Aspirants au Métier d’Enseignant : Les rancœurs toujours ouvertes, des besoins non satisfaits (Les aspirants en chiffres par discipline et par département)

Le déficit du personnel enseignant dans le système éducatif béninois est aussi vieux que la démocratie béninoise. Avec tous les soubresauts et gymnastiques parfois spectaculaires des différents gouvernements qui se sont succédés depuis la période révolutionnaire jusqu’à nos jours, cela a toujours été une équation avec des variables connues mais sans solutions.Sous le régime de la Rupture, le corps des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) s’invite aux débats pour, dit-on, conjurer le sort de la pénurie enseignante en milieu scolaire. 13.900 enseignants aspirants sont donc recrutés et déployés dans les Collèges d’Enseignement Général (CEG). Un effort considérable certes, mais encore loin des espérances. Les plaies liées à ce nouveau statut d’enseignant étant toujours ouvertes. Dans ce deuxième numéro de la thématisation du mois de février, Educ’Action, votre spécialiste, juxtapose les faits, les besoins et les statistiques qui caricaturent l’univers des aspirants déployés, ici et là, par département et par discipline pédagogique.

Nous sommes le vendredi 05 février 2021 aux alentours de 10 heures. Vêtu d’une tenue locale Boumba, cet enseignant du titre d’aspirant en service au Collège d’Enseignement Général « Le Plateau » dans le département de l’Atlantique, vient de finir deux heures de cours d’anglais. Malgré le poids de la fatigue matinale, il se confie volontiers au reporter de Educ’Action sur la question de l’aspiranat. « C’est une joie de travailler avec les apprenants. L’enseignement, c’est d’abord une question de passion et de volonté. Je viens dispenser mon cours dans le seul but d’accompagner efficacement le système éducatif béninois et d’aider à former des citoyens de demain. Si j’ai été retenu dans la base de données, c’est parce que j’ai les qualités requises et exigées de tous les collègues aspirants », a développé, l’enseignant aspirant.
En effet, l’aspiranat est un nouveau corps d’enseignants créé sous la gouvernance ‘‘rupturienne’’ afin de pourvoir les classes d’encadreurs pour la conduite des séquences pédagogiques. A en croire certains décideurs et thuriféraires du système, ‘‘ l’aspiranat’’ est le format amélioré de la vacation, une autre trouvaille qui a fait long feu sous la refondation. Ces derniers mois, ce nouveau statut conféré à cette frange d’enseignants, les aspirants, n’a pas fait l’unanimité au sein de l’opinion. Les discours apaisants et rassurants des responsables du système éducatif actuel vont, hélas, achoppés aux invectives de certains qui criaient haro sur ‘‘l’aspiranat’’. L’enseignant du CEG Le Plateau qui a requis l’anonymat opine ici sur cette controverse qui n’est pas totalement descendue. « Il y a des situations qui pourraient nous amener à être des partisans de moindre efforts en position de classe, je l’avoue. Mais ces mécontentements sont liés, à mon avis, au fait qu’il y a eu des incompréhensions au départ. Ce branle-bas ne devrait nullement être une raison pour nous, enseignants, de mal faire le travail pour lequel nous avons été choisis. Le Bénin est notre patrimoine commun et nos enfants sont l’avenir de ce patrimoine », déclare consciencieux l’enseignant qui tend à professer le bon comportement des aspirants. Abraham A., enseignant d’histoire-géographie, reste encore, quant à lui, confus sur l’avenir et le destin professionnel de ce corps d’enseignants. « Le corps des aspirants est un corps ambigu. Nul ne sait ce que l’Etat veut faire de ce corps. Les membres de ce corps professionnel qui sont tout aussi des Béninois seront-ils reversés un jour ou subiront-ils encore d’autres tests ? C’est à croire qu’on travaille aujourd’hui sans savoir de quoi sera fait demain », s’inquiète-t-il en dépit de son séjour de plusieurs mois déjà dans la corporation. Inondé par cette vague d’anxiété, il garde tout de même l’esprit serein avec une forte dose d’engagement et de volonté pour servir la cause de l’école. « Nous avons tous conscience que le niveau des enfants n’est plus le même comme par le passé et que nous avons la lourde responsabilité, aux côtés de nos aînés dans la profession enseignante, de remonter la pente pour davantage redorer le blason du système éducatif béninois. Laquelle mission nous effectuons avec amour et dextérité. L’enseignant n’est pas un faiseur de magie. Nous ne faisons que ce qui est de notre ressort et de notre capacité. Même s’il faut toutefois avouer que la pression du travail est énorme », s’est-il exprimé pour rassurer de la qualité de l’encadrement offert aux apprenants.

La qualité de l’enseignement au tribunal des conditions de travail

«Les contenus des cours sont de très bonnes factures, puisque les curricula ont été proposés par de grandes têtes pensantes du pays. Les cours de certaines classes ont été même allégés dans l’objectif d’accrocher les apprenants et de leur faciliter l’apprentissage des contenus notionnels », a expliqué Abraham A., enseignant aspirant, pour saluer la qualité de ce qui meuble les cours, même si des efforts restent à faire pour maximiser les chances d’atteindre les objectifs. Seulement, cette qualité apparente des enseignements peut bien être annihilée par les conditions de travail peu reluisantes, de l’avis de l’autre enseignant ayant requis l’anonymat. « Les conditions de travail ne favorisent pas l’éducation. Quand on prend une classe, il y a plus de 50 apprenants avec des mobiliers insuffisants et défaillants par endroit. L’effectif pléthorique ne favorise pas vraiment l’enseignement. Dans ces conditions, le message ne passe pas et ne peut d’ailleurs pas passer », a-t-il fait observer.

Ouémé, Atlantique et Zou : Les départements les plus pourvus en AME

Sur le plan départemental, l’Ouémé est le plus fourni en AME. Il héberge 2.708 aspirants avec une part belle faite aux enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) au nombre de 471. Ils sont suivis des mathématiciens (390) et des spécialistes de la langue de Shakespeare estimés à 385.
Après l’Ouémé, vient l’Atlantique avec 2.359 aspirants. Dans ce département, les disciplines les plus pourvues sont le Français avec 464 enseignants, suivi des mathématiques avec 376 postes et les SVT : 365 enseignants.
Le Zou qui occupe le troisième rang abrite 1.383 aspirants. Là aussi, les enseignants de SVT représentent le grand nombre avec 235 postes. Ils sont suivis de leurs collègues de Français au nombre de 213, puis de Mathématiques : 204.
Quatrième en matière d’effectif, le département du Borgou totalise 1.232 enseignants. Ce sont les enseignants d’Anglais qui y sont les plus nombreux avec 249 places. Ils sont suivis de 208 enseignants de SVT, puis d’Histoire-Géographie, 198.
Viennent alors le Littoral avec 1.196 Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) et les Collines 1.185 AME. En dessous des milliers d’enseignants, le département du Plateau accueille 797 enseignants, ensuite l’Atacora 790, le Mono 696, le Couffo 595, l’Alibori 543 et enfin la Donga 416.

SVT, Mathématique et Anglais : Les disciplines des grands nombres

Du point de vue des disciplines pédagogiques, les Sciences de la Vie et de Terre (SVT) ont eu la plus grosse part du gâteau avec 2.287 enseignants en service. Le plus gros effectif se trouve dans l’Ouémé (471) et le plus petit dans la Donga avec 62 enseignants.
Les Mathématiques totalisent 2.127 enseignants. Ils sont notamment dans l’Ouémé (390), dans l’Atlantique (376) et dans le Littoral (208). Le plus petit effectif d’enseignants de Mathématiques est dans la Donga où ils sont au nombre de 64.
La langue de Shakespeare est pourvue de 2.058 AME. C’est une fois de plus dans l’Ouémé que se trouve le plus grand nombre, 385. Les moins nombreux sont 64 et ils enseignent l’Anglais dans le département de la Donga.
Après l’Anglais, l’enseignement du Français occupe 1.988 enseignants. La majorité d’entre eux sont dans l’Atlantique (464). Ils sont neuf fois plus nombreux que leurs collègues de la Donga, les moins nombreux, avec un effectif estimé à 51 AME.
La cinquième place est occupée par les enseignants d’Histoire-Géographie au nombre de 1.586, suivis des enseignants de Physique Chimie Technologie qui sont au nombre de 1.464. Pour le reste, il y a 793 enseignants d’Espagnol, 643 enseignants de Philosophie, 533 enseignants d’Education Physique et Sportive, 330 enseignants d’Allemand et enfin 91 enseignants d’Economie.
Concernant cette dernière discipline, 25 enseignants transmettent leurs connaissances dans les classes de l’Atlantique, 18 dans les classes de l’Ouémé, 09 dans les Collines, 07 dans le Borgou et le Zou, 06 dans le Mono, 05 dans le Couffo, 02 dans l’Atacora et un seul AME s’occupe de l’enseignement de l’Economie dans les départements de l’Alibori, de la Donga et du Plateau.

De la formation des pré-insérés de la Maternelle et du Primaire

La question de la formation des enseignants pré-insérés de la Maternelle et du Primaire reste une nébuleuse. Selon les propos de Essowé Francis Abdallah Ambarka, président du Collectif des Enseignants Pré-insérés des Enseignements Maternel et Primaire, aucun n’a été formé à part ceux qui se sont faits former dans les Ecoles Normales des Instituteurs. « Le test d’évaluation pour l’aspiranat s’est passé en trois parties. La première partie, c’est uniquement les normaliens. Ceux qui ont fait l’école normale. On suppose donc qu’ils ont déjà leur diplôme professionnel. Donc, ils sont formés », a-t-il clarifié au micro de Educ’Action pour montrer qu’à part la formation reçue à l’ENI, les enseignants pré-insérés de ce sous-secteur n’ont plus eu droit à une autre formation. Il déplore le fait qu’en janvier 2018, l’Etat a permis aux titulaires du BAC, les retraités d’être dans la base de données pour être enfin titulaires d’une classe. « L’Etat a mal fait. Ce sont les bacheliers et les licenciés qui doivent être formés avant d’être envoyés dans les classes. Mais ce ne fut pas le cas. Nous qui avons fait les écoles normales, savons comment on prépare une fiche, comment on remplit les cahiers. Celui qui a simplement le BAC ne peut pas le faire. Il n’a pas eu une formation à cet effet », a-t-il souligné, irrité.

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