Encadrement et accompagnement des apprenants en période scolaire : Le diktat des répétiteurs de maison

 

L’école béninoise s’éveille avec son cortège d’épreuves, de contraintes tous azimuts et d’impositions qui laissent croire à un véritable diktat. En effet, la rentrée scolaire du 16 septembre 2019 a été effective un peu partout sur le territoire en dépit de quelques légèretés arrimées, entre autres, à la pénurie d’enseignants qui progressivement, se jugulent. Idem pour les cours et autres notions de base qui ont commencé sur des chapeaux de roue dans bien des salles de classes.

Du côté des apprenants, la pression éducative monte en crescendo avec les pages de leçons à mémoriser, des exercices et recherches à faire pour chanter la même symphonie que l’enseignant ou le professeur exigeant. Car l’apprenant récalcitrant et irrespectueux est stigmatisé et traité comme tel. Les parents, accros du succès sans entorse de leurs progénitures, se livrant à toute sorte de sacrifices, sont favorables à tout type de négociations voire compromissions pour sublimer leurs enfants du gain de la réussite. Outre les frais d’inscription imposés par endroits associés à la contribution scolaire dégammée et sans appel ; les fournitures scolaires de plusieurs variantes, les uniformes classiques ou décidés, les documentations dédiées à la recherche personnelle à la maison, le petit-déjeuner, le déjeuner voire le goûter pour assurer l’équilibre alimentaire de l’enfant, les parents, de plus en plus, doivent se résoudre à solliciter l’encadrement d’un maître ou d’une maîtresse de maison communément appelé ‘’répétiteur de maison’’. Ces hommes et femmes, très souvent de jeunes étudiants ou parfois des enseignants confirmés déjà en position de classes, ont donc l’art de monnayer leurs expertises, leurs connaissances, aidant ainsi l’apprenant en quête de lumière intellectuelle, à mieux cerner les cours, exercices et notions pour améliorer ses performances. En dépit de leurs tares, ils contribuent à ‘’capaciter’’ l’enfant, à l’orienter et à mieux l’éclairer sur sa piste éducative même si, parfois ou toutes les fois, la pédagogie recommandée du professionnel leur fait défaut. Pour leur apport majeur dans l’encadrement et l’accompagnement des apprenants, ils sont, de nos jours, presque dans toutes les maisons, majorant ainsi leur cote. Les répétiteurs de maison ont réussi à s’imposer aux familles, aux parents d’élèves qui, visiblement, n’arrivent plus à s’en passer. Et comme dans un système commercial de demande plus forte que l’offre, alors ils jouent également à fond le jeu sous le prisme du diktat pécuniaire, financier. En l’absence de toute norme, ils fixent des prix par matière qui arrachent le sourire pour des jours. Tenez, pour la fille chérie de mon frère ami en classe de 1ère C, le fichu répétiteur des sciences mathématiques, s’arroge, à lui seul, soixante dix mille (70.000) francs Cfa le mois. Idem pour le répétiteur des sciences physiques qui se fait gratifier la riche enveloppe de soixante dix mille (70.000) à chaque fin du mois. Il surclasse alors un aide-soignant de l’Etat, du grade D3-04. Pour un autre apprenant, admis cette année pour la classe de 1ère D, le mathématicien maison sollicite quarante mille (40.000) francs Cfa. Celui en charge des sciences physiques a fini par accoster à un montant de trente-cinq mille (35.000) francs Cfa, après une longue plaidoirie familiale des géniteurs. L’estocade est portée par le jeune recru de la maison, chargé de distiller les notions des sciences de la vie et de la terre (Svt). Il porte la barre, sans vergogne, à soixante mille (60.000) francs Cfa, prétextant que l’apprenant à encadrer fait la série D avec comme matière principale les Svt. Il s’agit là d’un récit tout frais et réel qui est loin d’être évacué. Les parents et ce répétiteur de Svt peinent encore à trouver le juste milieu pendant que le cahier de TP (Travaux Pratiques) de l’enfant gagne en densité de cours. Faut-il pleurer, faut-il résister ou faut-il fléchir, en donnant raison au diktat financier des répétiteurs ? La question demeure préoccupante et se généralise, de plus en plus, surtout avec cette nouvelle année scolaire qui rime avec la précarité et l’amincissement des ressources financières partout ailleurs. Quelle formule évidente donc et moins contraignante pour assurer l’encadrement et l’accompagnement des apprenants ? Pour l’heure, les parents sont bien coincés entre l’étau et l’enclume et seuls les jours à venir vont nous édifier.

Serge David ZOUEME

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