Lumière sur les enquêtes journalistiques OSIWA-Maison des Médias : Des projecteurs allumés sur les dessous corruptifs en éducation, culture et économie

 

Dans le cadre de la phase II du Projet « Pour des Médias plus professionnels », Romuald Logbo de ‘‘Educ’Action’’, Vadim Quirin, de la ‘’Nouvelle Expression’’, Flore Nonbimè et Olivier Allochémè de l‘‘Evénement Précis’’, Fortuné Sossa de ‘‘La Marche Républicaine’’ et Jacques Boco de ‘’Matin Libre’’ étaient face à leurs confrères des rédactions sœurs pour la restitution des résultats de leurs enquêtes dans les secteurs éducatif, économique et culturel.

C’était les mardi, jeudi et vendredi de la semaine écoulée à l’auditorium de la Maison des Médias Thomas Mègnassan à Cotonou.

«FADeC : l’école malade de la mauvaise gestion des subventions » ; « Encadrement des mémoires et thèses à l’UAC : Les étudiants à l’épreuve du rançonnement ». Ce sont les thèmes qui ont meublé la conférence de presse qui se veut restitutrice des travaux de recherches des journalistes financés par OSIWA en collaboration avec la Maison des Médias. Planchant le premier sur le thème « FADeC : l’école malade de la mauvaise gestion des subventions », Vadim Quirin de la ‘‘Nouvelle Expression’’ a témoigné avoir sillonné 08 écoles primaires publiques de quatre différentes communes ayant mal géré le Fonds d’Appui au Développement des Communes (FADeC) pour le compte des infrastructures scolaires. « Au niveau de nos communes, il y a la menace sur la sécurité des infrastructures scolaires et leur durabilité ; le gaspillage de derniers publics du fait de la dégradation précoce des ouvrages ; les risques de dépenses importantes de réparation ; le défaut de traçabilité et de transparence pour les marchés irrégulièrement attribués ; la non-atteinte des objectifs ; la non-réalisation des infrastructures et ouvrages à bonne date ; la non-jouissance à temps par les populations des impacts bénéfiques des ressources investies. », a-t-il énuméré pour faire la lumière sur la mal gouvernance du FADeC-Education. Se voulant être plus précis dans ses propos, le journaliste d’investigation du quotidien ‘‘La Nouvelle Expression’’ fait savoir qu’à l’EPP Hantékou, dans la commune de Tanguiéta, le décaissement était à 94% pendant que la réalisation des travaux stagnait à 71 %. « Nous avons eu des témoignages qui font froid dans le dos dont compte a été rendu dans notre enquête. Du rançonnement au droit de cuissage en passant par des méthodes d’intimidation et du trafic d’influence, tout est minutieusement, clandestinement et discrètement cuisiné pour contraindre l’étudiant s’il est homme à payer le montant exigé par l’enseignant et à l’étudiante le choix de payer le droit de cuissage ou la rançon définie par l’enseignant via son collaborateur avant de voir valider son mémoire pour programmation en vue de la soutenance », dira, pour sa part, Romuald Logbo, également enquêteur et journaliste à Educ’Action pour renseigner sur les faits de corruption qui émaillent le processus de validation des mémoires et thèses à l’Université d’Abomey-Calavi. Dans ses envolées explicatives sur le thème objet de l’enquête, le journaliste spécialiste des questions éducatives n’a pas manqué de présenter les difficultés rencontrées au cours de son enquête avant de conclure qu’ « au regard de toutes les informations collectées sur le terrain, le salut de la bonne gouvernance à l’UAC au plan administratif, académique, pédagogique et financier, n’est pas pour demain aussi longtemps que les textes seront bafoués ou foulés aux pieds. » 48 heures après leur passage, Flore Nonbimè va se joindre à Fortuné Sossa dans le même exercice sur deux sujets à connotation culturelle : la transhumance pastorale et le Fonds d’aide à la culture.

La transhumance pastorale et le Fonds d’aide à la culture, nid de la corruption …

Publiée le 26 février 2020, l’enquête intitulée : « Passage des éleveurs nomades dans les champs : la corruption, terreau de la transhumance » porte la signature de la journaliste Flore Nonbimè. Partie de ses observations sur le terrain pour déboucher sur des témoignages de premières mains, Flore Nonbimè dira que le travail a consisté à cibler la région Agonli, un bloc de trois communes (Zagnanado, Ouinhi et Covè) où malgré la série de mesures en vigueur pour encadrer la transhumance, des poches de résistance font le nid à la corruption. « Il existe aussi des cas de fraudes avec le passage de troupeaux qui se fait nuitamment, en violation des textes, moyennant une somme de 50.000 par troupeau sous le pont de Covè », dénonce l’enquêteuse avant d’ajouter que « cette somme est perçue par des réseaux d’intermédiaires alors même que la règlementation en vigueur au Bénin interdit le pâturage et les déplacements nocturnes des bêtes ». Après avoir brièvement renseigné sur la démarche de son enquête, Flore Nonbimè dit avoir recueilli sur le terrain, une pile d’allégations de corruption, qui, même si elles n’ont pu toutes être vérifiées, soulignent la gravité du sujet. La seconde restitution qui a focalisé l’attention des professionnels des médias, reste celle de Fortuné Sossa, journaliste culturel et enquêteur de la Maison des Médias. De sa présentation sur le thème : « Fonds des Arts et de la Culture : des soupçons persistants de rétro-commissions », on retient essentiellement des dénonciations qui portent sur l’éligibilité des financements à projets des acteurs culturels par le Fonds mis en place. « Pour bénéficier de subventions du Fonds des Arts et de la Culture, il faut accepter le deal. Il faut accepter de rétrocéder un certain pourcentage afin d’avoir l’avis favorable pour ensuite obtenir le chèque », affirme, triste Fortuné Sossa dans sa présentation. « Aux dires des interviewés qui ont requis, pour certains, l’anonymat, le montant de la rançon est fixé par le rançonneur. Je dis rançonneur parce qu’au cours de l’enquête, il nous a été cité des noms de plusieurs membres (hommes comme femmes) du personnel du Fonds », dira-t-il avant de conclure qu’il ressort de son enquête, deux types de rétro-commissions. Le premier rassemble la catégorie de ceux qui postulent avec leurs projets directement à qui il est exigé des rançons et le second, la catégorie des projets pour lesquels il est fait appel à des porteurs. Les deux conférenciers passeront ensuite le relai de l’exercice à deux autres journalistes enquêtes qui ont entretenu l’assistance essentiellement composée de journalistes sur des faits de corruption au plan économique.

Le Tec-Cedeao et l’épargne publique non épargnés par la corruption …

Intitulée « Collecte de l’épargne publique au Bénin : l’arnaque défie la loi », l’enquête de Jacques Boco, rédacteur en chef du quotidien ‘’Matin Libre’’ publiée le 24 janvier 2020 dans la parution N°1368, est l’une des attractions de la conférence de presse du vendredi dernier. Du constat de l’enquêteur Jacques Boco, « en dépit du retentissant procès ICC-Services (entre novembre 2018 et février 2019), une affaire de placement d’argent qui s’est révélée une arnaque portant sur 155,6 milliards de francs Cfa collectés auprès de 150.000 victimes (entre 2007 et 2010), et en dépit de la règlementation et du dispositif institutionnel impressionnant mis en place dans le secteur de la micro finance, des tontiniers et structures illégales de collecte d’épargne opèrent toujours, faisant de nombreuses nouvelles victimes ». Des enseignements tirés de l’enquête, l’on retient que les tontines (un produit du système d’épargne) ne sont pas proscrites par la Loi au Bénin. Laquelle Loi interdit plutôt la tontine par appel à l’épargne publique, c’est-à-dire avec usage de « banderole marquée Tontine-Epargne-Crédit », sans agrément. En remuant le couteau dans la plaie à travers son enquête qui porte sur le « Tarif extérieur commun (Tec) : la fraude comme voie de contournement » publiée dans le quotidien ‘’L’Evénement Précis’’ du 29 janvier 2020, l’enquêteur Olivier Allochémè se veut formel. « L’application sélective du TEC-CEDEAO par les Etats pénalise le Bénin », fait-il savoir, preuves et arguments à l’appui. Et pour étayer son affirmation, le rédacteur en chef de ‘’L’Evénement Précis’’ renseigne que « notre pays enregistre l’accroissement de son déficit commercial, ainsi qu’une réduction de ses recettes douanières. Les stratégies de fraudes développées par les acteurs, ainsi que la mauvaise foi des Etats rendent nécessaires la mise en place de mesures plus proactives ». Le Bénin n’est pas encore au bout de ses peines économiques, dira l’enquêteur qui estime que le principal défi reste celui de l’intégration pour son salut économique. « Pour le moment, cette intégration commerciale reste largement compromise, au regard de la pratique des Etats et des acteurs », va-t-il conclure.

Romuald D. LOGBO

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