Pour défaut de textes encadrant l’exercice des métiers de libraires et d’éditeurs : L’industrie du livre affectée par la qualité des ouvrages

 

Premier outil d’acquisition du savoir, le livre reste sans contestation le produit d’un long processus et d’un travail méticuleux.

Cela étant, ne devient pas auteur ou éditeur qui veut mais qui peut. Pourtant, le constat général qui se fait au Bénin est qu’ils poussent tels des champions, des auteurs et des éditeurs à tous les coins de rues. Comment expliquer alors une telle situation ? Educ’Action est allé chercher pour vous la réponse auprès des acteurs

«Observez méticuleusement les vendeurs dans les feux tricolores, aux abords des voies et sur les places publiques. Le constat est surprenant puisque ces endroits sont devenus dans notre pays des lieux propices à la commercialisation de documents appelés par abus livres ». Ce constat d’un passionné de la lecture relance bien le débat autour de la qualité tant dans le contenu que dans la forme des livres mis en vente dans les rayons des librairies. Bien que le livre soit le fruit d’un besoin d’expression, qui ne peut être contenu, et qu’il faut encourager la littérature dans notre pays, il faut admettre que sa qualité, lorsqu’il est mis à la disposition du public dans de telles conditions, est, de nos jours, remise en cause. Pour Habib Dakpogan, écrivain béninois, cette qualité douteuse des ouvrages produits par les Béninois serait la conséquence d’un empressement presque généralisé chez les jeunes auteurs. Ces derniers produiraient pour le grand nombre des ouvrages qui manquent d’esthétique parce qu’ils ne sont pas relus. Parlant d’ouvrages mis sur le marché livresque, dans la précipitation, il affirme qu’ « ils ne sont pas finis ». Il leur manque donc selon lui, un travail de polissage au niveau de la syntaxe et du vocabulaire. Journaliste de formation, écrivaine et éditrice de profession, Carmen Toudonou ne dit d’ailleurs pas le contraire. « Je ne pense pas que l’excès de livres soit nuisible en soi. Encore que, par rapport à beaucoup de pays, la production livresque en Afrique est généralement faible. Par contre, l’on pourrait trouver à redire sur la qualité des ouvrages produits et commercialisés », dira-t-elle pour corroborer le constat de Habib Dakpogan qui justifie cette situation par « l’attraction des réseaux sociaux qui crée de moins en moins de vrais adeptes de l’écriture ». « On veut vite écrire, impacter rapidement ; d’où la difficulté à s’adonner réellement au travail d’écriture et, parce qu’on s’habitue à lire facile, on veut écrire facile », fait observer d’un œil critique Habib Dakpogan. Pourtant, l’auteur doit être le premier garant de la qualité de son ouvrage. « Pour écrire un livre, il faut avoir à dire, appendre à dire et être doué pour le faire ; aussi, l’éditeur doit-il être exigeant et pouvoir dire non à un auteur » ajoute-t-il d’un air préoccupé. Par ailleurs, les libraires doivent être également des garants de la qualité des ouvrages. Un bon libraire ne saurait accepter exposer dans ses rayons un ouvrage mal présenté et parfois jonché de fautes. Il doit donc être capable d’observer et d’analyser un livre aussi bien dans le fond que dans la forme. « Nous avons mis en place un comité chargé de jauger la qualité des ouvrages que nous recevons et il nous est déjà arrivé de refuser d’exposer un livre dans nos rayons plusieurs fois soit parce que la présentation extérieure n’est pas bien faite, soit parce que le contenu n’est pas bien travaillé », explique Prudentienne Houngnibo Gbaguidi, directrice de la librairie Notre-Dame et Présidente de l’Association des Libraires Professionnels du Bénin (ALPB).

Du respect des textes et normes réglementaires en matière d’édition  …

Actuellement au Bénin, il n’existe pas de normes réglementaires en matière d’édition, si ce ne sont les principes fixés par l’Association des Editeurs du Bénin afin de permettre une certaine uniformité dans le travail effectué par les maisons d’édition pour une meilleure qualité des ouvrages produits. Mieux, aucune loi n’existe pour régir la création des Maisons d’Edition. Néanmoins, « il existe actuellement un projet d’arrêté mis en place par la Direction des Arts et du Livre concernant les fonctions d’éditeurs et de libraires au Bénin ; ce dernier stipule qu’il faudrait désormais une accréditation pour exercer les métiers d’éditeurs et de libraires au Bénin », informe Yannel Jossa, chef section chargé de la promotion du livre à la Direction des Arts et du livre (DAL). A la lumière de ses explications, on peut aisément comprendre désormais pourquoi les maisons d’éditions nées dans presque l’ensemble des coins de rues au Bénin se proposent d’accompagner les néo écrivains peu importe la qualité des livres mis sur le marché. Des livres qui abrutissent davantage les consommateurs, notamment les élèves et étudiants qu’ils ne contribuent à leur culture.

A la responsabilité des enseignants et parents d’élèves …

Aujourd’hui plus que jamais, les élèves sont poussés vers la lecture, source de tout savoir. Toutefois, si les objectifs visés par les enseignants doivent être atteints, il faudrait déjà que ces derniers lisent, mais surtout qu’ils lisent de bons ouvrages afin de conseiller les apprenants sur les choix d’ouvrages et les amener à découvrir les auteurs cachés. « Les parents aussi ont leur rôle à jouer, car même s’ils ne sont pas obligés d’être instruits, ils peuvent prendre conseils auprès des enseignants et des libraires afin de suivre les choix de lecture de leurs enfants », conseillent à la fois Habib Dakpogan et Prudientienne Houngnibo Gbaguidi. Le livre, à ses débuts, est un manuscrit bien écrit déposé chez un bon éditeur, qui, à son tour, le soumet à un comité de lecture. Ce n’est qu’après l’avis de ce dernier sur le document et les corrections nécessaires effectuées sur recommandations du comité de lecture que le contrat d’édition peut être établi et que la production et la promotion du livre peuvent être lancées. Malheureusement, « la chaine du livre n’est plus respectée et ne garantit donc plus la qualité des ouvrages écrits et publiés » commente tristement  Habib Dakpogan. Pour lui, la correction de cette situation passe par « une culture de la lecture à tous les niveaux et un apprentissage de l’écriture, mais surtout une diminution des divertissements faciles (réseaux sociaux) pour les enfants ». Prudentienne Houngnibo Gbaguidi recommande « une sensibilisation des auteurs par les éditeurs afin de revoir leur niveau en matière d’écriture ». Le livre, de l’écriture à l’édition, constitue à lui seul une véritable industrie indispensable pour l’émergence des talents cachés. Il faut alors tirer la sonnette d’alarme pour une réorganisation et une réglementation complètes et effectives de cette industrie qui perd ses lettres de noblesse.

Procédure d’édition d’un livre à Vénus d’Ébène contée par sa directrice …

A Vénus d’Ébène, le processus part de la réception d’un manuscrit finalisé. Pour Carmen Toudonou, la première responsable de Vénus d’Ébène, le manuscrit est transmis au comité de lecture qui donne son avis. « Lorsque l’avis est défavorable, le comité peut suggérer des pistes de réécriture du manuscrit. Si l’avis est favorable, le livre entre en processus d’édition », informe la directrice de la maison d’édition Vénus d’Ébène qui précise que la maison d’édition conduit un travail préparatoire consistant à déterminer la collection dans laquelle intégrer le livre, le format à lui donner et en conséquence, le nombre de pages, les choix éditoriaux à effectuer, le nombre d’exemplaires à tirer, le format de papier pour la couverture et le corps de texte, etc. Sur cette base, elle propose un contrat à l’auteur. Dès la signature du contrat, le manuscrit subit une phase de relecture pour affinage. « A ce stade, la maison propose des options de réécriture, voire de réorientation de l’œuvre. Le nouveau manuscrit ainsi obtenu et validé par l’auteur subit trois phases de correction, puis ensuite, il est mis en page. La maison d’édition assure également la création de trois propositions de couverture. L’auteur choisit la couverture de son livre et donne son aval pour la publication après validation du dernier jeu d’épreuves (fichiers de couverture et de corps de texte) », détaille Carmen Toudonou qui souligne d’autres formalités non moins négligeables au rang desquelles le remplissage des formalités à la Bibliothèque Nationale, grâce au Bon À Tirer (version finale du livre) et au devis de l’imprimeur pour l’obtention du numéro d’ISBN du livre, qui dès lors, peut être envoyé à l’imprimerie. Il est ensuite mis en vente, et 4 exemplaires sont déposés à la Bibliothèque Nationale. La maison d’édition rédige un communiqué de presse pour annoncer le livre et assure le contact avec les journalistes ainsi que la promotion sur ses réseaux. S’il arrive que l’auteur souhaite organiser un lancement, la maison d’édition collabore à l’organisation de la séance de dédicace. A en croire la directrice de Vénus d’Ébène, le processus éditorial dure 3 à 6 mois, selon les projets et la réactivité des auteurs.

Gracias BOGNON (Stg)

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