Pour une année scolaire 2019-2020 apaisée : Des syndicalistes invitent le gouvernement à mettre en place un plan d’urgence

 

L’année scolaire 2019-2020 sera-t-elle apaisée ? C’est la question que nous inspirent les mécontentements enregistrés dans le rang des enseignants et la toute dernière sortie médiatique de certains acteurs pour renseigner sur l’état des lieux de l’éducation béninoise. Educ’Action a tendu son micro à quelques acteurs du système pour savoir à quel prix l’année scolaire en cours sera-t-elle apaisée. Pour les responsables syndicaux rencontrés, l’apaisement de l’année dépend du gouvernement dont la responsabilité reste entière quant à l’obtention de meilleurs résultats au terme de l’année scolaire 2019-2020.

 

A peine quelques semaines de cours après le démarrage le 16 septembre dernier de la rentrée scolaire 2019-2020 au Bénin et déjà, les voix s’élèvent dans le rang aussi bien des enseignants que des syndicalistes pour dénoncer les anomalies observées dans les différents sous-secteurs, en l’occurrence le sous-secteur des Enseignements Maternel et Primaire et celui du Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. Des propos des acteurs rencontrés, ces anomalies sont, non seulement, issues des nombreuses réformes initiées par le gouvernement à travers les ministères sectoriels de l’éducation, mais également du fait que le gouvernement n’a pas toujours pris en compte les décisions issues du Conseil Sectoriel du Dialogue Social. « Oui, certains engagements sont respectés, mais il y a plus d’engagements non tenus que d’engagements tenus. De façon globale, les actions du gouvernement à notre égard sont plus négatives que positives ». Ainsi lance Maxime Agossou-Vè, secrétaire général de la Confédération des Syndicats Leaders du Bénin (CSLB). De son côté, Alexandre Adjinan, syndicaliste, estime que le Conseil Sectoriel pour le Dialogue Social reste une formalité aux yeux des gouvernants. « La session du Conseil Sectoriel pour le Dialogue Social se réunit au niveau des différents ministères de l’éducation pour discuter des questions liées au système éducatif et aux préparatifs de la rentrée. Mais, les recommandations issues de ce conseil ne sont presque jamais prises en compte. Nous avons l’impression que c’est juste une formalité qui est remplie chaque fois », a fait observer le syndicaliste avant de réfuter la thèse du ministre Mahougnon Kakpo selon laquelle la rentrée a été effective le 16 Septembre 2019. A l’en croire, la rentrée n’a été effective que théoriquement le 16 Septembre. S’appuyant sur les réformes introduites, cette année, dans le système éducatif, ces hommes de la craie croient qu’elles seront, sans nul doute, suicidaires pour l’école béninoise si rien n’est fait en urgence par les autorités au plus haut niveau.

Des réformes à polémiques dans le sous-secteur du Primaire …

« Nous avons noté beaucoup de dysfonctionnements à la Maternelle et au Primaire», renseigne Maxime Agossou-vè avant de mettre à nu ces réformes qui, selon lui, tuent l’école. « Les classes jumelées, les classes juxtaposées, multigrades, comment est-ce que cela s’applique ? Les gens viennent à l’école, ils ne font rien. Les classes sont à 120 élèves, voire 150. Mieux, les enseignants ne sont pas formés à gérer les classes dans ces conditions. L’autre chose, c’est la question des aspirants. Il y a certains aspirants qui travaillaient dans les écoles privées. Mais quand ils ont réussi à l’évaluation, les promoteurs des écoles les ont renvoyés et malheureusement ils ne se retrouvent ni dans le privé ni dans le public. Ceux qui ont réussi à l’évaluation, on a dit qu’il y aura un plan de formation pour eux. Jusqu’à présent rien, et on dit qu’ils sont fonctionnaires de l’Etat, comment cela peut se faire ? Ceux qui n’ont pas réussi ont demandé à voir leurs copies, mais le DOB dit qu’il faudra payer 15.000 francs CFA d’abord. C’est un peu difficile, on ne peut pas l’apprécier en bien. Il y a aussi la gestion des subventions par les directeurs. On nous a dit qu’ils seront formés pour mieux gérer ces fonds, mais rien n’est fait jusqu’ aujourd’hui. Tout cela constitue un dysfonctionnement qui ne dit pas son nom », a dénoncé Maxime Agossou-Vè, Vice-Président du Conseil Sectoriel pour le Dialogue Social du MEMP.

Aux dysfonctionnements soulevés dans le Secondaire …

La question des aspirants semble être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase, à en croire Alexandre Adjinan. « Des gens qui ont déjà fait 08 ans, voire 10 ans d’enseignement, le gouvernement décide de les appeler Aspirants, moi je n’ai pas compris. Cela veut dire qu’ils ne sont pas encore des enseignants alors que dans leur rang, il y en a qui ont eu le CAPES, le BAPES, la Licence, la Maitrise et ils enseignaient depuis des années », a tenté d’expliquer le syndicaliste avant de poursuivre : « on ne peut pas faire une évaluation et dire qu’à l’issue de cela, ceux qui sont retenus, sont les compétents alors que dans le lot, il y a des gens qui sont sortis fraîchement de l’université et qui n’ont jamais été en situation de classe. Dans le même temps, il y a des professeurs certifiés qui ont des années d’expériences, mais qui ont été laissés sur les carreaux parce qu’on ne les a pas déclarés admis à l’issue de l’évaluation. Mais quelle qualité voulons-nous pour l’éducation ? ». L’autre chose qui fâche les enseignants est la répartition des aspirants. «On a demandé aux intéressés de composer dans le département de leur choix, mais pour faire la répartition à l’issue des résultats, on les a considérés comme des agents de l’Etat et on les a mutés partout sur toute l’étendue du territoire national. Des gens ont composé dans l’Atlantique et se retrouvent au nord, dans les Collines, le Zou et d’autres sont envoyés dans le Borgou. On les a répartis au plan national, alors qu’ils n’ont plus de salaire depuis des mois. Nous sommes contre cette façon de les répartir », a déploré, à son tour, le syndicaliste avant d’aborder un autre pan de la question. « Les enseignants étaient payés à 1.500 francs l’heure par le passé. Maintenant, on a décidé de leur payer un salaire mensuel que le gouvernement a défini lui-même et ce qui gêne encore, c’est que cela veut dire qu’ils n’ont pas droit aux congés. Mais si on décide de leur payer 9 mois, c’est à croire qu’on n’est pas en train de leur signer un contrat, parce qu’on a parlé d’un contrat renouvelable une fois. Mais si tel est le cas, pourquoi payer les gens sur 09 mois ? C’est doublement pénaliser les camarades. Lorsqu’on fait le point, s’ils sont payés à 1.500 francs l’heure, ils avaient la possibilité d’avoir 09 heures dans au moins trois collèges publics. Ce qu’ils gagnent, c’est plus que ce qu’on va leur payer maintenant. Si le gouvernement ne paie pas les 12 mois, c’est mauvais », a-t-il fait observer tout en soulignant aussi la question de pénurie, de nominations, etc. Face à ces réalités qui minent le système, que faire ?

Le prix à payer pour une année scolaire apaisée, selon les partenaires sociaux

A l’unanimité, les deux syndicalistes renseignent que l’absence de grèves n’est pas synonyme d’une année apaisée. « L’année apaisée dépend de tous les acteurs. Ce n’est pas parce qu’une année est allée à terme qu’elle est apaisée », a éclairé Maxime Agossou-Vè. « L’absence de grève n’est pas une année apaisée. L’enseignant peut être à l’école du lundi au lundi sans donner de bons résultats, s’il n’est pas motivé », a ajouté Alexandre Adjinan. Que faut-il faire alors pour assurer une bonne éducation aux enfants et espérer de bons résultats à la fin de cette année ? A cette question, Maxime Agossou-Vè répond : « la solution est simple. Le recrutement d’enseignants avec un plan d’urgence. Quand il y a plan d’urgence, il n’y a pas à dire qu’il n’y a pas de moyens. Je demande au gouvernement de faire des efforts et d’appliquer un plan d’urgence pour le recrutement massif des enseignants au niveau de la Maternelle, du Primaire et pourquoi pas au niveau du Secondaire », a-t-il souhaité. Pour la doléance du syndicaliste Alexandre Adjinan,« c’est que le gouvernement fasse tout pour qu’on puisse payer aux collègues 12 mois de salaire et qu’on puisse allouer à ceux qu’on n’a pas maintenu dans leur département, des primes de voyage et d’installation. Aucune catégorie d’enseignants n’est motivée. Donc, c’est une mort silencieuse de l’école qui est programmée. Le gouvernement doit prendre la mesure de la situation et régler les problèmes le plus tôt possible et la situation des aspirants me préoccupe à plus d’un titre », a conseillé le syndicaliste.

Estelle DJIGRI

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