Désamour des jeunes scolarisés pour la lecture : Les TICs et les thèmes développés dans les livres comme principales causes

La lecture est devenue, de nos jours, une perte de temps pour une frange de jeunes et ennuyeuse pour d’autres. Ainsi, à l’écrit comme au parler, des jeunes pourtant élèves ou étudiants, laissent aisément glisser des coquilles qui remettent en cause la qualité de leur expression.

Jadis quartier latin de l’Afrique, le Bénin serait-il devenu quartier latrine de l’Afrique ? Dans ce mini dossier, Educ’Action a cherché à connaître les raisons qui justifient le désintéressement des jeunes béninois scolarisés à la lecture. Lisez plutôt !

«…Il est une malheureuse réalité que nous ne lisons pas assez ou n’avons pas la culture de la lecture en Afrique de l’Ouest francophone ». Ainsi s’exprimait Alban Djossou, représentant de l’imprimerie Nouvelle Presse Industries Graphique le jeudi 13 juillet 2017 au détour des rencontres professionnelles des éditeurs ouest-africains pour relancer le débat sur le désamour des jeunes et adultes pour la lecture en Afrique francophone. C’est un constat qui se fait remarquer plus au niveau de la couche juvénile, où la lecture des livres est devenue une perte de temps et même fastidieuse. Néanmoins, une minorité de la couche juvénile adore bouquiner, fait-il observer. En effet, Il sonnait 10heures 50 minutes quand l’équipe de reportage de Educ’Action a fait une descente dans les locaux de la bibliothèque de Jean PLIYA, site de Gbégamey qui jouxte la Circonscription Scolaire Cotonou-Gbégamey. A première vue, on remarque la présence de sept lecteurs dont quatre adultes qui somnolent avec leurs bouquins ouverts. La majorité des sièges sont vides. L’autre côté destiné aux adolescents se trouvent les tout-petits qui font semblant de lire. Avec soin et détermination, la bibliothécaire debout sur une chaise s’affairait à dépoussiérer les livres. « La lecture est une passion pour moi, elle permet de découvrir les réalités des autres communautés », a affirmé brièvement Yessil Adam, un lecteur rencontré sur les lieux. Pour Gildas Abalo Dansou, étudiant en année de licence en philosophie à l’UAC, son amour pour la lecture réside dans la découverte et l’apprentissage de nouveaux mots et de nouvelles expressions. Tenant compte du recoupement des propos, il se dégage que les jeunes ont un amour pour la lecture, mais, le constat est effarent et montre le désintéressement de la couche juvénile à la lecture avec en fond de toile les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication(NTIC) et la démission des parents.

Des NTIC à la démission des parents ...

Si la jeunesse ne s’adonne plus tellement à la lecture des bouquins, c’est en raison de l’avènement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication et du manque de suivi des parents. « La mauvaise orientation des parents en ce qui concerne l’encadrement des enfants a contribué à ce constat, même si nous voyons l’avènement des réseaux sociaux, il y a toujours sa source au niveau de la démission des parents », a laissé entendre Narcisse Nouklé, écrivain et éditeur. Il poursuit que le problème ne date pas d’aujourd’hui et que certains parents d’élèves ne s’intéressent pas à la lecture d’où l’actuel désamour au niveau des jeunes. Dans ces envolées explicatives, le Directeur Général de Milca Editions pointe du doigt accusateur le fait que beaucoup se disent affamés et ne peuvent pas prendre l’argent pour acheter des livres pour lecture. Eric Azanney, journaliste culturel renchérit en ces termes : « l’engouement vers le livre n’est pas le même que celui vers la télévision, les films, la musique et de plus en plus les réseaux sociaux. Au sein de la jeunesse, ces hobbies rencontrent plus facilement l’adhésion des jeunes et livrent ainsi une concurrence déloyale au livre. La raison peut être le temps de concentration que ces hobbies-là requièrent ou encore l’aspect distraction qui est plus facilement palpable par rapport au livre ». Le manque de lecture des jeunes ne trouve pas ses raisons dans la faible promotion des livres et des thèmes développés dans ces livres au grand dam des sonorités musicales ?

De la faible promotion des livres aux thèmes développés …

La négligence des jeunes pour la lecture ne relève pas seulement du ressort des réseaux sociaux. Le tort revient également à la politique nationale faite autour du livre et des thèmes développés par les auteurs dans ces livres. « Il y a aussi l’accès au livre qui n’est pas particulièrement favorisé pour permettre le bon rapport entre le livre et les jeunes. C’est-à-dire quelle politique nationale de promotion du livre est mise en place ? Quand un artiste chanteur sort un album ou un single, on communique autour pour quelques jours plus tard, le morceau se retrouve sur toutes les lèvres. Combien de fois a-t-on fait un spot publicitaire sur des livres parus, par exemple », s’est interrogé Eric Azanney, directeur de aweleafrik.com pour souligner le défaut lié à la promotion des livres. Pour illustrer son propos, le chroniqueur littéraire et membre fondateur de Collectif de Jeunes Pour l’Eveil de la littérature au Bénin (CoJePEL-Bénin) témoigne : « pour avoir fait une expérience en 2009 dans des lycées et collèges du Bénin par le truchement de mon Collectif où on organisait des rencontres avec les écrivains béninois et les élèves, l’enthousiasme des jeunes pour la lecture fut remarquable ». Qu’est-ce qu’on propose à lire aujourd’hui aux jeunes ? Tient-on compte de ce qu’il aurait eu envie de lire ? Enfin, lorsqu’on dit les jeunes ne lisent plus, cela sous-entend que les jeunes lisaient, dans une certaine génération. Si c’est établi que oui, alors y-avait-il à l’époque et avec la même facilité l’accès à certains loisirs comme ceux identifiés plus haut ? Du coup, c’est un peu facile, à mon sens, d’affirmer juste que les jeunes ne lisent plus », se désole Eric Azanney. Néanmoins, il propose que les créateurs considèrent ce que veulent lire les jeunes pour rendre la lecture attractive. Pour corroborer ses dires, le journaliste culturel cite quelques exemples : « Je voudrais donner l’exemple de l’initiative de la collection vanille au Bénin ici même dans les années 2011-2012, si mes souvenirs sont bons. Le livre ‘’ L’amante du chagrin’’ écrit par Florent Couao-Zotti mais signé sous le pseudonyme de Pauline da Costa a été vendu comme de petits pains jusqu’à épuisement d’exemplaires et même sa réédition. Un autre exemple, c’est ce que fait aujourd’hui Laha éditions. Allez dans les collèges et demandez les titres de Amzat Hakim, les élèves vous en citer par dizaine. Donc, si les jeunes sont plus ouverts à lire l’amour, il faut leur proposer les romans à l’eau de rose. S’ils prennent goût par là à la lecture, ils peuvent être spontanément portés après vers des thématiques plus corsés ».

Enock GUIDJIME & Romuald D. LOGBO

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