Trois mois après le démarrage de la rentrée scolaire 2019-2020 : Les subventions se font toujours désirer dans les écoles publiques

 

Les chefs d’établissements ont le regard tourné vers les recettes perceptions.

Destinées à faire fonctionner les écoles par la gestion de petites réparations d’infrastructures dans les écoles maternelles et primaires publiques, le quart des subventions allouées chaque année aux établissements se fait encore attendre, trois mois après le démarrage de l’année scolaire 2019-2020.

Une situation qui émousse l’enthousiasme des directeurs d’école à faire efficacement face aux charges scolaires et plombe la conduite sereine des séquences et activités pédagogiques. Educ’Action a fait un tour dans les écoles pour le constat. Reportage !

Ce n’est pas la bonne ambiance entre les fournisseurs de produits scolaires et les directeurs et directrices des écoles. Du moins, la relation existante entre les deux parties semble dégénérée. Et pour cause, les fournisseurs, partenaires stratégiques des écoles maternelles, primaires publiques en termes d’apport de matériels scolaires pour le fonctionnement de ces écoles ne sont pas encore rentrés en possession de ce qui leur revient. Habitués à accompagner les écoles en attendant l’arrivée des subventions que l’Etat alloue chaque année aux écoles publiques, les fournisseurs sont au bord du précipice. Le quart des subventions tarde à parvenir aux bénéficiaires. Un phénomène qui tourne au ralenti les activités pédagogiques des différentes écoles que votre journal Educ’Action a sillonnées. « Quand le quart des subventions venait en octobre, nous avons la facilité de gérer nos factures d’électricité et d’eau. Mon école, pendant les congés, était dans le noir. Nous avons repris le lundi dans le noir. Nous étions obligés de cotiser de l’argent pour pouvoir payer les factures afin de rétablir l’électricité. Nous n’utilisons pas les gongs dans l’école comme sonnerie, mais nous utilisons une sirène qui a besoin forcément de l’électricité. Donc, les factures d’électricité et d’eau sont à payer », a fait savoir à Educ’Action au prix de l’effort Arnaud Agbohounka, directeur de l’Ecole Primaire Publique de Cocotomey/C pour montrer toute l’importance et le rôle que joue le quart des subventions que l’Etat alloue un peu plus tôt à son école en début d’année scolaire. C’est toujours dans ce quart des subventions que, informe le directeur « nous encourageons notre agent de sécurité qui assure la sécurité des matériels de l’école ». Dans cette région pédagogique, notamment dans le département de l’Atlantique, les difficultés ne sont pas les mêmes. Si au Complexe Scolaire Cocotomey A-B-C, les directeurs et directrices d’écoles se cotisent de l’argent pour gérer un tant soit peu les charges de l’école, ce n’est pas le même tableau à l’Ecole Primaire Publique Cococodji-Jardin. Seul à gérer de façon administrative et désormais financière et comptable l’EPP Cococodji-Jardin, Fidèle Johnson, directeur de l’école ne se donne pas trop de souci quant au retard du quart des subventions. « Nous attendons le gouvernement. Si l’argent est à notre disposition, nous allons l’utiliser puisque nous roulons sur des dettes et c’est parce que ceux qui ont des structures de vente de fournitures scolaires nous aident. C’est une compréhension entre établissements publics et les fournisseurs parce qu’ils savent que quel que soit ce qui va se passer, le gouvernement va nous allouer les subventions », a-t-il confié dans l’espoir que ces subventions lui parviennent sous peu. Car, confie-t-il, il avait pris l’habitude de rembourser les fournisseurs avant les fêtes de fin d’année, mais pour cette fois-ci, rien n’y fit. Tout comme ses collègues directeurs qui s’appuient sur les aides des fournisseurs pour faire fonctionner les écoles dont ils ont la charge, Prosper Kpaternon, directeur de l’Ecole Primaire Publique Gbégamey-Sud groupe C en fait de même, mais n’éprouve à priori aucune difficulté. « Si on s’organise bien, je ne crois pas qu’il ait de difficultés majeures. Il n’y a pas trop de difficultés d’autant plus que si tu arrives à avoir l’essentiel pour démarrer tes travaux, le reste est gérable. Pour le reste, il suffit juste de contenter tes enseignants avec leurs besoins en fournitures et le travail est fait », a-t-il expliqué, partageant sa stratégie pour faire tourner son école en attendant le positionnement des subventions. La seule question que se pose l’ensemble des directeurs d’écoles rencontrés est de savoir ce qui bloque le positionnement de ces fameuses subventions et jusqu’à quand vont-elles tarder ?

Des raisons du retard à la disponibilité des quarts de subventions…

Au détour du lancement du budget de l’Etat exercice 2020 au Ministère de l’Economie et des Finances, le mardi 07 janvier 2019, Rodrigue Tchaou, Directeur Général du Budget a énuméré les sous-secteurs dans lesquels le gouvernement a anticipé les subventions depuis octobre 2019 pour ne pas empiéter sur le fonctionnement de ces différents secteurs. Parmi ces sous-secteurs se trouvent en bonne place celui de l’éducation. Pourtant, les directeurs et directrices d’écoles maternelles et primaires du public roulent sur des dettes. « Au lieu d’attendre que le budget soit voté en 2020, ils ont, par anticipation, versé des ressources dans les recettes perceptions. Malheureusement, aucune école du Bénin ne peut vous dire aujourd’hui que d’octobre à ce jour qu’elle a déjà reçu un seul iota de cette subvention », laisse entendre d’un air médusé Arnaud Agbohounka représentant du personnel au sein de la commission paritaire et administrative. « Il convient de préciser que 25% des subventions concernant les écoles sont disponibles et positionnées au niveau des recettes perceptions pour un montant total de 1 milliard 626 millions 187 mille 500 francs CFA », a renseigné Salimane Karimou, ministre des Enseignements Maternel et Primaire, répondant aux questions des parlementaires sur la santé de l’école béninoise à l’Assemblée nationale, le jeudi 09 janvier 2020. Dans la gestion-comptable des subventions, qui, dans un passé récent, était confiée aux gestionnaires-comptables des régions pédagogiques, c’est désormais sous la coupole des directeurs et directrices des écoles, a précisé l’autorité ministérielle.

De la peur au sein des directrices dans la gestion comptable des subventions …

Comme annoncées par le Directeur de l’Enseignement Primaire, Blaise Agossa lors de l’interview exclusive accordée à votre journal Educ’Action, les subventions désormais confiées aux directeurs et les directrices des écoles maternelles et primaires publiques font réfléchir les chefs d’établissements que nous avons rencontrés lors de notre périple. La raison ? L’arrêté N° 061/MEMP/DC/SGM/IGM/DAF/SA 034/SGG 19 portant modalités de gestion de la subvention de l’Etat octroyée aux écoles maternelles et primaires publiques renseignent au mieux sur leurs responsabilités, mais apparaît en même temps, selon eux, comme une épée de Damoclès. Mais cette décision ne fait ni froid ni chaud à certains de leurs collègues qui ont affirmé avoir eu la chance de gérer de façon administrative et financière les subventions par le passé. « A l’issue de la 2ième session du Conseil Sectoriel du Dialogue Social tenue les 29 et 31 août 2019 à Abomey, les partenaires sociaux ont unanimement recommandé de confier à nouveau la gestion des subventions aux directeurs d’écoles au regard de plusieurs cas de malversations ces dernières années où les comptables gestionnaires ont failli mettre en péril le fonctionnement des écoles », a confié le numéro 1 du MEMP à l’occasion de son exposé face aux députés de la 8ième législature pour justifier les motivations de la décision de retourner la gestion comptable des subventions aux directeurs et directrices d’écoles maternelles et primaires publiques. « L’IGM est allé sur le terrain pour des contrôles parfois inopinés ou parfois de routine et ces contrôles ont révélé de graves insuffisances et certains dossiers sont allés même à la justice. A la justice, c’est beaucoup plus le ministère qui a été même condamné pour avoir fait appel à des agents qui n’étaient pas préparés pour la mission à eux confiée. Même si une fois nommé comptable, ils sont allés au tribunal prêter serment. C’est au vu de ces constats graves qui font aujourd’hui, que les partenaires sociaux ont dit que si c’en est le cas, il vaudrait mieux que les directeurs prennent leurs responsabilités », renchérit l’autorité ministérielle pour faire plus la lumière sur les raisons ayant motivé la prise de cet arrêté.

De la primeur de l’arrêté …

Désormais régie par l’arrêté 061 du 07 octobre 2019 portant modalités de gestion de la subvention de l’Etat aux écoles maternelles et primaires publiques, la gestion comptable des subventions des écoles revient aux directeurs et directrices qui doivent s’en occuper de façon efficiente et claire. Lesquelles subventions vont être directement virées sur un compte au niveau du trésor public ou au niveau d’une banque primaire dans un compte bancaire ouvert au nom de l’école. Dans ce cas, les directeurs vont être soumis à l’avenir à une opération de contrôle, de vérification ou d’audit dépêché par les supérieurs hiérarchiques ou les organes de contrôle de l’ordre administratif. « Le directeur d’école qui s’oppose à une inspection ou à un contrôle fera l’objet d’une procédure disciplinaire pour manquement à l’autorité, conformément aux textes en vigueur. En cas de malversation avérée, le directeur d’école est déchargé de ses fonctions sans préjudice des poursuites disciplinaires et pénales prévues par le Code pénal en vigueur au Bénin, par la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin et les autres dispositions en vigueur au Bénin », avertit l’autorité ministérielle Salimane Karimou, rappelant l’article 6 de l’arrêté pris et signé le lundi 07 octobre 2019. « Le directeur d’école assure en lien avec le bureau de l’APE, la gestion financière et matérielle de l’école sous la responsabilité du chef de la circonscription scolaire ou de la région pédagogique », a rappelé Salimane Karimou en face des députés, répondant aux questions orales de l’honorable Dona Léon Adéniyi Aden Houessou.

Que retenir de la formation ?

Soucieux de la bonne gestion des subventions à mettre à la disposition des écoles, le ministre des Enseignements Maternel et Primaire avec l’aide des cadres de la Direction Administrative et financière a initié, les 26 et 27 décembre, une formation sur toute l’étendue du territoire national, notamment dans les 45 régions pédagogiques au profit des néo gestionnaires de crédits, directeurs d’écoles. Au cours de cette formation, les cadres de la DAF ont entretenu les désormais gestionnaires de subventions sur la gestion administrative d’une part et la gestion financière et comptable d’autre part. « La gestion financière et comptable est pour nous directeurs d’écoles, un peu complexe. Nous nous sommes dit que ce n’est qu’avec le temps et l’habitude que nous allons parfaire nos connaissances en la matière, que nous allons acquérir l’expérience. Ce que nous avons déploré, c’est que les formateurs venant de la DAF ont donné des formations diverses et divergentes sur le terrain. Si bien que nous constatons que des choses qui étaient des acquis pour le fonctionnement des écoles dans la quiétude et la paix, certains formateurs les ont remis en cause, les balayant du revers de la main et aujourd’hui, cela crée des grincements de dents et nous sommes en train de faire du replâtrage », a lâché un peu triste Arnaud Agbohounka avant de souhaiter l’accompagnement du ministère de tutelle, notamment les agents de la DAF, qui, à l’en croire, vont passer de temps en temps dans les circonscriptions scolaires pour le renforcement des capacités. « On ne peut pas faire une formation de deux jours pour gérer la comptabilité. C’est impossible », dira, à son tour, une directrice d’école qui a requis l’anonymat. Pour l’heure, les directrices et directeurs d’écoles n’ont pas encore perçu le quart des subventions et ont désormais les yeux tournés vers les recettes perceptions.

Enock GUIDJIME

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