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Le Recteur Brice Sinsin, parlant de son bilan à la tête de l’UAC

« Nous avons aujourd’hui une université d’une très grande renommée et j’en suis fier »

 

Aux commandes de la plus grande université publique du Bénin depuis six ans, le recteur Brice Augustin Sinsin est en train de passer ses derniers jours à la tête de l’Université d’Abomey Calavi. A travers cet entretien exclusif du recteur sortant accordé au journal Educ’Action, le bilan des différentes réalisations effectuées au cours des deux mandatures de l’équipe rectorale a été passé en revue. Entre autres sujets abordés, la question relative à l’assainissement du campus, la construction des infrastructures et quelques difficultés rencontrées lors de sa gestion. Lisez plutôt !

Educ’Action : Dans quelques jours, vous allez passer le témoin à votre successeur après six bonnes années de gestion. Que peut-on retenir en termes de bilan de votre passage à la tête de l’Université d’Abomey-Calavi ?

Brice Augustin Sinsin : Nous avons complètement assaini le campus universitaire d’Abomey-Calavi. C’est plusieurs dizaines de camions pour débarrasser le campus des ordures, de la broussaille et de tout ce qui salissait l’université qui était comme un dépotoir. Maintenant, nous avons un visage du campus un peu plus fréquentable. Nous avons interdit la vente dans les sachets plastiques et avons aussi commencé par donner des noms aux rues. Vous savez, les béninois ne sont pas du tout habitués à dénommer les rues et nous avons réussi à faire cela pour les rues mais aussi pour les bâtiments. Systématiquement, les bâtiments portent maintenant des noms et cela permet de valoriser et de se repérer de façon plus vite. Parlant du grand chantier de la recherche, j’ai commencé carrément à mettre en place la politique de la recherche à l’UAC en réunissant des ressources, en faisant d’énormes économies pour que nous puissions avoir aussi un programme de recherche capable de former des docteurs, capable de donner des bourses aux étudiants et capable aussi d’encourager les enseignants à encadrer. Nous avons produit beaucoup d’articles et je crois que c’est quelque chose de très révolutionnaire au niveau continental. En raison des moyens dont nous disposons, nous avions créé un service des volontaires de l’UAC pour aider quatre cent (400) cents diplômés en licence à s’insérer dans la vie de développement personnel en leur apprenant le leadership et l’entreprenariat. Ce programme se poursuit et à côté, nous avons aussi les incubateurs. Ceux qui sont porteurs d’idées géniales, on peut les entraîner à mieux murir l’idée et à faire de cette idée, quelque chose de vendable auprès des banques, auprès des institutions financières. Nous sommes à la troisième promotion de ces jeunes entrepreneurs qui ont déjà autour de 110 emplois, selon les statistiques qu’on m’a communiquées.

Quelles ont été vos réalisations sur le plan académique ?

Sur le plan académique, il y a eu le redressement de l’année académique. On était à une année universitaire décousue, c’est- à- dire que personne ne savait quand est-ce qu’on finit les cours et on ne savait non plus quand est-ce qu’on démarre une autre année académique. La première chose, c’est de normaliser notre année académique. Nous avons aussi la mise en œuvre du système Licence Master Doctorat (LMD), avec l’accompagnement pédagogique et l’appui d’autres collègues qui s’y sont vraiment investis pour nous faire assimiler un peu ce qu’il y a au niveau du système LMD.

Que retenir de la construction des infrastructures à l’Université d’Abomey-Calavi pendant vos six années d’exercice ?


Il y a la construction des amphithéâtres. Dans la zone master, nous avons nous même implanté nos salles préfabriquées et construites par les volontaires de l’UAC. Ce qui fait plaisir, c’est que, grâce à cela, nous avons nos volontaires qui sont devenus des spécialistes des constructions à partir des matériaux préfabriqués, ce n’est pas donné à tout le monde. Des sociétés privées viennent les chercher pour aller construire ces gens d’infrastructures. Pourtant, ce sont des volontaires qui n’ont même pas fait une école polytechnique. Ils sont plutôt des géographes, des sociologues et des agronomes.

Combien d’amphithéâtres ont été construits au total ?

Il faut dire qu’en termes de salles préfabriquées, ont doit être autour de 36 ou 38. En termes de bâtiments, nous avons surtout mis l’accent sur les enseignants qui n’avaient pas du tout de bureaux. L’enseignant doit avoir son bureau et c’est pour cette raison que nous avons mis l’accent sur la construction de la maison des enseignants pour qu’ils puissent être présents sur le campus. Parlant de coopération, nous avons développé beaucoup de choses. Cela a contribué à la réalisation des infrastructures sur le campus tels que l’amphi HOUDEGBE, ETISALAT, ALASSANE OUATARA. Nous avons modernisé aussi les amphithéâtres existants. Souvent quand on construit en Afrique, on oublie qu’il faut aussi entretenir. Parfois, le coût de l’entretien prend une sacrée proportion du coût de réalisation. Donc, il y avait les grands amphithéâtres qu’on a jamais nettoyé et depuis lors, on les a tous mis à l’œuvre.

Puisqu’il n’y a pas de succès sans difficultés, dites-nous les problèmes auxquels vous étiez confronté durant vos deux mandatures ?

J’aurais voulu avoir plus de budget. Il y a des défis que l’homme est né pour affronter et je suis quelqu’un qui aime affronter les défis. Je suis forestier et j’ai eu à affronter des lions, des buffles en brousse. J’ai affronté des éléphants et donc tout ce qu’il y a ici pour moi c’est la vie.

Comment appréciez-vous les méthodes de revendications de vos étudiants par exemple les soulèvements qui sont survenus suite au renvoi de certains étudiants de l’ex-FLASH ?

Les étudiants revendiquent et vivent leur temps. En mon temps, on faisait aussi des sit-in en respectant quand même nos institutions, nos enseignants, le personnel. Aujourd’hui par contre, on violente ses enseignants et le personnel ne vaut plus rien aux yeux de certains étudiants. Dans les salles de cours, on dépose des chiottes et on brûle des amphithéâtres. Ce sont des pratiques ignobles. Tout ce qui est violence doit être banni sur le campus.

Les étudiants estiment que c’est parce que l’autorité compétente ne réagit pas promptement qu’ils procèdent aux casses. Qu’en dites-vous ?

S’il s’agit des questions académiques, nous pouvons réagir. Mais pour des questions qui ne relèvent pas de notre autorité comme par exemple le payement des bourses, que peut faire un recteur ? Maintenant, si les résultats ne sont pas vite proclamés, là c’est notre problème. Combien d’étudiants ont grevé parce que les enseignants ne viennent pas au cours ?

Votre message pour conclure cet entretien.

Nous avons aujourd’hui une université d’une très grande renommée et j’en suis fier à travers une vingtaine de prix qu’on a obtenus en Europe, aux Etats Unis d’Amérique et en Asie. Ce n’est pas pour rien que j’ai dit que c’est une université qui représente une équipe de lions, dirigée aussi par un lion. Il faut que le gouvernement nous vienne aussi en appui. Parfois, mes collègues, chefs d’établissements souhaiteraient avoir plus et plus encore. Mais, il faut sortir du sentier classique, tout va dans le fonctionnement et puis ça ne transpire pas du tout. Maintenant l’argent de l’UAC est pour construire l’UAC. Il y a des sacrifices qu’il faut forcément consentir, à commencer par moi-même.

Propos recueillis par Giraud TOGBE

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