Blaise Coovi Djihouessi, à propos de l’expérimentation de l’ESS

" Le temps scolaire est le même parce qu’il n’y a pas un surcroît de travail "

Le programme d’Education à la Santé Sexuelle est à la phase d’expérimentation dans les écoles, collèges et lycées pilotes.

L’option choisie par l’équipe de pilotage, sous la direction technique de Blaise Coovi Djihouessi, est d’infuser le contenu de l’ESS dans le programme d’enseignements existants, de la maternelle au secondaire. Le directeur général de l’Institut National de l’Ingénierie de Formation et de Renforcement de Capacités des Formateurs (INIFRCF) revient dans ce troisième extrait, sur la façon dont les cours sont exécutés et l’intérêt de l’intégration de ces notions liées à l’ESS dans le travail scolaire.

Educ’Action : Comment l’ESS est-elle dispensée ou abordé dans les classes de la maternelle ?

Blaise Coovi Djihouessi : Tout cela est intégré au programme. Ce n’est pas facultatif. Nous avons édité un référentiel des comportements attendus qui oriente les actions à tous les niveaux. Dans le guide, nous avons les ‘’Comportements attendus en matière de compréhension et prise de conscience des risques des IST et VIH/SIDA’’. La séquence porte sur ‘’J’apprends à me brosser les dents’’ p.17 du guide de la maternelle. Ici, chaque enfant doit avoir sa brosse à dent. Donc, on leur enseigne qu’il y a un grand risque quand vous utilisez la brosse à dent de l’autre. Un autre exemple : les ‘’Comportements attendus en matière de hygiène corporelle et sexuelle’’. La séquence porte sur ‘’J’accepte de me faire laver, p.27 du guide de la maternelle; Je porte des vêtements propres, p.29 du guide; Je me fais soigner mes plaies, p. 35 du guide’’. Ici, l’intervention de l’enseignant vise par exemple à montrer : quels sont les vêtements qui sont indiqués et qui évoquent la thématique l’ESS ; quels sont les couleurs qui font apparaître la saleté ; quelles sont les couleurs qui ne laissent pas transparaître la saleté ; qu’est-ce que vous devez porter désormais pour qu’on sache que votre vêtement est propre ou pas ; quelle doit être la qualité de la matière ? Ici par exemple, les enfants doivent dire à leurs parents de ne pas leur acheter des cache-sexe [slips, ndr] en nylon. Il a été démontré scientifiquement que le nylon peut créer des problèmes de santé sexuelle comme la stérilité car la matière avec laquelle est fait le nylon pose certains problèmes. Nous disons aux enfants de ne pas utiliser des cache-sexe marron, car cela ne montre pas les saletés. Même si les enfants les portent durant une semaine, eux et leurs parents ne percevront pas les saletés. Il faut préférer le blanc, le belge, etc. mais pas le rouge, ni le marron. L’enseignant doit aborder cela, car c’est indiqué dans le guide qu’il doit le faire. Il y a d’autres thématiques dans les guides que les parents n’osent pas aborder avec les enfants. Nous, nous avons formé les enseignants pour qu’ils abordent ces sujets avec délicatesse en classe.

Qu’en est-il des classes du Primaire ?

Prenons l’exemple d’une classe de CP. En terme de ‘’Comportements attendus en matière d’hygiène corporelle et sexuelle’’, comme le stipule le guide, en Communication orale (Unité 1, p.41 du guide), l’enfant ‘’rapporte au groupe-classe la conversation qu’il a eue avec des amis sur le chemin de l’école. Les enseignants sont invités à exploiter les mots et expressions relatifs à l’hygiène corporelle dans les discussions des enfants car les enfants se racontent beaucoup de choses sur le chemin de l’école ou à leur retour. J’ai plusieurs fois surpris leurs discussions quand ils passent devant chez moi.

Et au Secondaire ?

Dans le cas d’une classe de 6ième, en matière d’ ‘’Hygiène corporelle, sexuelle et santé reproductive’’, dans le programme de Français, la séquence porte sur ‘’Adopter des règles d’hygiène des organes génitaux dès la puberté (se laver correctement et régulièrement avec de l’eau saine, laver régulièrement ses habits, surtout les dessous, etc.)’’. Ici par exemple, on parlera de comment les filles doivent faire leur toilette intime tous les matins. Cela est déjà dans le programme existant. Les apprenantes vont décrire ce qu’elles font et elles seront corrigées par l’enseignant. Il faut attirer leur attention sur le fait que cela se fait du haut vers le bas et non du bas vers le haut. En effet, le sexe de la femme n’est pas éloigné du rectum (anus). Si elle fait comme cela, du bas vers le haut [son fauteuil en arrière et fait le geste], elle peut prendre les déchets du rectum et les introduire dans son sexe. Donc, elle doit faire comme ceci [il montre le geste à faire du haut vers le bas]. Alors, est-ce que cela prend du temps ! Quand vous voulez faire votre toilette intime, ne le faites pas avec du savon, car cela peut vous causer des problèmes de santé sexuelle. Le savon a des substances qui peuvent réduire le lubrifiant qui vient lors des rapports sexuels. Les permanganates ne sont pas aussi à utiliser. Il faut simplement de l’eau propre, du haut vers le bas. Est-ce que cela prend du temps ! Il faut dire également aux enfants : est-ce que vous allez également porter le même cache-sexe pendant trois ou quatre jours ! Tout cela est intégré au programme de sorte qu’il n’y ait pas une augmentation de la masse horaire.

Quels sont les impacts de ce programme sur le temps scolaire ?

Le temps scolaire est le même parce qu’il n’y a pas un surcroît de travail. Il n’y a pas une extension du temps scolaire parce que les enseignements sont intégrés aux programmes et aux guides existants. Ce sont généralement des explications et les enfants prennent note. Pour les contenus qui étaient déjà dans le programme, force a été de constater que les enseignants ne les abordaient pas pour autant sinon, ils les faisaient de façon superficielle, car ils hésitaient à aborder ces thématiques.

Quelles sont les impacts du programme d’ESS sur l’évaluation des apprentissages ?

Nous avons prévu deux sortes d’évaluation. Puisque nous sommes dans un dispositif d’infusion, cela voudra dire qu’il y aura une évaluation sur les contenus de formation pour voir s’il y a vraiment eu apprentissage. Mais la meilleure évaluation pour nous, c’est le comportemental. C’est à travers les comportements des élèves que nous pourrons vraiment apprécier tout le dispositif qui a été mis en place. Si nous constatons que les grossesses en milieu scolaire se réduisent considérablement ou partiellement, alors nous allons tirer les conséquences.

Quels types d’ouvrages didactiques à acquérir pour les élèves et leurs parents ?

Il y a un document qui a été élaboré par le ministère de la famille et qui est à la disposition de certains parents d’élèves. Je peux vous dire que dans ce document, il y a de très bonnes informations. C’est le ‘’Guide de référence pour la conduite du dialogue parent-enfant en santé sexuelle et reproductive’’. Les enfants ont besoin de connaître ces informations parce que sans cela, ils vont dans les pharmacies et parfois à des endroits peu recommandables pour acheter n’importe quels produits. Ce que nous faisons n’est pas une dépravation de la jeunesse, mais c’est donner à la jeunesse les informations utiles pour son épanouissement. Les documents que nous avons édités sont ceux destinés aux enseignants. Pour le moment, il n’y a pas de documents édités pour les apprenants. Lorsque nous allons finir d’implémenter ces documents, nous allons poser le problème à qui de droit et c’est l’autorité qui pourra nous orienter vers la production de manuels pour les apprenants dans les disciplines porteuses. Cependant, l’implémentation peut aussi nous amener à prendre d’autres décisions comme doter les établissements en matériels didactiques, etc.

Quelles sont les imputations budgétaires de ce programme sur les ressources de l’État ?

Je ne peux pas me prononcer, car cela relève des accords de partenariats entre les différents pays. Donc, c’est au sommet qu’on peut avoir le coût de ces activités. Nous, nous exécutons des activités et je peux vous dire que tous ceux qui élaborent ces documents et qui interviennent dans l’implémentation n’ont pas de primes spécifiques pour le travail qui est fait parce que cela entre dans nos attributions. Les seules choses auxquelles nous avons droit, ce sont les frais de restauration et d’hébergement lors des ateliers. Pas de prime d’élaboration, pas de prime de formation.

Réalisé par la Rédaction de Educ’Action

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