Perturbation du sommeil chez les apprenants : Dangers aux portes des parents et du système éducatif

La santé n’a pas de prix, dit l’adage. Cela est aussi valable pour le sommeil qui participe grandement du bien-être de l’homme. Cependant, l’avancée technologique de notre époque et les changements rapides de la vie font oublier l’importance du sommeil pour le bien-être de l’organisme. Pendant que le manque de sommeil alimente le Burnout chez les travailleurs constamment stressés par leurs activités professionnelles et le rendement de leurs entreprises, la question se pose en ces termes : qu’en est-il des répercussions d’un mauvais sommeil sur le rendement des apprenants ? Pour répondre à cette interrogation, les sachants du domaine se prononcent au micro du reporter de Educ’Action dans ce reportage.

 

Il est 20 heures, papa est rentré du service. Après sa douche, il est assis au salon devant la télévision, car c’est l’heure du journal. A côté de lui, les deux autres enfants s’affairent, chacun comme il peut. Pendant que le plus grand joue avec le smartphone de maman, le benjamin parcourt son manuel de lecture en regardant les images. Tous sont dans l’attente du repas du soir pendant qu’à la télévision, émissions, plages musicales, feuilletons et publicités s’enchaînent. A la cuisine, maman et sa fille préparent le dîner. Bruits d’ustensiles et de cuisson se mélangent aux « donne-moi ceci ou cela ». Plus d’une heure plus tard, le repas est prêt. Maman a cuisiné de la pâte de maïs accompagné du « Crincrin » avec de beaux morceaux de poisson, en bonne famille béninoise en cette période favorable à la plante aux feuilles gluantes. On passe alors à table et, quinze (15) minutes plus tard, le plat de maman est dans l’estomac de chaque membre de la famille. Le processus de digestion commence alors. Après le dîner, place aux études, même s’il sonnait 21heures 30 minutes. Quelques minutes plus tard, le sommeil ensorcelle déjà les enfants. Le benjamin s’en va dans les bras de Morphée et les plus grands essaient de résister jusqu’après 23heures. Ils ont intérêt à rester éveillés, car papa veut que les leçons soient sues avant d’aller au lit. Quand ils s’endorment finalement, les bruits du voisinage et de la boîte de nuit à côté perturbent le sommeil, mais il faut faire avec. Bref, cette scène de ménage est commune à de nombreux foyers béninois voire même sous d’autres cieux. Elle fait ressortir deux perturbateurs insoupçonnés du sommeil, la lourdeur du repas du soir et les bruits.

Les perturbateurs du sommeil chez l’enfant …

Rencontré à son cabinet, Michel Mèhinto, docteur en psychologie-clinique, affirme qu’il y a beaucoup de perturbateurs du sommeil chez l’enfant. Déroulant cette liste, il commence par l’alimentation des enfants. A l’en croire, « si vous donnez par exemple du thé à votre enfant dans la journée et que vous y mettiez beaucoup de café, vous constaterez que votre enfant sera hyperactif, ce qui va peut-être vous faire plaisir. Mais cette hyperactivité de l’enfant a des répercussions sur sa santé. De plus, vous avez aussi des parents qui vont donner beaucoup de lait à consommer à leurs enfants. Ce qui en retour fera de l’enfant un grand dormeur ». A cela, il ajoute l’impact de l’ambiance familiale due aux disputes parentales qui déséquilibrent l’enfant psychologiquement. Dans le même sens, Constant Marcel Hounmenou, médecin Pédiatre à l’hôpital Béthesda de Cotonou, fait aussi savoir que les outils technologiques modernes, notamment les smartphones et les jeux-vidéos chez les enfants ne participent pas de leur bien-être, car ils agissent sur son sommeil. Pointant du doigt l’addiction à ces objets technologiques, docteur Mèhinto ajoute qu’en plus de tout cela, « il y a aussi des enfants qui ont des pathologies somatiques qui ont des répercussions sur leur état de santé et sur leur sommeil. Ce sont des enfants qui, malgré leur bonne volonté de se coucher à temps, n’arrivent pas à le faire parce qu’ils ont l’insomnie ». Au vue de tous ces freins à l’épanouissement de l’enfant, il est important de lever le voile sur l’importance que revêt le sommeil pour l’enfant d’âge scolaire.

Les parents sont invits dbarrasser tout ce qui peut ventuellement gner le sommeil de lenfant

Les parents sont invités à débarrasser tout ce qui peut éventuellement gêner le sommeil de l’enfant

Aux bienfaits du sommeil pour les apprenants …

A en croire docteur Hounmènou, « le sommeil permet à l’enfant de se reposer et d’assimiler ce qu’il a appris, car une bonne hygiène du sommeil permet de ménager le cerveau. Ainsi, le cerveau peut développer toutes les capacités de la mémoire et de l’intelligence de l’enfant ». Consulté sur la question, le psychologue ajoute que le sommeil contribue à l’équilibre de l’homme. S’il n’y a pas de sommeil, c’est qu’il n’y a pas de vie. Pour cela, le pédiatre insiste sur la nécessité de respecter les heures de sommeil correspondant à chaque catégorie d’âge. Ainsi, il estime que l’enfant en âge scolaire (entre 04 ans et 10 ans) est encore petit et son sommeil tourne autour de 08 heures à 10 heures. « J’insiste sur le sommeil des enfants de la maternelle. Ils doivent dormir à 10 heures, après avoir mangé. Ensuite entre 12heures et 14heures 30 minutes avant de repartir à l’école. Le soir, après avoir mangé, ils doivent dormir », informe Marcel Hounmènou tout en insistant sur le fait qu’on doit laisser l’enfant de la maternelle dormir quand il en a envie. Poursuivant dans ses explications, il a fait savoir que le sommeil de l’adolescent est pratiquement le même que celui de l’adulte. Ils doivent faire l’effort de respecter les 08 heures. Pour une meilleure qualité de sommeil, le docteur a précisé que « de préférence, le sommeil avant minuit est mieux que le sommeil après minuit. L’enfant doit se coucher au plus tard à 21 heures. C’est pour cela qu’il faut éviter les longues heures devant la télévision ». De son côté, Michel Mèhinto n’a pas manqué de catégoriser les différents types de sommeil. Pour rendre sa définition abordable, le praticien de la psychologie indique qu’« on peut classer les états du sommeil en deux catégories. Nous avons le sommeil réparateur ou encore sommeil profond et le sommeil du second état. Le sommeil du second état est ce que les gens appellent communément le ‘’sommeil de chat’’. Dans cet état, vous pouvez vous réveiller lorsqu’on fait quelque chose à côté de vous. Le sommeil profond est assimilé au sommeil réparateur parce que vous dormez profondément au point de rêver. Vous quittez votre état de conscience pour être dans l’inconscient. Lorsque vous arrivez à ce niveau, à votre réveil, vous sentez que tout votre corps a retrouvé l’équilibre qu’il faut pour que vous soyez vous-même ». Que se passe-t-il alors quand les perturbateurs agissent sur la qualité de ce sommeil chez l’apprenant ?

Les dangers d’un mauvais sommeil …

Sur la question, le psychologue n’a pas fait dans la dentelle. En un mot, « les difficultés de sommeil peuvent développer des pathologies chez les enfants ». Entrant dans les détails, il a d’abord abordé les pathologies psychologiques. « Il y a les comportements addictifs où l’enfant ne peut plus se séparer de ce qu’il fait. C’est le cas des jeux-vidéos, des téléphones, etc. Il y a aussi l’hyperactivité. Vous avez alors un enfant qui est agité, qui n’est pas du tout concentré sur lui-même par défaut de sommeil ». Ensuite, le manque de sommeil peut également conduire à la dépression et à l’anxiété, a fait savoir le psychologue en expliquant que l’enfant qui n’a pas de sommeil profond aura aussi une détresse psychologique. « Chaque enfant, par rapport à son type de problème, va développer une forme de pathologie. Certains enfants vont développer des névroses qui vont démarrer par des hallucinations. Dans ce cas par exemple, parfois l’enfant ne fait rien, mais c’est lui qui voit ce que personne ne voit. Cela peut commencer aussi par des sensations. Il peut ressentir la chaleur alors qu’il y a la climatisation ou le ventilateur qui est allumé.Tout cela parce que le corps n’a pas pu trouver son équilibre à cause des sommeils ratés, ce qui entraîne l’enfant dans ce que nous appelons le déséquilibre psychologique », a-t-il renchéri. Abordant à présent les pathologies somatiques à retentissement psychologique, il indique que « l’enfant peut se plaindre de maux de têtes atroces. Lorsqu’on lui donne des médicaments, cela se calme, mais quelques minutes après, cela reprend. C’est dire qu’il y a quelque chose qui perturbe l’enfant et à chaque fois qu’il y pense, cela le replonge dans ces douleurs ». En plus de cela, il y a les maux de ventre, les maux de dents … L’enfant peut aussi développer des symptômes d’ulcère étant accroché à quelque chose. Ne dormant plus bien, l’enfant va se soucier peu de la nourriture alors que manger participe aussi de l’équilibre de son corps », a expliqué Michel Mèhinto. Finalement, on va assister à un déséquilibre total, a-t-il martelé. Après les effets sur la santé de l’apprenant, voyons à présent les conséquences sur le travail scolaire.

Les crans crent une excitation peu propice lendormissement

Les écrans créent une excitation peu propice à l’endormissement

Aux répercussions sur le rendement scolaire …

Première conséquence, le manque d’attention en classe. « L’enfant va manquer d’attention. Quand l’enfant a eu un mauvais sommeil la nuit, il va écouter ce qui se dit en classe sans pour autant comprendre et assimiler. Cela lui fait perdre aussi la mémoire. Par conséquent, son intelligence est perturbée. Il est intelligent, mais les connexions psychiques qu’il doit avoir au niveau de son cerveau pour comprendre et enregistrer les choses afin de réagir sont perturbées », a tenu à éclairer le pédiatre. D’un docteur à un autre, le psychologue fait savoir que les effets de ces pathologies psychologiques et somatiques vont rejaillir sur les performances scolaires en causant des retards, voire même des absences de l’apprenant ou alors du présentéisme par manque d’attention en classe. Poursuivant dans ces envolées explicatives, il conclut que « cela aura également des conséquences au plan économique parce que les parents vont commencer à courir par ici et par là pour le rétablissement de la santé de l’apprenant ». Quel doit être l’attitude des parents en cours d’année scolaire pour prévenir le mal ?

Le rôle des parents et de l’école …

Premier à conseiller les parents d’un ton ferme, Marcel Hounmènou affirme que « les parents doivent faire en sorte que les enfants mangent tôt et se couchent tôt. Il faut aussi une bonne couchette pour l’enfant, il faut éviter tout ce qui peut perturber ses sens comme les bruits et les mauvaises odeurs ». Notamment, il a invité les parents à « être plus rigoureux avec les enfants pour limiter ce qui n’est pas bon pour eux ». Dans la même dynamique, Michel Mèhinto demande aux parents de suivre leurs enfants dans l’organisation de leurs activités quotidiennes. Pour cela, il les invite à se poser les bonnes questions. « Lorsque l’enfant n’est pas en classe, mais qu’il est à la maison, qu’est-ce qu’il doit faire à la maison ? Quel temps vous lui laissez pour faire ses jeux ? A partir de quel moment doit-il finir ses jeux ? Pendant combien de temps doit-il regarder la télévision ? A quel moment sait-il qu’il doit éteindre la télévision pour faire autre chose ? A quelle heure doit-il aller au lit ? Vous l’aidez dans ses activités scolaires jusqu’à quel niveau ? A quelle limite doit-il pouvoir travailler seul ? Quelles sont les fréquentations de votre enfant à l’école ? », a énuméré le psychologue. Afin que cela se fasse pour le bien de l’enfant, le psychologue pense que les parents doivent véritablement s’asseoir avec leurs enfants pour déterminer les limites. De son cabinet de consultation, docteur Mèhinto précise aussi qu’il est important que les parents aident les apprenants à faire la part des choses entre heures d’études, de sommeil et de loisirs pour leur mieux-être. Avant de conclure, l’homme dans sa tenue locale, d’un mélange de rouge et de gris, tape du poing sur la table en insistant sur le fait que « lorsque l’heure du sommeil arrive, on doit pouvoir inviter les enfants à aller se coucher et on doit les débarrasser des téléphones portables et de tout ce qui est gênant, de sorte que, lorsque vous êtes dans votre chambre, vous devez être sûr que votre enfant n’a rien avec lui et il ne fait plus autre chose là-bas ». Tout en saluant la mesure de salubrité publique d’entant autour des écoles sur toute l’étendue du territoire, docteur Michel Mèhinto a souhaité que les écoles soient dotées des spécialistes du comportement tels que les psychologues scolaires. Selon lui, ils vont aider le système éducatif dans une meilleure compréhension du comportement des apprenants et à leur suivi avec la complicité des acteurs de chaque établissement.

Adjéi KPONON

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