Tandem école-maison dans la réussite scolaire des enfants : L’approche holistique : l’indispensable solution

Indubitablement, la réussite est ce qu’on attend d’un élève ou apprenant inscrit dans un lieu du savoir.

L’école par excellence est cet espace qui forge les esprits vers cet exploit recherché. Mais à côté des enseignants, quel doit être le degré d’implication des parents pour assurer à l’enfant une réussite scolaire élogieuse ? C’est la question que Educ’Action a essayé de poser aux différents acteurs du système éducatif au Bénin. Eléments de réponse dans ce dossier de la semaine.

 Mercredi 17 Juillet 2019, il est onze heures cinq minutes. Alors qu’on le croyait en vacances, Il était bel et bien présent dans son bureau. Une grappe de personnes, en l’occurrence des parents d’élèves debout à sa porte pour diverses préoccupations justifie la raison de sa présence en ce lieu. Mathias Laly, de teint noir d’ébène, taille moyenne et d’une corpulence mince est le censeur du Collège d’Enseignement Général (CEG) Tchonvi. Cet établissement dont les premiers murs de sa clôture tardent à sortir du sol est situé dans la commune de Sèmè-Podji. A bâtons rompus, dans un langage on ne peut plus clair et teinté de solennité, le censeur Laly lâche ses impressions sur la question. « Je trouve que c’est très important le tandem école-maison, parce qu’il est indispensable pour les parents de suivre leurs enfants. Ce suivi ne se limite pas seulement à la maison, mais de la maison à l’école et de l’école à la maison », a déclaré le censeur d’un air sérieux. Poursuivant son raisonnement, il martèle que l’enfant peut être corrompu par son environnement. Alors dira-t-il, les parents doivent veiller au quotidien, en s’assurant que l’enfant qui quitte la maison se rend effectivement à l’école et idem après les cours. Le censeur du CEG Tchonvi n’entend pas cautionner cette négligence de certains parents, qui, selon lui, est de la pure ignorance. Ce dernier conseille aux parents la primordialité de s’enquérir des informations sur la régularité de l’enfant au cours, sur sa conduite à l’école, ses notes et surtout du choix des séries. Le parent qui déroge à ce devoir serait responsable de l’échec scolaire de sa progéniture. Les géniteurs, qui, pour des raisons, généralement d’ordre professionnel, n’ont jamais le temps de se consacrer au suivi scolaire de leurs enfants, courent des risques préjudiciables à la réussite de l’élève. Mathias Laly dénonce ce comportement rébarbatif, qui du coup, portera atteinte à la vie scolaire de l’enfant. Toutefois, pour des parents à qui le temps fait honnêtement défaut, il propose un palliatif en citant certains parents en exemple. «Il y a des parents qui sont affectés à Parakou et dont les enfants sont inscrits ici au CEG Tchonvi. Mais depuis Parakou, ils nous appellent et nous leur donnons le retour au fur et à mesure sur l’évolution scolaire de leurs enfants », a renseigné cet enseignant de la langue anglaise. Il reconnaît par ailleurs que le tandem école-maison n’est pas un axe unidirectionnel. En tant qu’enseignant, lorsqu’il constate la baisse de performance chez un apprenant, il n’hésite pas à se rapprocher de ses parents. Ceci dans le but de remédier à la situation pour que le relèvement du niveau scolaire dudit élève soit effectif, a témoigné le censeur.

De l’avis d’un enseignant du primaire …

Nous sommes le samedi 27 Juillet 2019 au quartier Ayitchédji à Abomey-Calavi. Dans la cour d’une école, un homme se présente à nous : « on m’appelle Bernardin Daga, je suis le fondateur et directeur de l’Ecole Primaire Privée ‘‘Dieu de Victoire’’ à Abomey-Calavi ». C’est par cette présentation que l’homme tout de costume vêtu, assorti de cravate, nous installe sur le boulevard qui fait le trait d’union entre le lieu du savoir et la famille. Tandem Ecole-maison, après avoir approuvé le concept, le fondé donne ses impressions. « Sans les parents, l’école ne peut pas avancer et sans les enseignants aussi, rien ne peut aller », a-t-il affirmé. Pour illustrer son affirmation, il soutient qu’il va falloir que les parents et les enseignants se donnent la main pour l’évolution des enfants et pour le développement du Bénin. Le fondé de l’EPP ‘‘Dieu de Victoire’’ va plus loin et suggère aux parents de visiter l’école au moins deux fois dans le mois. Ceci, dans le but de renseigner les enseignants sur un constat négatif ou positif par rapport à leurs enfants. Cet enseignant pétri d’expériences éducatives capitalisées au bout de vingt-cinq (25) ans de carrière, nous renseigne sur les causes de la réticence qu’affichent certains parents à se rendre dans les lieux du savoir de leurs enfants. Si le censeur du CEG Tchonvi a eu à évoquer l’ignorance de certains parents, Bernardin Daga met l’accent sur d’autres pans de la situation. Il les résume en trois (3) facteurs à savoir le problème économique où la non solvabilité des frais de scolarité des enfants qui fait éloigner les parents, le problème de divorce entre papa et maman conduisant à l’abandon des rôles et enfin, la famille polygamique où papa devient ce nomade qui doit faire le tour de plusieurs foyers pour y passer des jours. Il déplore les larmes aux yeux, le cas de ces nombreux enfants dont la régularité même du petit-déjeuner pose d’énormes difficultés. Tant que les problèmes vont demeurer dans les familles, le tandem va souffrir et c’est l’enfant, voire la société qui en payera le prix.

Quid de l’avis d’un enseignant du Supérieur…

Toujours à Abomey-Calavi, quelques jours avant l’entretien avec le directeur Daga, une dame s’est confiée à nous. Au troisième étage d’un impressionnant immeuble érigé aux encablures du carrefour Bidossessi, cette angélique figure féminine nous accueille dans un somptueux bureau glacial, alimenté par la machine à production de la fraîcheur artificielle. Docteure Débora Hounkpè, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est l’une des fines fleurs de l’intelligentsia béninoise dont le nom reste gravé en lettres d’or dans les annales de l’Université de Liège en Belgique. Enseignante-Chercheure, Dr Débora Hounkpè administre des cours en Sciences Psychologiques et de l’Education à l’Université d’Abomey-Calavi. Très sollicitée par les Organisations Non Gouvernementales (ONG) à vocation éducative, c’est avec grand intérêt et sans complaisance aucune, qu’elle a accepté de se prononcer sur le sujet : « Nous sommes dans ce que nous appelons en Sciences de l’éducation,’’ les relations école-famille’’, étant donné que le dénominateur commun de cette relation, c’est l’enfant. C’est son devenir, alors chaque institution, que ce soit l’école, que ce soit la famille, a un rôle à jouer. Mais l’une ne peut jouer son rôle sans l’autre. Malheureusement, de plus en plus, on pense que lorsque l’enfant est envoyé à l’école, dans ce contexte de prolifération d’écoles privées, on pense qu’on a déjà trop dépensé. Les gros sous résolvent tous les problèmes. C’est ce que les parents pensent et quand il y a échec, ils viennent insulter les directeurs, se battre avec l’administration. J’ai été plusieurs fois témoin de pareilles scènes. On est dans un système et le travail est systémique. Donc, ce n’est pas seulement deux (2) acteurs ». Cette séquence de propos n’est qu’une infirme portion de la montagneuse moisson recueillie auprès de la psychologue en éducation. Cela témoigne de la dimension, combien immense et observée à perte de vue qu’occupe le tandem Ecole-maison dans la réussite scolaire de l’enfant. C’est pourquoi, selon elle, l’approche holistique reste un concept à vulgariser et à soutenir.

L’approche holistique en question …

Selon les explications fournies par cette technicienne universitaire, la réussite du tandem Ecole-maison est indispensable pour le bonheur non seulement de l’enfant, mais de toute la société. C’est pourquoi, martèle-t-elle, au-delà des parents et enseignants, il faut prendre en compte toute la communauté. L’école doit fréquenter la communauté et la communauté aussi doit faire de même. Alors, il s’avère indéniable d’associer les leaders d’opinion, les chefs religieux et même les mères de familles. Dans un langage limpide et clair, Dr Hounkpè explique : «partout où il y a eu des projets dans notre pays au Bénin qui ont réussi à 100%, c’est parce que ces projets ont été installés dans l’esprit et la conscience collective que la communauté à la base doit être amie de l’école et fréquenter l’école. C’est cela qu’on appelle l’approche holistique. C’est-à-dire que l’école est ouverte aux parents. C’est très important ». Il n’est pas à exclure que la réussite scolaire de l’enfant dépend en amont des lois d’orientation votées par l’Etat et des curricula élaborés au profit de l’éducation, a renseigné l’enseignante.

Parents par accident …

Rebondissant sur le rôle et la responsabilité qui incombent aux parents, elle fait comprendre que c’est un métier qu’il faut savoir exercer. Mais malheureusement, constate-t-elle avec amertume, beaucoup de parents le sont par accident et c’est ce qui explique la fuite de responsabilité au niveau de certains parents. Toutefois, Docteure Hounkpè exhorte l’école à faire les choses de manière à ne pas écorcher les parents parce que si l’école agresse les parents par les messages qu’on envoie à la maison, ces derniers peuvent ne pas se sentir concernés. Elle recommande donc que l’école montre l’importance de la fréquentation mutuelle. Pour conclure, la Psychoéducatrice affirme que pour la réussite étincelante de l’apprenant, il faut parler aux communautés pour que les enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes quand ils rentrent. Il faut les prendre en charge et ne pas penser que l’école a déjà tout fait. Selon Docteure Hounkpè, un être, c’est tout un ensemble et il importe que chaque parent s’investisse à constater la présence des éléments constituants cet ensemble dans la vie de son enfant.

Les attentes des parents de l’école …

Au crépuscule du lundi 22 juillet 2019, un ciel d’azur partiellement assombri par des nuages laisse transparaître quelques scintillantes étoiles. Nous sommes au quartier Sainte-Cécile, à Cotonou dans la ruelle en face du centre de santé public. Après cinquante (50) pas de marche, nous voici devant un portail de couleur grise. Après avoir toqué deux (2) fois de suite le portail, un homme aux allures élégantes, teint noir, des yeux protégés par des lunettes, répond et nous ouvre aussitôt. Noah Agbaffa-Padonou, c’est de lui qu’il s’agit. Certains de ses enfants font déjà des études universitaires. Précédemment secrétaire au sein du bureau de l’Association des Parents d’Elèves au CEG du Lac à Cotonou, il se confie à nous et dit sans ambages ce que les parents veulent de l’école : « Je demanderais aux enseignants d’être ouverts. Enseignants, lorsque vous constatez que l’enfant ne travaille pas, demandez lui de vous appeler ses parents pour que vous communiquiez aussi avec eux. C’est aussi important. Lorsque le papa ne fait pas son devoir, lorsque la maman ne fait pas son devoir, il revient à l’enseignant de le lui rappeler, en lui envoyant régulièrement des commissions, pour que ces derniers se mettent en relation avec eux ». C’est le vœu formulé avec déférence par ce parent d’élève à l’endroit des enseignants. De même, il attire leur attention sur l’aspect sacerdotal de cette profession qu’est l’enseignement. Soutenant ses propos, Noah Agbaffa-Padonou fait entendre que l’enseignant ne doit pas donner l’impression de quelqu’un qui vient seulement ‘‘jeter’’ des cours, car non seulement il éduque le corps, mais aussi l’esprit de l’enfant. C’est pourquoi, insiste-t-il, pour éduquer un esprit, il faut être ouvert. Pour ce parent d’élève bien averti des questions en lien avec l’éducation, il pense qu’il ne faut pas seulement approcher les parents pour la faible performance de l’enfant. Au micro de Educ’Action, il poursuit en ces termes : « Généralement, les enseignants n’appellent pas les parents d’un enfant qui excelle en classe. Je pense que pour un enfant dont le rendement est même très élogieux, c’est le moment aussi d’appeler les parents et de les féliciter. Cela y va du devoir de l’enseignant et de la consolidation du tandem école-maison ».Toutefois, il n’ignore pas la part qui revient aux parents.

La part de responsabilité des parents …

« L’éducation ce n’est pas que pour l’enseignant, c’est aussi du devoir des parents », a expressément lâché Noah Agbaffa-Padonou. Cet aveu fait, il soutient que c’est une obligation pour les parents de se rapprocher des enseignants. Car, dira-t-il, tout parent doit se donner du plaisir à s’enquérir des informations sur l’évolution scolaire de son enfant. En se rendant dans son lieu d’acquisition du savoir, le parent doit prendre connaissance de comment travaille son enfant, sa conduite et ses notes de devoir. Aussi, de pouvoir discuter avec ses éducateurs des éventuels talents outre scolaires qui sommeillent en eux. Avec conviction, le spécialiste des TIC affirme, parlant de lui-même, qu’il est presqu’au quotidien dans l’école de ses enfants. Il ne peut d’ailleurs en être autrement quand il témoigne que c’est lui-même qui les y dépose. D’un ton véhément, il demande à tout parent d’élève de se rendre tout au moins une (1) fois par trimestre dans les écoles où sont inscrits leurs enfants. Ceci pour éviter que l’éducation de l’enfant ne soit corrompue par celle des rues venant des autres acteurs que constituent ses camarades. Il est aussi du ressort des parents et des enseignants d’orienter les enfants vers les activités parascolaires en harmonie avec leurs compétences et talents.

Relation parents-enfants et activités parascolaires …

Unanimement, parents et enseignants de diverses catégories reconnaissent que la vie d’un élève ou d’un étudiant n’est pas que les études. C’est aussi savoir préparer, c’est aussi savoir faire la lessive et bien d’autres choses à la maison. L’importance donc des travaux domestiques dans la vie d’un enfant n’est plus à démontrer, car sa vie future y dépend. Mais il faut savoir organiser les choses, savoir planifier le temps pour que les travaux domestiques n’empêchent pas l’enfant d’étudier. Toutefois, il est à retenir, selon les propos de la psychoéducatrice, que la réussite de l’enfant ne constitue pas à le taper quand il fait mal ou à le porter en triomphe et à crier bravo lorsque tout est bien. Mais ce qui urge et s’avère indispensable à cultiver chez l’enfant, ce sont ses émotions réelles, son intelligence émotionnelle, a-t-elle fait savoir. Aussi, les intervenants accordent leur violon sur le divertissement qui contribue au bien-être et au développement mental des enfants. Alors, il est conseillé aux enfants, les activités sportives, la danse, les documentaires, les débats télévisés ou radiodiffusés, la lecture, le théâtre, etc., selon les aptitudes qu’incarne chaque enfant. Autrement dit, toutes les activités parascolaires non dépravantes en arrimage aux études de l’enfant pourront impulser sa réussite scolaire.

Jules A. LOKO (Stg)

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