Glomépad : Malvoyant de naissance, le destin d’un batteur plein d’avenir

 

Nombreux sont-ils ces porteurs de handicap à déambuler dans les feux tricolores, pour recevoir la charité des passants. Une pièce par ici, un don par là pour gagner de quoi subvenir à leurs besoins du moment. S’il est vrai que tous n’ont pas la même chance, les personnes porteuses de handicap se battent face à la dureté de la vie pour se frayer un chemin pour un avenir, espèrent-ils, plus radieux. Parmi ces personnes, se trouve Glomépad, un jeune garçon malvoyant de naissance, passionné de musique que le reporter de Educ’Action a rencontré à l’Ecole Secondaire des Métiers d’Arts (ESMA) de SOS Village d’Enfant Abomey-Calavi. Découvrez ici le portrait d’un batteur hors pair, maître de son art !

 

La tête baissée, il tient la rampe des escaliers qui descendent le long de l’aile gauche de l’ESMA pour aller se mettre à l’aise, car c’est la pause. Au moment où ses amis se pressent, Glomépad prend son temps avec sa corpulence de lutteur sénégalais et sa taille de soldat. Les élèves de l’établissement le connaissent bien et tous lui cèdent le passage quand il s’emmène de sa démarche imposante. En classe de sixième année de musique, on a du mal à s’imaginer que le jeune homme est le batteur de l’orchestre de l’ESMA, car, dans le subconscient de nombre de Béninois, un porteur de handicap visuel est condamné à vivre d’aumônes. Mais avec Glomépad fils ainé d’une fratrie de quatre enfants, c’est tout le contraire. Les conditions de sa naissance ne peuvent pas laisser imaginer que quelqu’un comme Glomépad mette en effervescence une salle remplie d’autorités et d’hôtes de marque le 03 septembre 2019 au Golden Tulip Hôtel à l’occasion du lancement du programme Youthcan.

Glomépad, le miraculé …

Gloire, louange, merveille, puissance, adoration de Dieu. Ce sont ces mots forts que Gaston Viwadinou a utilisé pour composer le nom de son fils aîné Glomépad. Ces mots traduisent à suffisance les conditions de naissance du jeune homme. Son histoire, c’est son père qui la raconte, les regards plongés dans un passé douloureux. « Glomépad est mon fils aîné, il est né dans une condition extraordinaire. C’est par miracle que lui et sa mère sont encore en vie, car je devais les perdre à cause d’une erreur médicale », rapporte le père du miraculé. « En effet, l’accouchement qui a commencé un vendredi, ce n’est que le dimanche matin que cela a pris fin. Il a fallu l’intervention de l’un de mes voisins qui est dans le domaine de la santé pour nous tirer d’affaire. Il est venu à la maternité le samedi soir pour nous visiter et après avoir vu les conditions dans lesquelles mon épouse était prise en charge, il a dit que si je veux sauver mon enfant et mon épouse, je dois immédiatement trouver un moyen de les enlever d’ici », poursuit papa Glomépad, aujourd’hui pasteur de l’Eglise International Foursquare. Le voisin en question avait alors identifié les agents de santé qui n’étaient pas des sages-femmes, mais « des filles de salles qui n’avaient pas été recrutées dans son centre de santé », s’est rappelé le pasteur. La bonne étoile du petit Glomépad, encore dans le sein de sa mère, continuait de faire face aux assauts macabres des usurpatrices de titres de Bohicon jusqu’à ce que son père leur fasse changer d’hôpital en allant cette fois-ci à Goho, dans la ville d’Abomey. « Les gens ont crié là-bas en disant que celle-là, les gens ont voulu la tuer. Ils ont été obligés d’anéantir tous les soins que les autres avaient fait et de reprendre jusqu’à ce que le dimanche matin, l’accouchement ait lieu ». Nous sommes le 03 octobre 1993, Glomépad venait de naître.

La naissance d’un talent …

Faisant face à la vie, le petit grandit en famille au fil des affectations de son papa, fonctionnaire dans l’administration publique à l’époque. C’est quand il commence à marcher à quatre pattes, pressé d’accomplir son destin, que ses parents se rendent compte qu’il y a un problème, car le petit cogne tout sur son passage. L’avis médical est clair : Glomépad est malvoyant à cause d’une défaillance de son nerf optique. Comme Soundjata Kéita, roi de l’empire Mandingue qui se tapa la poitrine et déracina un arbre pour laver l’affront de sa mère, à trois ans déjà, Glomépad commence à « taper sa poitrine avec ses deux mains, à taper ses pieds et à utiliser sa langue et sa mâchoire supérieure et on ne sait d’où cela lui vient. Il le faisait à un tel point que cela a fait un point rouge sur sa poitrine. On a tout fait pour l’en empêcher mais sans succès », rapporte son père. Le musicien est né. Cependant, les doutes des parents de Glomépad sont grands. Le petit n’aime pas le bruit au point d’empêcher sa courageuse maman de suivre les cultes du dimanche, car au moindre bruit, il se met à crier et indispose tout le monde. Voyant le talent du petit limité par cette phobie du son, c’est le maître de musique qui aide l’enfant à surmonter cette peur avant de l’intégrer dans l’orchestre de l’église. « Alléluia, Alléluia ! Allô ! Allô ! », tels sont les premiers mots de Glomépad dans un micro. Selon son papa, « il l’a repris plusieurs fois en écoutant sa voix, c’est alors qu’il a commencé à supporter le bruit du micro ». A la maison aussi, plus de batterie corporelle. Poitrine, langue, lèvres et pieds sont remplacés par des objets domestiques. Mais l’école avait aussi sa place.

Viwadinou Gaston fier du courage de son fils

Viwadinou Gaston , fier du courage de son fils

La décision qui changea sa vie …

A 25 ans aujourd’hui, la scolarité de Glomépad a connu des hauts et des bas. De Natitingou à Parakou, le cursus scolaire de Glomépad n’a pas été un long fleuve tranquille. Finalement, le salut viendra du centre des malvoyants de Sègbèya à Akpakpa où il restera jusqu’en classe de 4ième. Le tournant de la vie du jeune garçon, pointilleux sur le temps, se joua alors là. Eprouvé par les vicissitudes de la vie scolaire classique, « il a discuté avec sa maman et a dit qu’il allait arrêter les études. Mais il avait deux options : soit il va apprendre un métier, soit il continue les études dans une école de musique », se rappelle son père les larmes aux yeux. C’est ainsi que Glomépad arrive à l’ESMA.

La marque déposée du virtuose …

En classe de 6ième année de musique équivalente à la classe de Terminale, Glomépad est bien intégré dans son école. Si ce n’est sa tablette de braille et son regard un peu perdu, rien ne permet de distinguer le jeune malvoyant dans sa classe. En plein cours de mathématique sur les nombres complexes, Shédeur continue de donner des indications à son ami et frère d’église. Abordant la façon dont il travaille avec Glomépad, il affirme qu’« au cours de musique par exemple, lorsqu’on nous donne des notes, je lui dis si c’est le Fa 3 ou le Fa 4. Pour les cours en général, je lui dicte exactement ce qui est au tableau. Il y a des fois où il ne peut pas tout copier. Donc, il fait des abréviations. Tout à l’heure au cours de mathématiques, il a dit de lui donner le début de l’opération et le résultat obtenu. Des fois, je ne suis pas concentré, mais j’arrive à me mettre à jour après. Dans ce cas, je lui demande de patienter le temps que je finisse afin de l’aider. Soit on met cela sur un autre jour où nous sommes tous deux libres pour travailler ». Enseignant de mathématiques de Glomépad, Serges Hounyété témoigne que « Glomépad a totalement intégré le groupe parce qu’il n’a pas de complexe par rapport à son handicap, c’est sa première force. Il n’a pas de difficultés à se rapprocher des enseignants quand il a des problèmes de compréhension. Il est aimé par la classe ». Lui-même le confirme aussi : « Je n’ai pas de difficultés particulières. C’est vrai que parfois, on me taquine, mais je gère ». D’un enseignant à un autre, Debaba Codjo, professeur de musique piano témoigne aussi que « Glomépad a développé une mémoire auditive. Il maîtrise déjà les accords. La seule chose, c’est de lui positionner les doigts sur le piano ». Chose étonnante, Gaston Viwadinou, son papa, fait savoir que « nous pensons qu’il a des difficultés, mais lui il dit toujours le contraire », ce qui dénote de sa grande autonomie. Comme tout jeune de son âge, Glomépad nourrit aussi de grands rêves. « Après mon DT, si les moyens le permettent, je vais m’inscrire sur le campus à l’INMAAC pour faire la Licence. A côté de cela, je pense signer des contrats avec des chorales et des groupes musicaux pour les encadrer. J’ai aussi en projet d’avoir un studio d’enregistrement avec une ou deux salles de répétition. Je pense ouvrir un magasin d’instruments de musique pour des besoins de location. Je serai dans le showbiz », confie-t-il.

Adjéi KPONON

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