régions pédagogiques pour l’efficacité de la formation continue des enseignants. Ces régions pédagogiques regroupent souvent deux circonscriptions scolaires ou une circonscription scolaire ajoutée au service de l’enseignement maternel et primaire de la Direction Départementale des Enseignements Maternel et Primaire (DDEMP). Donc, on peut être Chef Service Enseignements Maternel et Primaire (C/SEMP) et également encadreur d’une région pédagogique. Dans le temps, le ministre est allé plus loin dans la réforme en décidant de faire appel aux inspecteurs et conseillers pédagogiques qui ont fait valoir leur droit à la retraite afin de renforcer les effectifs. Ils ont été répartis minutieusement par région pédagogique où ils sont intervenus et étaient en permanence avec des enseignants.

Comment a été accueillie cette redéfinition de la carte du corps d’encadrement ?

Cette réforme a été bien accueillie par plus de 90% des acteurs du système éducatif. Ce sont les différentes centrales syndicales qui n’ont pas bien apprécié le retour des inspecteurs retraités pour servir. Mis à part cela, tout le reste a été accepté. Le ministre a écouté leurs propositions et a rapporté certains de ses arrêtés liés à ceux qui étaient venus nous aider et nous renforcer.

Quel bilan peut-on dresser donc de la création des régions pédagogiques ?


Le bilan est très élogieux. La première des choses, c’est qu’on a géré au mieux cette pénurie d’inspecteurs et de conseillers pédagogiques. Les circonscriptions ne sont plus laissées à elles-mêmes. Les enseignants sont désormais encadrés par ces inspecteurs et ces chefs de circonscriptions scolaires. La qualité de l’enseignement qu’on dispense dans nos écoles continue à s’améliorer. La preuve est que les différents résultats du CEP, depuis 2016 jusqu’aujourd’hui, s’améliorent d’année en année. En 2016, c’était presque la catastrophe. Mais déjà en 2017, il y a eu un progrès, 2018 a été meilleure que 2017 et ainsi de suite. Il y a aussi le rapport du PASEC 2019 qui s’est amélioré comparativement à celui de 2014. En français et en mathématiques, nous faisons partie des premiers parmi les pays qui ont pris part à ce Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la Confemen. La situation n’est plus comme avant où on dit que l’enfant béninois lit et calcule mal. C’est dire que l’impact de cette réforme est vraiment positif. Mais là où il reste encore à faire, c’est concernant le nombre d’écoles que le Chef de région pédagogique doit couvrir. Au niveau des conseillers pédagogiques, le problème ne se pose pas, ils continuent d’intervenir dans la même zone pédagogique. Mais l’inspecteur qui est nommé chef de région pédagogique, a soit deux circonscriptions ou une circonscription ajoutée au poste de C/SEMP. Dans ces conditions, il arrive des moments où ils ne peuvent pas couvrir toutes les écoles. Le taux de couverture en inspection et en supervision est faible. C’est le seul problème qu’ils ont sinon, ils jouent convenablement leur rôle. Ils ne peuvent pas être à la fois au four et au moulin.

Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur fonction ?

Les difficultés rencontrées sont liées à leur exercice d’inspection. Lorsqu’il est seul pour plusieurs écoles, quand on apprend qu’il est dans telle école, dans telle zone ; ceux qui sont de l’autre côté n’ont plus peur. Ils se disent qu’il est déjà là-bas donc, il ne viendra pas ici aujourd’hui. Dans la partie septentrionale de notre pays par exemple, la région pédagogique Gogounou-Banikoara est vraiment vaste. C’est le seul inspecteur qui va couvrir toute cette zone. Vous comprenez alors avec moi que le problème de distance va se créer. Quand il va en inspection par exemple à Banikoara, il est obligé d’y rester pour faire un certain nombre d’inspections avant de revenir. En dehors de ces problèmes, le chef de région pédagogique joue bien son rôle.

Des inspecteurs sont actuellement en formation. A quand peut-on espérer leur déploiement sur le terrain ?

Il y a une vague d’inspecteurs en formation qui est déjà sortie. Vous allez constater qu’à la Direction de l’Enseignement Primaire, cinq (05) inspecteurs nous ont été affectés. A la Direction de l’Inspection et des Innovations Pédagogiques, au moins six (06) inspecteurs ont été envoyés. Il en est de même pour l’Institut National de Formation et de Recherche en Education (INFRE). Toutes les directions en ont bénéficié. Ils feront quelques temps avec nous et si l’autorité ministérielle juge nécessaire, ils iront sur le terrain pour combler le vide. Mais le vide ne sera pas entièrement comblé parce qu’il y a des inspecteurs qui vont progressivement à la retraite. Donc, chaque fois que quelqu’un ira à la retraite, on verra comment procéder. Il y a même des inspecteurs et des conseillers pédagogiques qui sont à l’école et vont sortir bientôt. Cette réforme est bien pensée et bien gérée parce que le problème de pénurie de conseillers pédagogiques et d’inspecteurs a créé d’énormes difficultés pour le secteur. Aujourd’hui, nous avons déjà apporté des solutions idoines à ces difficultés.

Quels sont vos vœux à l’endroit des acteurs de votre sous-secteur pour cette nouvelle année ?

Pour cette année 2021, mes vœux sont ceux de santé, de prospérité et de succès dans toutes les entreprises liées au système éducatif. Cette année permettra à tout un chacun de nous de relever le défi pluriel qui est le nôtre. Il s’agit de l’accès à l’éducation, de la rétention des enfants et de l’amélioration de la qualité de l’offre éducative. Je souhaite une longue vie au groupe de presse Educ’Action.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME

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