Pour une meilleure qualité des repas servis aux élèves : Le cri de cœur de l’administration scolaire à l’Etat

 

Trois semaines déjà que nous explorons avec vous l’environnement de l’alimentation des apprenants dans les lycées et collèges au Bénin.

Après les dysfonctionnements relevés sur la qualité des repas servis aux apprenants pendant la récréation dans les établissements d’enseignement, les vendeuses reviennent aussi à la charge dans cette parution pour récuser les allégations des infirmeries les rendant responsables des cas de plaintes de malaises enregistrés dans les infirmeries scolaires. Des propositions et suggestions des acteurs pour une amélioration significative de la qualité et de l’hygiène dans la restauration des apprenants dans les lycées et collèges, les acteurs ont donné de la voix dans ce troisième numéro du dossier sur l’alimentation scolaire. Occasion pour directeurs d’écoles et nutritionnistes de prodiguer des conseils pour arrêter la saignée. Des approches de solutions innovantes sont également proposées pour moderniser l’offre de la restauration scolaire. Bonne lecture !

Des vendeuses récusent les accusations des infirmières et se justifient 

Une demi-heure nous sépare de la reprise des cours de l’après-midi au Collège d’Enseignement Général de Godomey. Dans les classes, des coups de balais caressent le sol pour rendre le cadre de travail propre avant l’arrivée de l’enseignant à 15 heures. Dans la cour de l’établissement, certains élèves pressent les pas pour se rendre en classe pendant que d’autres s’amènent chez les vendeuses de la cantine. C’est dans cet espace où l’eau verdâtre stagnante de la pluie dispute la place avec les vendeuses, que Alphonsine Hacheme mène son commerce de vente de Attiéké et de Thé. « Les repas que nous proposons aux enfants dans cette cantine sont de bonne qualité dans la mesure où l’administration passe régulièrement faire des contrôles et nous faisons des examens de santé avant de venir nous installer ici. Je suis persuadée que les malaises qui surviennent au niveau des apprenants ne proviennent pas forcément des vendeuses de la maison, mais de celles qui sont installées au dehors sans autorisation », défend-elle pour s’opposer aux allégations des infirmières qui soupçonnent les bonnes dames d’être responsables des cas de malaises reçus au niveau des infirmeries scolaires. A sa collègue Suzanne Zounvi, vendeuse de Tchakpalo (jus de mil fermenté) de renseigner que pendant cette période de pluie, toujours soucieuse de la santé des apprenants, elle a décidé d’arrêter l’usage de la glace pour un moment. « Regardez-vous-même, est-ce que vous avez trouvé de la glace dedans ? J’ai choisi personnellement de ne plus vendre du chapalo frais aux enfants à cause de la fraîcheur. Certains apprenants insistent d’y ajouter de la glace, mais je refuse et ils s’en vont dehors acheter. Dire donc que c’est toujours nous les vendeuses qui constituons le malheur des enfants, je ne suis pas d’accord », lâche-t-elle toute furieuse avant d’ajouter que c’est d’ailleurs parce que la qualité y ait qu’elles ont été primées lors d’un test inopiné l’année passée. « Nous faisons l’effort de servir de bons mets aux apprenants parce que nous sommes des mères de famille et nous avons aussi des enfants à la maison. C’est vrai que l’année passée, on nous a beaucoup reproché de mettre trop de bouillons (cube) dans les repas, ce qui n’est pas faux. Mais je peux vous rassurer que nous avons diminué la quantité. Les mesures de contrôle aussi sont en train d’être renforcées également parce que cette année, à la visite médicale, les agents ont pris nos numéros de téléphone et l’adresse de nos domiciles pour pouvoir faire des descentes inopinées dans nos maisons», a confié sous anonymat une vendeuse de la cantine debout devant son étalage de sucettes glacées.

Soucieux du bien-être des apprenants : Des écoles annoncent des travaux de réfection des cantines

La réussite scolaire des enfants dépend d’un ensemble de facteurs à considérer. Une bonne alimentation de l’enfant participe de son meilleur rendement scolaire. Du moins, c’est ce que démontre psychologues, diététiciens et autres acteurs du système éducatif rencontrés dans la précédente parution. Un autre acteur dira cette fois-ci que dans un corps sain habite un esprit sain et que c’est ce dernier dont a besoin les enfants pour un rendement scolaire satisfaisant. Conscients du travail qui est le leur dans le rendement des apprenants, directeurs et censeurs annoncent des perspectives propres à leurs écoles dans le cadre de l’alimentation scolaire pour permettre une bonne santé aux écoliers et élèves dans leurs lieux de savoir. De l’aménagement des lieux qui accueillent les enfants pendant la récréation passant par la variation pour atterrir à la qualité et la quantité des mets, ces enseignants entendent faire de leur mieux pour garantir de bons résultats à leurs établissements. A l’EPP Houalacomey, école située à Godomey, les chantiers vont s’ouvrir sous peu pour faire place à une infrastructure pouvant abriter vendeuses et élèves. « Cette année, nous avons envie d’améliorer le cadre qui accueille les enfants pendant la récréation, nous allons l’améliorer sensiblement. C’est notre vœu, nous sommes en train de toucher les partenaires, les amis de l’école, certaines personnes qui peuvent nous aider à réaliser cette infrastructure qui pourra mettre à l’aise et les vendeuses et les apprenants », a confié Achille Mègnigbèto, l’un des directeurs de l’EPP Houalacomey. Il informe également que des réunions ont été faites avec les vendeuses pour attirer leur attention sur un certain nombre de choses relatives à la qualité et à la quantité des repas offerts aux enfants dans son école. « Nous sommes en train de réfléchir avec les bonnes dames pour voir comment diversifier le repas qu’on présente aux enfants. Il ne faut pas que cela soit toujours les mêmes choses. Le blé est dominant dans notre alimentation et ce n’est pas trop bon. Il faut que nous valorisons un peu nos produits locaux un peu comme le manioc, l’igname, le maïs. A travers les différentes formes de pâte, de cossette, on va œuvrer pour qu’il y ait une sorte de diversification pour que les enfants aient le choix facile », a annoncé, pour les prochains jours, le collectif des directeurs de ce complexe représenté par Achille Mègnigbèto du groupe C. A quelques kilomètres de l’EPP Houalacomey, des réformes s’annoncent également pour le bonheur des élèves du CEG Dantokpa. « Au CEG Dantokpa, nous avons cette chance de célébrer notre jubilé d’or en février 2020 et dans ce cadre, la directrice du CEG a un vaste projet de réfection de tout l’établissement. Dans ce sens, la cantine n’est pas oubliée, donc nous pensons réaménager et assainir le cadre pour que la qualité et la propreté répondent aux normes acceptables par tous », a laissé entendre l’homme à qui incombe la gestion de la cantine du CEG, le surveillant général adjoint Nazaire Adoko. Ces acteurs sollicitent à ce propos l’accompagnement des ONGs pour le contrôle régulier et rigoureux des femmes ainsi que des mets offerts aux apprenants.

Amélioration de l’alimentation à l’école : Les doléances de l’administration scolaire à l’endroit de l’Etat

«Les repas dans nos écoles sont de très mauvaise qualité. Je le dis et je n’exclus aucune vendeuse en dehors de mes affirmations. Sinon comment deux administratifs peuvent-ils se plaindre de la même vendeuse ? Pas plus tard que le jeudi dernier, ces hommes sont venus avec preuve à l’appui nous montrer des résidus de souris dans la bouillie qu’on leur a vendue au sein de cet établissement ». Ces affirmations de Baké Massim-Ouali, censeure au CEG Houéyiho viennent une fois encore confirmer le doute sur la qualité des repas fournis aux apprenants. Malgré le contrôle qui se fait par directeurs et surveillants dans ces écoles, les désagréments se font toujours enregistrer avec son corollaire de malaises dans le rang des apprenants ainsi que de l’administration. Si les enseignants et les administratifs peuvent s’offrir des repas de qualité hors de l’établissement, les enfants sont contraints de se nourrir sur place avec leurs maigres moyens, se rendant ainsi malades. Le rôle de l’Etat devient alors prépondérant pour garantir la sécurité alimentaire des uns et des autres. Le cri de cœur des acteurs se fait entendre pour plaider en faveur des apprenants et leur garantir des repas acceptables. « Dans les écoles qui n’ont pas de cantines et qui sont encore dans le système traditionnel où les vendeuses sont recrutées et suivies, il faut que l’Etat instruise les agents assermentés pour un contrôle médical régulier et rigoureux. Nous autres, nous sommes d’accord pour qu’ils viennent. Nous, directeurs, nous faisons déjà ce que nous pouvons et nous essayons d’accentuer, mais nous ne sommes pas toujours bien vus. C’est comme si nous venons faire la loi. Si d’autres structures se pointent dans les écoles pour le contrôle de la qualité, de la quantité, pour l’hygiène, je crois que cela va rentrer plus dans les oreilles et on peut même parfois sanctionner ces vendeuses qui ne veulent pas se mettre dans les rangs. On peut parfois saisir leurs repas, leur interdire la vente, pourquoi pas », a suggéré le directeur de l’EPP Houalacomey tout en saluant le gouvernement par rapport aux cantines scolaires gouvernementales. « Ce que nous pouvons demander de l’Etat, c’est un contrôle de la police sanitaire, du Ministère de la Santé pour veiller scrupuleusement à la qualité des repas et s’il est possible qu’on leur aménage des endroits plus adéquats pour la conservation des repas. Parce que si la conservation pose un problème, nous ne sommes plus en sécurité alimentaire. Il nous manque l’hygiène », a souhaité la censeure Baké Massim-Ouali. Pour sa part, le surveillant général adjoint du CEG Dantokpa opte pour des textes réglementaires pouvant régir les cantines et l’alimentation scolaire. « Des textes de lois, nous n’en connaissons pas dans ce domaine. Pour éviter tout problème, l’Etat central doit prendre des textes réglementaires pour cadrer, autoriser les chefs d’établissements à faire des investissements dans ce sens, suivant des méthodologies données. Pour élaborer ces genres de textes, l’idéal serait qu’on parte des autorités qui ont la gestion des structures à la base dont les surveillants généraux et leurs adjoints en particulier. Une réunion ou séminaire de trois jours peut nous permettre de réfléchir et d’échanger les idées et commencer à ébaucher des projets de lois. C’est ma suggestion pour que l’on puisse avoir un texte réglementaire digne du nom pour la gestion des cantines », a également souhaité Nazaire Adoko du CEG Dantokpa.

Pour une alimentation saine des apprenants : Des nutritionnistes-diététistes conseillent

Pour avoir remis en cause la qualité des mets servis aux apprenants dans nos écoles, les nutritionnistes-diététistes ont donné des pistes de solutions pour une alimentaire équilibrée et saine des apprenants. Si les promoteurs de l’école veillent, vaille que vaille, pour que les résultats de leurs élèves soient meilleurs, il revient aux parents de veiller plus à la nutrition de leurs enfants. « Il faut que les parents s’assurent que leurs enfants mangent correctement en quantité et en qualité », a dit laconiquement Joaquin Darboux, nutritionniste-diététiste pour mettre les parents devant leurs responsabilités. Revenant sur le rôle qui est celui des parents dans l’alimentation des enfants en attirant leur attention sur l’argent de poche, qui, selon lui, n’est pas celui que l’enfant doit utiliser pour manger, il soutient que quand un parent envoie son enfant à l’école tout en misant sur l’argent de poche, cela ne résout pas la situation. « Donnez-leur suffisamment de l’argent de poche pour que cela puisse couvrir ce qu’ils vont manger et profiter pour économiser ou avoir une petite réserve », a conseillé le nutritionniste-diététiste. Son confrère Lionel Falola ne semble pas se retrouver dans ce conseil. Pour lui, c’est la responsabilité des acteurs immédiats de l’école qui est engagée surtout ceux des établissements publics. « Il faut un suivi. Si nous refusons aux enfants de manger à l’école aux heures de pause, c’est qu’il y a un petit problème. Il faut que les acteurs des écoles publiques s’impliquent dans la préparation des mets par les bonnes dames qui vendent dans leurs cantines. Il faut de temps à autres les rappeler à l’ordre si des constats ont été faits par des enseignants ou par des élèves. Faire des investigations et amener ces bonnes dames à avoir les bonnes pratiques », a recommandé Lionel Falola, également nutritionniste-diététiste, revenant ainsi sur la qualité des mets préparés dans les écoles. Pour donner un exemple sur la préparation du riz, le nutritionniste-diététiste se trouve un talent d’un cordon bleu. « Il faut s’assurer que nous avons pris un riz de bonne qualité. Ce n’est pas le riz laissé dans le magasin dans lequel les bestioles ont laissé des fientes ou un riz rempli de charançons, car, plus tard, c’est fatal à l’organisme. Que le riz soit exempt de tout élément pouvant nuire à l’organisme. Il faut que l’eau de cuisson soit potable. Au cours de la cuisson du riz, l’eau est mise sur le feu à température d’ébullition. Nous ajoutons une petite quantité de sel. Il ne faut pas que l’organisme soit habitué au plat salé. Quand le riz est salé, nous sommes en train de promouvoir les maladies cardio-vasculaires comme l’hypertension. Nous lavons le riz et nous mettons le riz dans l’eau. La cuisson du riz varie selon le type de riz sinon c’est de 15 minutes, voire 25 minutes au plus. Dès que le riz est cuit et n’est plus dur, tendre à la consommation, on se met à table », a-t-il indiqué, sourire aux lèvres.

Réalisé par la Rédaction de Educ’Action

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.