82,67% de taux de réussite au CEP 2021 : Tout sur les raisons des 02,03% du taux de régression

L’examen du Certificat d’Etudes Primaires, session de juin 2021 a livré son résultat depuis le mercredi 30 juin 2021. 82,67% de taux d’admis à l’échelle nationale contre 84,70% en 2020. Pour comprendre les raisons de la régression en termes de performance à cet examen de base, votre journal Educ’Action a tendu son micro à quelques acteurs de l’école pour le décryptage.

Passage systématique des apprenants de la classe de CM1 au CM2, en respect au système du sous-cycle, chance de participation à l’examen du CEP accordée aux apprenants du CM2, avènement de la Covid-19, Eternel manque de suivi des parents d’élèves couplée à la morosité financière. Ce sont les raisons évoquées par les acteurs de la chaîne éducative et qui, selon eux, ont contribué à la baisse du taux d’amis au Certificat d’Etudes Primaires (CEP), session de juin 2021 au plan national. Malgré le fait que les grèves perlées dans le secteur éducatif relèvent désormais du passé, on constate 02,03% de taux de recul entre les taux obtenus au CEP en 2020 et en 2021. Une régression que tente d’expliquer Victor Adohinzin, Directeur des Examens et Concours du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (DEC/MEMP). « Il n’y a pas d’amalgame à faire par rapport à ce que le taux de réussite au niveau national a chuté entre l’année dernière et cette année. Il y a certaines pratiques de supercherie qui s’opèrent au niveau des écoles par des directeurs depuis 2016 où le ministre a pris la décision de sanctionner les directeurs qui ont eu 00%. Du coup, non seulement les gens font une sélection avant l’examen, mais ils ne présentent plus systématiquement tous les enfants qui sont en classe de CM2 à l’examen du CEP. Ils font une sélection, quand ils constatent que le niveau des enfants baisse au lieu de renforcer la formation. Ils les écartent de l’examen du CEP pour ne pas avoir de mauvais pourcentages. Mais cette année, l’autorité a redoublé de vigilance et ils n’ont plus la possibilité d’écarter les élèves qu’ils jugent inaptes pour le CEP. Ce qui a fait d’ailleurs que le taux d’inscription a augmenté », a-t-il explicité après la proclamation des résultats, montrant ainsi que l’augmentation du taux d’inscription a participé à cette baisse. Cette analyse du DEC/MEMP est relativement appuyée par Pierre Chellon Hounkandji, Directeur Départemental des Enseignements Maternel et Primaire du Zou (DDEMP/Zou). « Lorsque nous analysons ce taux par rapport à celui que nous avons eu l’année dernière au plan national, il faut dire fondamentalement que le taux d’inscription a augmenté de plus de 15%. Donc en termes d’inscription, nous avons plus d’effectifs et plus on a d’effectifs, plus on a de difficulté pour encadrer. Certes, ce n’est pas une raison mais c’est un facteur », explique, à son tour, le DDEMP/Zou, sur l’émission de la Web radio Educ’Action, le lundi 05 juillet 2021. L’accroissement des effectifs dans les classes de CM2 et à l’examen du CEP émane du passage systématique des apprenants. Une décision prise en lien avec l’Approche Par les Compétences (APC) en période de la Covid-19 au cours de l’année scolaire 2019-2021. Ce qui, selon l’avis de quelques acteurs, semble contribuer à cette baisse du taux de réussite au CEP 2021.

De la Covid-19 au passage systématique des apprenants du CM1 au CM2

Il est un secret de polichinelle que l’année scolaire 2019-2020 n’est pas apaisée. Loin des débrayages, c’est plutôt la crise sanitaire liée à la Covid-19 qui a plombé les activités pédagogiques incitant en effet les autorités éducatives à renvoyer apprenants et enseignants en congés anticipés. Une solution qui a tôt fait d’amener ces autorités à opter pour le passage systématique des élèves des classes de CI, CE1 et CM1. Cette réforme actée dans les écoles a son mot à dire dans la chute du taux d’admis des candidats au CEP 2021. « Autre chose, il y a la notion de sous-cycle où les enfants ne doivent plus reprendre le CM1 parce que de par le passé, les gens présentent les candidats qui sont au CM1 au CEP. Même cette année, nous avons retrouvé dans le Plateau des candidats de CM1 qu’on a tenté de présenter au CEP. Donc cela a révélé des pratiques malsaines mises en œuvre dans les établissements par certains directeurs animés de mauvaise foi », a déclaré Victor Adohinzin, DEC/MEMP pour renseigner sur l’une des causes de la baisse du taux de réussite. Dans une classe, se trouvent des apprenants surdoués, moyens et attardés. Ce qui témoigne de la disparité du niveau des apprenants des classes du CM2. « La régression au niveau du taux d’admissibilité au CEP pourrait s’expliquer par le fait que nous avons connu l’année dernière, une année spéciale où la covid-19 a mis presque tous les enfants à la maison. Il faut comprendre aussi que les enfants du CM1, en ce moment et par les mesures du ministère, tous les enfants du CM1 étaient tous envoyés au CM2. Ce n’est pas évident que tous les enfants du CM1 aient le niveau du CM1 d’où ce résultat », dira, pour sa part, un Chef de région pédagogique qui a requis l’anonymat avant d’ajouter que le résultat est quand même appréciable. « On pouvait même s’attendre à un résultat beaucoup plus catastrophique parce que vous vous rappelez, lorsque le ministre avait pris une lettre circulaire par rapport au passage en année supérieure à l’intérieur des sous-cycles, il y avait eu un tollé général et les critiques fusaient de toute part. Alors que nous sommes dans l’APC, il y a des principes qui guident les passages en années supérieures. Beaucoup avaient à cet effet, prédit la catastrophe par rapport au résultat de cette année. Mais on n’est pas descendu en deçà de 80%. Nous sommes à 82, 67%, donc c’est une légère baisse », soutient le DDEMP du Zou pour rejeter l’hypothèse selon laquelle l’application du système du sous-cycle n’est pas tributaire de cette baisse. « L’année dernière où il y avait eu cette pandémie de la Covid-19, nous étions restés un tant soit peu à la maison. Mais après, nous avions repris l’école. Je me demande si ce n’est pas dû par hasard au passage systématique des élèves de la classe de CM1 au CM2 ? », s’est interrogée, Gisèle Noutchogbé, directrice de l’EPP Fifatin et invitée de Serge David Zouémé sur l’émission de la Web Radio Educ’Action, avant de revenir sur l’éternel manque de suivi des parents dû, à l’en croire, à la morosité financière. Epiphane Azon, Président de la Fédération des Associations des Parents d’Elèves et d’Etudiants du Bénin (FENAPEEB) ne dira pas le contraire. « Il faut dire que certains parents d’élèves sont en perte de vitesse et n’arrivent pas à suivre leurs enfants ». Ces conditions de travail n’ont pas, néanmoins, empêché les départements du Littoral et du Zou à maintenir le cap et à faire mieux que l’année scolaire 2019-2021.

Des secrets de réussite du Littoral et du Zou…

Sorti 1er au plan national avec un taux de réussite de 82,67%, le département du Littoral compte deux (02) régions pédagogiques que sont le 28 et 29. Quels sont les facteurs de cette performance dans le département du Littoral ? « Cette année, nous avons multiplié les séances d’examen blanc pour les enfants. C’est vrai que la circonscription scolaire l’organise. Il y a des structures privées expérimentées dans le domaine qui le font également. Nous-mêmes, enseignants de l’école, nous nous sommes attelés à cela. Nous suivons de près ces séances », a dit Gisèle Noutchogbé, directrice de l’Ecole Primaire Publique Fifatin dans la région pédagogique 29, donnant ainsi le secret d’un tel score. Lequel score a ému l’inspecteur Codjo Camille Tchiakpè, Chef de la RP 28. « Nous sommes contents en ce sens que depuis 2017 jusqu’à ce jour, c’est le Littoral qui a toujours été premier au CEP. Nous nous sommes quand même battus pour ne pas perdre la place parce qu’il est facile d’être premier mais maintenir la place est difficile », a-t-il laissé entendre sourire aux lèvres. Au soir de la proclamation des résultats, force est de constater que les circonscriptions scolaires Cotonou-Sikè et Cotonou-Gbégamey de la région pédagogique 28 se sont taillées la part du lion, avec respectivement 98,97% et 94,74%. « Après le CEP, l’année dernière où Sikè a toujours gardé la tête, nous avons, à la réunion des directeurs, analysé les résultats par ordre d’enseignement. Nous avons analysé les résultats des publics avec leurs directeurs et une résolution a été prise. Le même exercice est aussi fait avec ceux du privé. Nous nous sommes après, fixés comme objectif d’atteindre 95% pour le CEP 2021. Donc, il revenait à chacun de bien travailler parce qu’à chaque fois, nous rappelons l’objectif à atteindre », fait savoir l’inspecteur du 1er degré Camille Tchiakpè. Par ailleurs, il ajoute : « A chaque niveau, chacun travaillait pour ne pas être le dernier. Personne ne voulait être responsable du faible taux. Il y a surtout le renforcement des capacités organisé par le ministère en envoyant les inspecteurs sur le terrain pour accompagner surtout les enseignants du CM2 ». La contribution de la mairie à travers les TD avec à la clef l’invite des apprenants à se rendre dans les écoles proches de leurs maisons, les deux (02) examens blancs ont pesé du poids dans la balance de la réussite de la RP 28. Dans la foulée, le département du Zou, 4ième au plan national, n’a de cesse d’améliorer son taux de réussite au CEP depuis trois (3) ans. 80,03% ; 82,64% et 84,04% respectivement en 2019, 2020 et en 2021. Ces taux sont la résultante d’un travail rigoureux et collégial. Saluant les efforts de chaque acteur dans sa cloison, le DDEMP Zou lance une invite : « Nous devons nous rasseoir pour étudier tous les éléments qui puissent nous permettre d’améliorer notre performance. Le corps de contrôle, les membres du réseau d’animation pédagogique sont interpelés et tous les acteurs notamment les enseignants, parce que tout part de l’enseignant et tout revient à l’enseignant, ne l’oublions pas. Si l’enseignant a la volonté et veut que l’élève travaille dans sa classe, réinvestisse et transfert aisément les acquis capitalisés à l’école, je crois que ce sera chose faite parce que l’enseignant seul a ce pouvoir d’agir sur l’apprenant, de l’aider à construire les connaissances pour que le transfert se fasse aisément ».

Enock GUIDJIME

Related Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *