Absence répétée des parents à la maison : Un frein à l’instruction et à l’épanouissement éducatif des enfants

« L’éducation des enfants est une chose à laquelle il faut s’attacher fortement », disait Molière. Cependant, cette citation semble ne pas occuper une place de choix dans le comportement de quelques parents d’élèves. Ces derniers, pour diverses préoccupations, sont souvent ou totalement absents sur le champ de l’éducation de leurs enfants. Votre journal Educ’Action s’est intéressé à l’impact de cette situation. C’est à travers ce reportage !

Pierre Oti est un orphelin de mère qui réside chez son oncle à Akogbato, dans le quartier de Fidjrossè, situé dans la commune de Cotonou, capitale économique du Bénin. Vivant loin de son géniteur, il a suivi les cours au Collège d’Enseignement Général Fiyégnon et est candidat au Baccalauréat, session de juin 2021. En une année, c’est une seule fois que cet apprenant arrive à voir son père qui se trouve au village depuis des lustres. « En classe, il m’arrive des fois de penser à mon père et même pendant des compositions. Ceci agit parfois sur mes résultats. Sincèrement, le fait qu’il ne soit pas toujours présent pour moi, me fait parfois très mal. Je m’inquiète quotidiennement pour lui parce que je n’ai pas souvent de ses nouvelles. Parfois, je me sens très ennuyé et cela me met mal à l’aise », s’est-il plaint, les yeux larmoyants. Cette situation dans laquelle vit Pierre Oti n’est pas un cas isolé. C’est le commun des parents d’élèves qui ont à peine le temps d’éduquer leurs progénitures. Pour la plupart, des fonctionnaires voire des hommes d’affaires, ils troquent l’éducation de leurs enfants contre la quête du gagne-pain ou les formations professionnelles ou académiques. Cette situation qui semble s’imposer à eux, empiète inévitablement sur l’éducation de leurs rejetons. Cependant, des raisons militent en faveur de l’absence répétée des parents dans l’éducation des enfants.

Exigences professionnelle et académique comme principales causes

Les contraintes professionnelle, familiale et académique contribuent à l’absence prolongée des parents dans l’éducation des enfants. « On observe l’absence des parents pour des raisons professionnelles. Il s’agit, entre autres, des mutations au cours de l’année scolaire des enfants, des heures de travail de certains parents qui ne coïncident pas avec le temps de présence des enfants à la maison. L’activité ou le commerce du parent lui prend assez de temps », a affirmé Mylène Davy, psychologue clinicienne, montrant ainsi les raisons professionnelles qui suscitent l’absence des parents aux côtés de leurs progénitures. S’intéressant aux exigences familiales, elle ajoute : « lorsque le ménage est polygamique, lorsqu’il n’y a qu’un seul parent qui travaille et prend en charge les besoins de la famille, ou il y a décès d’un conjoint, on constate l’absence du parent. Car, par le manque de moyens financiers, des parents confient l’enfant à d’autres personnes qui sont ou pas membres de la famille ». Propos relativement partagés par Gildas Adjaho, parent d’élève et fonctionnaire en service au ministère de l’enseignement secondaire. « Il faut dire que c’est à cause des contraintes professionnelles et des formations universitaires cumulées que je ne suis pas souvent à la maison, près de mon enfant », témoigne-t-il. Cette situation n’est pas sans conséquences sur l’éducation des enfants.

L’impact de l’absence des parents sur l’éducation des enfants

Quel que soit l’âge de l’enfant, la présence d’un parent à côté est primordiale, mais c’est tout le contraire qui s’observe dans le rang de quelques parents. « L’absence répétée des parents crée chez les enfants un sentiment d’insécurité, d’abandon et surtout des failles dans leur éducation, des vides dans la communication entre parent et enfant », fait savoir Sègbédé Aligbonon, psychologue clinicienne. Que l’enfant soit un bébé, dans ses premières années de vie, en âge scolaire, adolescent ou un jeune adulte, les conséquences de l’absence de ses parents sont légion et différentes. « Quand l’enfant est tout-petit, il n’a pas conscience de son corps, surtout de ses premiers besoins. Donc, on sent cette absence comme de l’insécurité. Mieux, il y a des failles dans l’acquisition des aptitudes. L’affection que le parent doit donner à l’enfant diminue si le parent n’est pas présent physiquement. L’enfant ne va pas véritablement montrer de l’amour, de l’attachement à la personne. Même s’il y a des personnes qui jouent ce rôle, la manière dont les parents le jouent, ce n’est pas la même chose », fait observer la psychologue clinicienne Sègbédé Aligbonon.
L’école, cadre éducatif par excellence, est le lieu où l’enfant acquiert des connaissances. Lesquelles nécessitent d’être approfondies à la maison avec l’appui des parents pour l’évolution scolaire de l’enfant. C’est l’antipode qui se vit dans les ménages avec à la clef, ses corollaires. « Selon que l’enfant est en âge scolaire, après l’école, l’enfant a besoin des parents pour retrouver un climat familial. Quand le parent n’est pas présent, cela crée un sentiment d’abandon dans la tête de l’enfant. Il quitte l’école, il vient à la maison et il n’y a pas celui à qui poser des questions », informe Sègbédé Aligbonon. Sa collègue Mylène Davy fait un autre constat au niveau des enfants souffrant de l’absence des parents. « On remarque le trouble de l’attention qui crée les difficultés de concentration en classe et ou de mauvais rendements scolaires. Il y a l’instabilité émotionnelle, le trouble de l’identité, le trouble de l’affection qui peuvent conduire à la prise de substances psycho actives, la fugue du domicile familial et parfois la mauvaise fréquentation qui peut amener l’enfant à s’adonner au vol et autres. On constate également une hyperactivité chez certains élèves qui veulent s’occuper pour éviter de se sentir seuls. Il y a aussi le trouble du développement, le sentiment de rejet ou d’abandon voire l’isolement chez certains », a-t-elle indiqué pêle-mêle.
Quant aux adolescents, les caractères sexuels secondaires apparaissent déjà dans leur rang. Alors, leur curiosité est aiguisée, nécessitant, à n’en point douter, la présence des parents pour plus de compréhension sur l’éducation à la santé sexuelle. « Quand l’enfant est adolescent, il a de nombreuses questions sur la sexualité, la relation avec l’autre sexe et ce sont les parents qui ont des éléments de réponses sur ces questions. Il y a aussi des questions sur l’apprentissage, sur l’âge, la religion. Du coup, de mauvaises informations circulent quand les parents ne sont pas disponibles », rappelle la psychologue clinicienne Sègbédé Aligbonon, en service au Centre National Hospitalier Universitaire de Psychiatrie de Cotonou. Par ailleurs, elle revient sur une autre facette des conséquences de ce comportement des parents en affirmant que : « il y a donc de la timidité, de la cachotterie, parce que les parents ne sont pas disponibles à dialoguer. Beaucoup de vices naissent à l’adolescence dont la toxicomanie, le mensonge, des troubles de comportements, des dépressions, des problèmes psychologiques qui surviennent au contact des expériences mal vécues, de légers comportements de prostitution ou de sexualité à risques même si ce n’est pas clairement de la prostitution ».
A l’étape de jeune adulte, poursuit-elle, l’absence des parents à répondre aux questions professionnelles de l’enfant liées à son stage ou à son employeur, participe à sa contre-performance. Au regard des propos, on retient que les parents perdent la boussole de l’éducation de leurs enfants. Le travail à la prise de conscience et le réaménagement de l’agenda sont les solutions préconisées pour renverser la vapeur de l’absence des parents dans l’éducation de leurs progénitures.

Prise de conscience et réorganisation de l’agenda, premières solutions

« Une bonne éducation est le plus grand bien que vous puissiez laisser à vos enfants », disait Laurent Bordelon. Cette citation semble ne pas retenir l’attention des parents. Les nouvelles tendances occidentales font que des parents abandonnent les cultures et les pratiques des familles africaines, précisément béninoises pour s’adonner à la mode. « Nos mères se sacrifiaient à des activités qui leur permettaient d’être plus présentes à la maison pour éduquer les enfants. Je suis une femme et je veux mon autonomie financière, être à la mode, m’offrir des voyages et pleins d’autres choses. N’y-a-t-il pas d’activités pour avoir cette autonomie sans être absente auprès des enfants ? Ne pouvons-nous pas nous offrir tous ces plaisirs lorsque les enfants auront atteint leur maturité et indépendance ? Avons-nous les mêmes opportunités, mêmes cultures pour copier ou faire comme les Occidentaux ? Quelles images donneront les enfants de notre famille, notre lignée ? », s’interroge, pour sa part, Mylène Davy, psychologue clinicienne, insistant sur l’importance de prioriser l’éducation des enfants. Elle ajoute par ailleurs que : « les enfants se retrouvent parfois chez des personnes qui ne sont pas en mesure de discerner le bien du mal et de servir en tant qu’éducateur. Nous confions nos enfants à des institutions en les inscrivant sous le système d’internat, ou parfois de garderie sur une longue durée de voyage. Un parent reste un exemple à travers lequel l’enfant s’identifie durant son développement ».
En outre, le contexte social du pays oblige les hommes à travailler pour subvenir aux besoins de leurs enfants, d’où l’absence à la maison. Gildas Adjaho, parent d’élève juge que : « la responsabilité du suivi des enfants revient en grande partie à la mère qui s’assure également de l’assimilation des notions de l’école ». Une opinion que ne partage pas la psychologue clinicienne Sègbédé Aligbonon. « Il n’est pas bien de se figer dans des rôles traditionnels de la femme. Il est opportun de trouver un terrain d’entente, c’est-à-dire ce que le père peut faire pour aider la mère et vice versa », fait-elle savoir pour insister sur le rôle qu’est celui du père dans le foyer.
Le dialogue parent-enfant fait partie du modèle à imprimer dans le ménage pour garantir une bonne éducation aux enfants. « Il faut essayer de trouver des moments de congés ou de vacances pour communiquer avec les enfants. Les parents doivent ménager leur emploi du temps. Ils peuvent être très occupés, avoir un boulot prenant mais ils doivent trouver un espace de présence pour les enfants. Quand on veut, on peut le faire. Les horaires de travail ne correspondent pas toujours aux obligations, mais les parents peuvent trouver des terrains d’entente, surtout quand le couple vit ensemble », insiste Sègbédé Aligbonon, psychologue clinicienne. Pour sa collègue Mylène Davy, chaque parent doit réfléchir selon ses moyens, ses possibilités, sa disponibilité professionnelle et son environnement familial pour réorganiser son agenda et ses activités au profit de l’éducation et l’épanouissement de ses enfants.

Enock GUIDJIME

 

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