Formées sur le tas : Pélagie Yanclo et Tchicani Angèle Oba, deux modèles d’animatrice des EMPs

 

Le secteur de l’éducation connaît, comme d’autres secteurs, des hommes et des femmes qui n’ont pas eu la chance, ni les moyens de se faire former dans les écoles reconnues par l’Etat, mais qui font aujourd’hui leurs preuves.

L’enseignement maternel sous bassement de l’éducation, en compte un nombre d’enseignants et d’enseignantes, qui, de par leur volonté et leur amour pour le métier, laissent des empreintes dans ce sous ordre d’enseignement. Votre journal Educ’Action est allé à la rencontre de ces enseignantes travaillant sous la tutelle de la région pédagogique numéro 29 pour savoir comment elles ont pu réussir sans une formation approfondie à l’Ecole Normale des Instituteurs d’Allada et leurs sources de motivations.

Si dans le sous-secteur de l’enseignement maternel, notamment à l’Ecole Maternelle Publique (EMP) de N’vènanmédé, se trouve une animatrice à la section des grands n’ayant pas pris par l’Ecole Normale des Instituteurs d’Allada, mais qui a obtenu la licence en 2004 en Psychologie du Travail et des Organisations au Département de Psychologie et des Sciences de l’Education à l’Université d’Abomey-Calavi, C’est bien Pélagie Yanclo épouse Akowanou. Née le 08 avril 1980 à Cotonou d’une fratrie de 03 enfants dont elle est la seule femme, Pélagie Yanclo aujourd’hui mariée et mère de 02 enfants est chrétienne de l’église catholique romaine. D’ethnie goun, elle a commencé ses premiers pas d’éducatrice à l’Ecole Maternelle Publique de Gbêdjêwin alors qu’elle était venue en stage pour préparer sa licence en Psychologie du Travail et des Organisations. C’est ainsi que sont nés et ont grandi, en elle, le goût et la volonté de l’enseignement. « C’est en 3ième année en 2003 que mon stage m’a amenée à l’Ecole Maternelle Publique de Gbêdjêwin. Donc le temps passé avec les enfants a fait que j’ai aimé ce monde des enfants sinon personnellement, je n’ai jamais rêvé de devenir institutrice. Mais mon stage à la maternelle avec les tout-petits était un jeu, l’amusement. Je me sentais bien. Il s’est fait qu’une institutrice a été mutée. Le directeur, voyant que je suis universitaire et que je n’avais pas encore repris la 4ième année, m’a invitée à rester dans la section des grands en attendant de voir si l’Etat enverra une autre institutrice. Il m’a donc dit d’être là et de voir les autres collègues pour qu’ils m’orientent dans le travail. Donc j’ai commencé à avoir la visite des aînés pour mieux apprendre », a-t-elle témoigné à Educ’Action. Née le 13 juin 1976 en Côte d’Ivoire, Tchicani Angèle Oba, d’une famille de 05 enfants, éducatrice à l’Ecole Maternelle Publique de Gbêdjêwin, s’est retrouvée dans le corps de l’enseignement par amour pour les enfants mais parce qu’elle aurait hérité de son père le métier d’enseignant. « J’ai embrassé le métier d’enseignant en 2000 à l’Ecole Maternelle Publique de Gbêdjêwin où je suis jusqu’à présent. J’ai commencé en tant qu’éducatrice pour aider les maîtresses dans les salles de classes. Depuis mon jeune âge, j’ai toujours aimé la compagnie des enfants. J’aimais beaucoup jouer avec les enfants. Il y a aussi le fait que mon père a été enseignant », a-t-elle confié, sourire aux lèvres. Ces deux actrices des écoles maternelles publiques reversées en 2008 sous le régime de l’ancien Président Yayi Boni ont eu des difficultés au début de leur carrière.

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Pélagie Yanclo

Des difficultés dans la carrière…

Du haut de ses 1m 80, l’éducatrice Tchicani Angèle Oba a eu des difficultés à mener les activités et à intégrer le monde des enfants parce qu’elle n’a pas le même diplôme que les autres. « Le directeur qui était avec nous disait de mener toutes les activités. Il nous a formés en 2006 pendant les congés. C’est comme cela que j’ai appris à mener les activités. Depuis que j’ai commencé en 2000, il m’a carrément donné une classe », a –t-elle révélé avant d’affirmer que c’est en observant les maîtresses faire qu’elle s’y est habituée. « Qu’est-ce que cela doit apporter à l’enfant ? Même les jeux extérieurs, je n’en savais rien », dira Pélagie Yanclo pour faire la lumière sur ses insuffisances parce qu’elle n’a pas fait l’ENI Allada qui ouvrait ses portes en 2008. C’est ainsi que grâce aux stagiaires qui étaient venus dans son école, elle a profité pour bénéficier de la formation in situ que recevaient ces normaliens stagiaires pour mieux comprendre certaines séquences. « On recevait au moins par vague 16 stagiaires. C’est en ce moment que le directeur Charles Dossa a profité de cette occasion pour former tout le monde. Donc à la plénière après 17 heures, c’est tout le monde qui s’asseyait. C’est de là que j’ai commencé à découvrir que telle activité, c’est pour éveiller telle chose chez l’enfant, tel jeu c’est pour faire telle chose. Comme je n’ai pas pris par l’école, c’était difficile de comprendre le bien-fondé de chaque activité. J’avais surtout des difficultés sur le plan pédagogique», a-t-elle fait savoir. Dans le même temps, l’engouement au travail de l’animatrice Pélagie Yanclo a fait que dans ses débuts, elle ne rentrait pas à la maison durant des jours. Son diplôme lui en valait ce sacrifice. « Vu mon niveau d’étude avec mon directeur Charles Dossa, j’étais beaucoup sollicitée. Ce qui fait que je dois vite venir à l’école et quitter tard. Il m’arrive des fois de dormir des jours au dehors. J’empiétais ainsi sur le rôle d’épouse, de maman », a-t-elle déclaré. « Je m’occupe de la maison. Je fais tout pour être à la hauteur. C’est quand les parents oublient leurs enfants que nous sommes obligés d’attendre longtemps avant de rentrer », dira sa collègue de Gbêdjêwin, montrant ainsi qu’elle ne faillait pas sur le plan conjugal.

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Tchicani Angèle Oba

De la lecture à l’observation, leur méthode de travail

La méthode de travail de l’animatrice de l’EMP de N’vènanmédé réside non seulement dans la lecture, mais aussi dans son humilité. « Je lis beaucoup. Je me rabaisse complètement au niveau des enfants pour avoir leur amour et comprendre ce qu’ils font. Etre enseignant de la maternelle, c’est te dire que tu as 3 ans voire 4 ans. Mais si tu veux dire que tu es un adulte, tu ne pourras pas supporter le comportement des enfants. Je me ramène à leur niveau pour passer mon message, pour utiliser le langage qu’ils peuvent comprendre. Une fois dans ma section, à l’école, quel que soit le problème que j’ai à la maison, je l’oublie », a affirmé Pélagie Yanclo pour renseigner sur son secret de réussite dans le métier d’animatrice qu’elle exerce aujourd’hui. Par contre, sa collègue de l’EMP de Gbêdjêwin s’est beaucoup considérée comme une élève en apprentissage. « En observant les enseignants, j’ai essayé de m’initier petit-à-petit. Je posais aussi beaucoup de questions. Je m’approchais des maîtresses pour savoir comment faire ceci ou cela », a fait savoir Tchicani Angèle Oba, renseignant ainsi sur la manière à elle de se faire un nom dans l’enseignement maternel publique.

De la non-application des notions de psychologie de l’enfant

Ayant bénéficié de la formation sur la psychologie de l’enfant à l’Université d’Abomey-Calavi, l’universitaire aujourd’hui animatrice de la section des grands à l’EMP N’vènanmédé à Akpakpa, n’est souvent pas d’accord avec certains de ses collègues qui ne tiennent pas compte des notions de psychologie de l’enfant. « Beaucoup de collègues ne maîtrisent pas la notion de psychologie pour comprendre la réaction des enfants. C’est ce qui me blesse beaucoup. Dès qu’un enfant réagit, tout de suite on se dit qu’il ne doit pas faire cela. Avec son monde, c’est d’erreurs en erreurs qu’il grandit », se désole Pélagie Yanclo, mettant ainsi les pieds dans le plat. Pure produit du terrain, elle a beaucoup appris sur la psychologie de l’enfant au cours des 45 jours de formation à Natitingou et au retour à Porto-Novo. Ces congés étaient chargés par divers ateliers de formations pour mieux comprendre le monde dans lequel elle se retrouve désormais. « Nous avons été formés suffisamment par l’UNICEF, l’INFRE, des modules de formations à distance, des évaluations avant de passer le CEAP et après le CAP. Nous avons vraiment reçu le bagage qu’il faut », a-t-elle affirmé d’un air satisfait. Pour Tchicani Angèle Oba, la non-reconnaissance par l’Etat de son diplôme de BEPC obtenu en cours de carrière est ce qui l’a touchée. Car, déclare-t-elle, elle anime déjà des séquences de cours.

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Les tout-petits occupés à la pré-mathématique

De l’évolution des enfants à la bénédiction, source de motivation

« Le métier d’enseignant est un sacerdoce, un sacrifice. Je veux que ces enfants deviennent quelque chose demain. Si je n’ai pas le diplôme, il faut qu’ils fassent tout pour aller au-delà de ce que je suis aujourd’hui. J’aime les enfants », a expliqué l’éducatrice en service à l’EMP de Gbêdjêwin avant d’ajouter que ce n’est pas parce que son diplôme du CEAP n’est pas reconnu qu’elle va se décourager. Pélagie Yanclo de l’EMP de N’vènanmédé trouve sa source de motivation ailleurs. « Je me dis que si tu fais bien ton travail avec ces âmes innocentes, on reçoit assez de bénédictions. Si tu joues bien ton rôle et tu leurs témoignes l’amour dont ils ont besoin, il y a des bénédictions qui nous suit », a-t-elle renseigné avant de poursuivre que beaucoup de ses camarades de promotion d’université l’ont invitée à quitter le sous-secteur de la maternelle.

Des loisirs aux plats préférés

Si l’éducatrice Tchicani Angèle Oba n’a pratiquement pas de loisirs pour se distraire, sa collègue se donne souvent du plaisir comme elle peut. « C’est rare mais j’essaye de me donner du loisir. Je vais passer des fois deux heures de temps avec mes enfants à la plage les week-ends pour respirer de l’air frais », a confié l’enseignante Pélagie Yanclo. Son plat préféré est de l’akassa chaud avec du piment pendant que sa collègue de l’EMP de Gbêdjêwin trouve du plaisir à prendre du riz. Elles invitent par ailleurs leurs jeunes collègues nourrissant le désir d’éduquer les tout-petits à avoir de la volonté, de la patience et de l’amour pour réussir dans le métier.

Que dit Charles Dossa, leur directeur ?

Directeur des deux actrices des écoles maternelles citées supra, Charles Dossa, également 1er secrétaire général du Syndicat National des Enseignants des Ecoles Maternelles du Bénin (SYNAEM-Bénin) a été celui qui leur a tenu les mains au début. Admis à faire valoir ses droits à la retraite depuis des années, il affirme avec sincérité que : « Madame Pélagie Yanclo est une femme exemplaire. Elle se donne à fond au travail. Elle est animée d’un esprit d’abnégation. Je ne connais pas un défaut particulier pour elle, mais comme tout être humain, elle doit en avoir. Elle est animatrice pleine ». Le même commentaire a été fait par rapport à Tchicani Angèle Oba qui anime également. « Les deux sont éducatrices au départ. L’Etat a voulu maintenant qu’on recrute des gens. Nous avions demandé que celles-là soient aussi recrutées. C’est comme cela qu’elles sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui. Madame Tchicani Angèle Oba a été bloquée à cause de son BEPC qu’elle a eu en cours d’emploi », a expliqué leur doyen.

Enock GUIDJIME

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