Apprendre à faire du Garba ! - Journal Educ'Action

Apprendre à faire du Garba !

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Mes lecteurs soutiennent que la béninité reste indéfinie. L’intention initiale était de circonscrire lentement et sûrement le concept pour qu’il nous pénètre. En première approche, j’ai proposé d’y voir non pas une quête d’identité, mais sa sereine affirmation ! Ce qui pose plein de questions. Cette identité s’oppose-t-elle à la colonisation ou à la mondialisation ? S’agit-il de s’arrêter à un instant T pour se reformater ? Quel est le contenu et le mécanisme d’appropriation de cette identité ?
La béninité dont je parle n’est pas cette béninoiserie, où les Béninois se critiquent entre eux. Ce n’est pas non plus une béniniaiserie, cette chimère naïve qui soutiendrait des théories du repli de soi et des bonheurs dans l’au-delà. Cette prise de conscience de soi est simple : on ne cherche même pas à revendiquer une ivoirité, une togolité ou une africanité ! On se contente de développer des valeurs proches de nous, qui nous sont chères et nous permettront de commencer à voir autrement notre entourage. Vivons-nous actuellement dans des pays libres ? Peut-être ! Mais des pays cernés de partout par une batterie d’indicateurs et sommés d’atteindre des ratios de développement pour bénéficier de notations de sociétés qui ne sont même pas étatiques. Nos gouvernants s’évertuent à faire exister nos contrées. Parfois, on nous lance quelque satisfecit que nous nous empressons de claironner. Mais comme le soulignait jadis le maréchal Tito, de l’ex Yougoslavie : «Quand l’impérialisme me félicite, je me demande quelle erreur j’ai encore commise.» Détrompez-vous ! Nos dirigeants sont conscients mais il s’agit ici de diriger un État avec la terrible équation mondialisation/autonomie.
Sommes-nous libres ? C’est la bonne question. L’idéologie démocratique a fait miroiter la liberté sociale voire politique, mais nous ne l’avons pas accompagnée d’autonomie économique. Je parle de chaque individu. Je ne parle pas de cette liberté qui consiste surtout à ne pas s’occuper du politique (qu’on dit ne plus comprendre), à se contenter du peu que nous donne l’économie (salaire de survie) et à se démarquer du social par un repli dangereux sur soi-même (en se cramponnant au téléphone, loisirs télévisuels, plaisirs inavoués). Sommes-nous tous des pères ALAFIA , conscients mais résignés ?
Comment se reprendre pour exister en tant qu’individu sans peur de cette société manipulatrice qui développe une pensée unique et inhibitrice donnant l’impression de régler tous nos problèmes, car plus importante que nous ? Secouons-nous ! À défaut d’œuvrer pour nous-mêmes, travaillons pour nos enfants ! Il s’agit pour nous de donner un sens à notre vie au lieu de passer notre temps à nous regarder végéter dans la médiocrité par le prisme de notre téléphone portable et de notre télévision. Mais alors que faire ?
Je poursuis un objectif simple. Je souhaite que nous puissions donner, au moins à la majorité de nos enfants, ce que nous n’avions pas eu et qui a fait de nous des êtres bourrés de complexes et incapables de concevoir, d’entreprendre et d’exécuter : une vraie éducation ! Elle consistera à revisiter notre pays et ses potentialités. Il s’agira d’une éducation bénino-centrée. En somme, chaque Béninois regarde le monde à travers les valeurs morales et intellectuelles de cette grande nation qu’est et doit être le Bénin et non l’inverse. Il faudrait en finir avec cette éducation actuelle qui nous déforme pour nous rendre conforme à l’uniforme de mendiants qu’on nous coud par le nivellement de la mondialisation. Au moment où je continue cette chronique, mon regard tombe sur une vidéo où des milliers de titulaires de doctorats en Côte d’Ivoire réclament du travail à l’État. Comme le dirait une de mes enfants : Pitiation. Ils savent magnifier l’extérieur ; demandez-leur quel est le prix du manioc dans leurs régions et comment mieux le cultiver pour le garba local. Ils iront à 99% sur le net car le doctorant ne va pas au village et surtout pas au champ ! C’est ça, une génération perdue.
Notre mission première est de revoir tous nos curricula et d’éteindre ces théories inutiles de développement, de croissance, d’industrialisation inculquées par la vaccination intellectuelle et morale de masse que nous avons subie. Il s’agira de lui substituer la connaissance et la compréhension de nos milieux pour entreprendre et les transformer. En réalité, il s’agit d’apprendre à vivre avec notre temps sans perdre notre âme !
Ce qu’il faudrait retenir ici, c’est que notre béninité passe par une prise de conscience individuelle qui fonde une reformulation du socle de connaissances et de compétences qui sera le nôtre. Avec cela, nous pourrons éduquer nos enfants à l’épanouissement et à l’entreprise. Reste à poser l’idéologie et le contenu. Pour l’heure, adhérons à la cause, enrichissons-la et surtout commençons à nous délivrer !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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