L’année scolaire 2018-2019 vue par Marcel Dossou, SG Adjoint à l’éducation ouvrière de la CSA-Bénin

"Nous aurons une année de travail, pas une année perturbée"

Deux semaines de consommer déjà pour les apprenants et enseignants pour le compte de l’année scolaire 2018-2019. Pour les parents d’élèves, la préoccupation majeure est de pouvoir espérer que cette nouvelle année scolaire puisse se dérouler sans anicroches et loin des débrayages.

Le Secrétaire général du Syndicat Force Educative de l’enseignement secondaire et secrétaire adjoint à l’éducation ouvrière de la Confédération des Syndicats Autonomes du Bénin (CSA-Bénin), Marcel Dossou, a renseigné sur les points de la dernière rencontre Gouvernement-Syndicats. Favorable à une année scolaire sans troubles, il se livre à travers cette interview qu’il a bien voulue accorder au journal Educ’Action.

Educ’Action : Elèves et enseignants ont renoué avec les classes depuis le 17 septembre 2018, ce qui n’était pas gagné d’avance en raison des revendications encore sur tapis. Peut-on alors comprendre que la rencontre d’avant rentrée entre Gouvernement-syndicats a été prolifique ?

Marcel Dossou : C’est vrai qu’à la veille de la rentrée, une séance spéciale de négociations a été convoquée entre les Confédérations et le Gouvernement. Cela veut dire que certainement, le Gouvernement se préoccupe de la question de l’éducation, parce que vous savez que nous avons eu une année très mouvementée et cela a permis d’aller vers quelques points, même si ce n’est pas encore ce que les enseignants souhaitent aujourd’hui. Nous avons eu quelques petites satisfactions sur certaines primes qu’on réclamait. A propos des primes, différents décrets ont été signés mais ce n’est pas encore ce qu’on voulait. Mais lorsque tu veux trois choses et que l’on te donne une, en tant qu’enseignant et éducateur, tu dois prendre d’abord et continuer de dire à ton patron que ce n’est pas encore ça, mais je prends par respect. C’est ce que nous sommes en train de faire et l’année scolaire a démarré. Chacun se préoccupe aujourd’hui des apprenants.

Les parents d’élèves peuvent-ils alors toucher du doigt et espérer une année scolaire sans débrayages ?

A priori, on ne peut pas décréter une paix. La paix se négocie, cela ne se décrète pas. Nous, nous sommes dans cette logique d’avoir une année paisible, une année bien calme, une année de travail surtout. Donc, les acteurs doivent se dire que tant que nous continuerons à négocier avec le Gouvernement et que le Gouvernement sera proactif comme cela a commencé à la rentrée, je crois que l’année ne pourra pas être bousculée. Ce sera une année scolaire spéciale parce que nous sommes dans une année de transition. La grève est devenue un peu la règle et une année apaisée l’exception. Mais aujourd’hui, il faut qu’on ait le contraire. Une année apaisée devrait être la règle et l’exception serait la grève. Nous, nous sommes déjà dans l’exception. Si des acteurs remarquent des grèves, cela veut dire qu’il faut aller interroger alors le Gouvernement. En tout cas, le tir ne viendra pas de notre côté. Nous, nous sommes déjà dans cette logique. Le travail et rien que le travail cette année pour démontrer au Gouvernement qu’il y a de bons enseignants et que ce n’est pas ce qu’on raconte sur des ondes des radios et des télévisions.

Justement les grèves, vous en parliez, elles sont réglementées ; c’est dix (10) jours par an que le législateur confère désormais ?

A la CSA-Bénin, la manière dont les grèves se faisaient ne nous agréait pas trop. Cela n’a jamais eu notre assentiment. C’est parce qu’il arrive des moments où on est obligé de faire ce que les gens font, en nous mettant dans la danse. Mais, laissez-moi vous dire que dix (10) jours, c’est beaucoup, c’est déjà trop pour tuer tout un système. Une journée de grève, c’est déjà quelque chose de gagner. Puisque la grève n’a pas été suspendue et arrachée aux enseignants, c’est déjà une victoire. Lorsque les gens pensent que c’est une manière de nous contraindre à ne pas aller en grève, je dis non. Nous avons toutes les stratégies et je peux vous dire qu’il suffit juste de deux (02) heures de manifestations bien structurées, bien organisées pour qu’un gouvernement bascule. Donc dix jours, vous voyez déjà que c’est la catastrophe. Que personne ne pense qu’on nous contraint à ne plus faire de grèves, c’est faux. Lorsque le Gouvernement va exagérer, vous allez voir que nous allons utiliser les dix jours mais pour faire mal. Mais en faisant mal, ce que nous, nous pensons à la CSA-Bénin, c’est que nous ne faisons pas mal à un Gouvernement, mais nous faisons mal aux pauvres parce que les gouvernants n’auront jamais, certainement jamais leurs enfants dans nos écoles publiques, parce qu’ils connaissent ce qui s’y passe. Nous avons déjà réfléchi à comment bloquer le système sans fait du mal à la population. C’est ce à quoi nous sommes en train d’aller aujourd’hui, pas pour faire mal aux pauvres populations et laisser les gouvernants gloser. Mais dix jours, c’est beaucoup pour nous à la CSA-Bénin. Il suffit de bien s’organiser, d’adopter des stratégies et vous allez voir ce qui va se passer.

Quels sont les points de revendication qui n’ont pas encore été vidés ?

Nous avons souhaité que les différentes primes soient logées au niveau de deux (02) arrêtés et non les six (06) arrêtés qui étaient querellés. Mais le Gouvernement a voulu tout satisfaire, pas de façon normale. C’est un peu du saupoudrage. Il faut le reconnaître parce que la prime d’habillement, la prime de craie, la prime de documentation, ce sont des montants insignifiants. Mais, connaissant un peu déjà la situation difficile que traverse notre pays, nous ne sommes pas les seuls Béninois, nous sommes obligés de nous conformer à cela et d’attendre que la situation s’améliore pour que nous puissions avoir gain de cause. Je crois que c’est dans ce sens que nous avons accepté avec tous nos militants de commencer sans problème. Ces primes ne constituent plus notre préoccupation. Cette année, nous en avons surtout fait à la CSA-Bénin, celle de défi. Défi en ce sens que nous devons titiller un peu les résultats que nous voyons dans les écoles privées. Si les écoles privées arrivent à faire 80% voire 100%, pourquoi pas l’école publique où il y a plus de compétences, plus de moyens mis à notre disposition ? C’est un paradoxe et c’est ce paradoxe que nous voulons démonter à nos gouvernants que nous sommes bons, nous sommes compétents, nous sommes de bons enseignants. Ce n’est pas ce qu’on raconte sur les radios, les télévisions. L’enseignant du public est bon, compétent et nous allons le démontrer cette année. C’est un défi.

Un message pour conclure cet entretien ?

Tous les acteurs doivent savoir que le système éducatif est un secteur très essentiel pour le développement. Lorsque vous investissez dans l’enseignement, dans l’éducation, vous avez en retour le développement. Mais lorsque vous laissez tomber votre système éducatif, c’est tout le pays qui bascule. Aujourd’hui, tous les problèmes que nous avons dans ce pays proviennent de notre système éducatif qu’il faut revoir. Aujourd’hui, nous sommes à la revue de l’éducation pour valider la nouvelle architecture proposée et voir un peu comment orienter les choses. Il faut changer les choses et j’ai bon espoir qu’avec le Gouvernement de la rupture, on ira rapidement dans ce sens pour le développement du pays. Tous les acteurs doivent être confiants que nous aurons une année de travail et pas une année perturbée comme les autres années.

Propos recueillis par Edouard KATCHIKPE

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