Direction de la Médiathèque de l’Education : Une institution de conservation de la mémoire éducative

Des décrets, des arrêtés et même des notes de service sont pris, depuis la période précoloniale jusqu’à aujourd’hui, pour réformer le système éducatif béninois.

Chaque Gouvernement vient avec son lot de textes législatifs et règlementaires en vue d’un pilotage efficient et paisible du secteur de l’éducation. Dans ces conditions, une myriade de réformes et d’innovations éducatives existent, mais n’étaient pas compilées dans ‘’un centre de mémoire’’ jusqu’en 2006. C’est pour ainsi combler ce vide que la médiathèque de l’éducation a été créée en 2007. Depuis lors, une brochette d’actions sont menées et des projets en cours d’élaboration pour le bonheur des acteurs de l’école.

S’il y a une institution sous-tutelle du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire dont le bâtiment est sis au quartier Adjinan à Porto-Novo, avec pour mission de reconstituer la mémoire éducative, capitaliser des expériences dans le domaine de l’éducation et vulgariser les politiques stratégiques des résultats atteints dans ce système puis l’animation éducative avec les acteurs, c’est bien la Direction de la Médiathèque de l’Education. Créée en 2006 par la ministre Colette Houéto et devenue fonctionnelle en 2007 pour pallier le manque de centre d’informations sur le passé du système éducatif, la médiathèque de l’éducation est à son deuxième directeur. Après l’actuel Ministre Salimane Karimou qui avait conduit cette direction jusqu’en 2008, c’est le professeur certifié de philosophie et communicateur Ilalou Atikou qui s’occupe de celle-ci depuis 2008 à nos jours. « La médiathèque change de bâtiment parce qu’aujourd’hui, il y a une politique d’utilisation rationnelle du patrimoine immobilier de notre ministère. Nous avons fait des réformes. Des structures ont été fusionnées, des projets ont été réaménagés et il y a des espaces qui sont libérés. Là où on était, c’était une location. A partir du moment où nous avons des espaces qui relèvent des patrimoines du ministère et qui sont susceptibles d’être occupés, il est normal qu’on allège la charge de l’Etat afin qu’on puisse libérer le budget qui sert aussi à payer ces locations, pour servir à autre chose. Donc, nous sommes en train de faire ce déménagement dans le but de réduire le budget de la charge locative de notre ministère », a justifié l’actuel directeur de la médiathèque de l’éducation sur la pertinence du déménagement de sa direction.

De la réalisation des ouvrages pour les acteurs du système éducatif

« Il faut dire que la mission et la valeur de la médiathèque ne sont pas encore reconnues au Bénin et dans la plupart des pays africains. Les projets que nous avons eus n’ont pas été accompagnés comme cela se doit. Les priorités sont telles que c’est presqu’un luxe de se donner une institution qui se spécialise dans la reconstitution des mémoires ». Ces propos du directeur de la médiathèque de l’éducation, Ilalou Atikou, en disent long sur le regard que portent les acteurs de l’éducation sur un centre d’archivage des documents. Depuis son arrivée à la tête de cette institution, plusieurs ouvrages sont édités et mis à la disposition du public pour corriger les imperfections qui se glissent dans les réactions quotidiennes des acteurs de l’éducation. « On a fait des recherches et on a dû faire une reconstitution de la mémoire du système par un ouvrage que nous avons intitulé ‘’Aperçu des réformes et innovations éducatives au Bénin : de la période précoloniale à la période contemporaine ‘’. Il y a aussi que dans le domaine de la déontologie, il y a un vide malgré la législation scolaire qui s’apprend dans les ENIs. C’est donc un vide que la médiathèque a vu et les efforts sont déployés dans ce sens pour d’abord reconstituer les textes législatifs et règlementaires. En dehors de cela, sur la base de cet effort de collecte des textes, nous avons pensé qu’il faut doter le système d’une approche déontologique accessible et à la portée des enseignants et qui soit facile à lire. Nous avons réalisé à cet effet un ouvrage sur ‘’ La déontologie de l’instituteur’’. Les efforts de vulgarisation sont annuels et perpétuels. Dès que quelque chose doit être vulgarisé dans le système, la médiathèque s’engage. Cela fait partie des grandes réalisations de la médiathèque », a détaillé d’un ton rassuré le professeur certifié de philosophie dans sa tenue basin vert foncé soutenue par un bonnet marron. En sus de ces documents éducatifs disponibles pour apporter de la matière aux acteurs de l’éducation, le successeur de l’actuel ministre Salimane Karimou à la médiathèque de l’éducation affirme que sa direction travaille à la sensibilisation et au renforcement des capacités dans la conservation et l’entretien des manuels que le ministère met au service des directeurs d’école. Il poursuit qu’ils sont de façon perpétuelle sur le terrain pour la vulgarisation, l’affermissement des capacités dans le domaine de la reconstitution de la mémoire et de la préservation des archives.

Quid de la plus value de cette direction pour le système éducatif

Pour faire des projections sur le système éducatif, des regards rétrospectifs se font sur le passé. « La première des choses, c’est que la médiathèque permet d’avoir une mémoire du parcours du système. Sans la mémoire, il n’y a pas de projections valables », a-t-il souligné avant de poursuivre que la médiathèque apporte beaucoup à travers la reconstitution des mémoires. Abordant une autre contribution de cette direction dont il a la charge, l’universitaire affirme qu’« il faut faire connaître ce qui est en train de se faire dans le moment, dans le temps. Il faut faire connaître ce qui a été réalisé. Nous manipulons des paradigmes, des concepts ; par exemple quand on dit APC. Ce sont des choses qu’il faut faire connaître à un large public. La médiathèque dans ce sens joue un rôle. Le système éducatif, c’est un domaine régit par des normes, par des textes législatifs et réglementaires. Lorsqu’on ne connaît pas ces textes, on passe à côté. En faisant connaître ces textes, la médiathèque apporte une grande contribution à un pilotage performant et efficient du système éducatif...». Fort de ces contributions de la médiathèque au système éducatif, elle n’embrasse pas tous les sous-secteurs de l’éducation et n’est pas accessible à tous à cause des moyens qui plombent la réussite de leur mission.

Des difficultés dans l’accomplissement des missions

Conçue pour travailler pour les trois sous-secteurs de l’enseignement, la réalité fait que la médiathèque de l’éducation ne travaille que sous-tutelle du Ministre des Enseignements Maternel et Primaire et ne bénéficie que des moyens mis à sa disposition par ce ministère. « Nous sommes plus concentrés sur ce ministère en attendant que la médiathèque qui est aussi dans une perspective de rénovation puisse être reconçue et améliorée pour avoir une dimension transversale », a souhaité le directeur avant d’ajouter que le plus grand problème que la médiathèque rencontre aujourd’hui, c’est de trouver les traces de la mémoire de notre système. « Une école est créée, le premier directeur s’en va. A partir du 5ième directeur, vous n’avez même plus des informations sur ce qui a été les évènements qui ont marqué la création de l’école », se désole-t-il.

Des priorités de la médiathèque de l’éducation

« Le rêve de la médiathèque est d’avoir une grande salle multimédia qui puisse permettre aux gens de venir à la médiathèque et d’être ouvert sur le centre. Nous avons aussi en projet, la réalisation d’un film documentaire sur la randonnée de l’école. C’est un projet qui nous tient à cœur. La médiathèque est accessible à tout le monde, mais nous n’avons pas encore les moyens pour permettre à tout le monde d’y accéder. Les usagers de la médiathèque, c’est tous les acteurs de l’école sans exception. Le véritable problème est que ceux qui viennent à la médiathèque sont des chercheurs ou des gens en formations », a renseigné avec conviction au reporter de Educ’Action, Ilalou Atikou avant d’ajouter que sa direction est constituée d’un service de recherche documentaire, d’un service de vulgarisation, d’un secrétariat administratif et d’un service de comptabilité. Par ailleurs, dans le budget exercice 2019 alloué au Ministère des Enseignements Maternel et Primaire, la part qui revient à la Direction de la Médiathèque de l’Education (DME) est de l’ordre de 60.597.000 Francs CFA contre 70.753.000 Francs CFA pour l’année 2018.

De la baisse du montant alloué à la DME

Le budget alloué à la direction qui sert, entre autres, de mémoire pour l’éducation a régressé de 10.156.000 Francs CFA par rapport à l’année écoulée. Le directeur justifie la baisse en ces termes : « les préoccupations de l’éducation deviennent de plus en plus grandissantes et harcelantes. Chaque année, on crée des écoles et il faut recruter. Cela veut dire que les frais du personnel augmentent et à chaque fois, il y a une nouvelle réforme qui impose de nouvelles priorités. Par rapport à cela, les budgets sont revus. Ce n’est pas seulement au niveau de l’éducation. Ailleurs, vous allez constater que la fonction archivistique est reléguée en dernière position. Il est nécessaire qu’on fasse un travail de lobbying, de perception pour qu’on puisse améliorer ce budget. Mais les ressources de l’Etat diminuent aussi. L’Etat doit rééquilibrer en diminuant aussi le budget ». A cet effet, l’universitaire n’a pas manqué de jouer la carte de doléances pour qu’une importance soit plus accordée à la mémoire dans tous les domaines, pas seulement dans le système de l’éducation. « Les professionnels des médias se plaignent parce que pour faire des recherches sur le passé, ils sont obligés d’investir dans les médiathèques des pays de l’Occident pour avoir des informations sur les évènements qui se sont déroulés au Bénin. Cela veut dire qu’à un moment donné, si nous ne prenons pas des dispositions pour bien conserver notre mémoire, nous serons obligés d’investir pour la reconstituer sans la récupérer, sans avoir cette mémoire dans son originalité. Parce que si vous devez avoir la mémoire des évènements passés du Bénin en version française, vous aurez des versions qui arrangent les intérêts de l’Occident. Donc, on va investir et on ne va même pas avoir l’originalité », alerte-t-il.

Enock GUIDJIME

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