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Du foyer au laboratoire | Sur les traces des femmes scientifiques

La femme est toujours et partout, considérée comme le sel de la terre. Bien qu’elle joue, au foyer, le rôle de mère nourricière et éducatrice, son accession au rang de la femme intellectuelle lui confère un deuxième rôle d’ascension : femme enseignante et scientifique.

Ce dernier rôle lui offre l’opportunité de participer au développement de sa nation grâce à ses multiples travaux de recherches scientifiques. Donc, un double rôle : vie au foyer et vie de recherche. A travers ce reportage, nous ambitionnons de plonger nos lecteurs dans la vie de ces femmes dites ‘‘femmes scientifiques’’. Ils vont également comprendre la place accordée à l’éducation de leurs enfants, leur perception sur ce double rôle qui est le leur. Découvrez plutôt !

«Nous ne sommes pas des êtres faibles. Dieu nous a rendues fortes parce que nous pouvons faire plusieurs choses à la fois…J’ai appris à faire mes activités scientifiques au moment où toute la famille s’endort. Avant qu’elle ne se lève, j’ai déjà fini de faire mes activités scientifiques. Très tôt le matin, je me plonge dans les activités domestiques…», détaille professeur Toyin Odéku, doyenne de la faculté de pharmacie d’Ibadan (Nigéria) pour renseigner sur son quotidien parlant de la conciliation vie au foyer et vie scientifique pour ce qui la concerne. Ces dispositions proviennent de l’organisation pratique et technique que la plupart des femmes s’imposent et de la priorité qu’elles accordent à chacune de leur activité. Nécessité donc de planifier les activités. Mais comment y arriver ?

Planification et prioritépour réussir les deux rôles…

Sans l’organisation, les femmes scientifiques risqueraient de ne pas avoir une vie stable au foyer. Parce qu’il est constaté, après avoir écouté plus d’une dizaine de femmes, que l’organisation est la chose qui leur permet de concilier vie au foyer et vie scientifique. Sylvie Hounzangbé Adoté, présidente de l’Association des femmes pour l’éducation, la formation et la recherche scientifique ne dément pas. « C’est une question d’organisation. Il faut se fixer des objectifs. Savoir prioriser les choses et ne pas remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui », dit-elle pour confirmer les propos de ses collègues, femmes scientifiques. Malgré cette planification, les femmes perçoivent ce double rôle comme étant des plus difficiles.

Regard des femmes sur ce double rôle …

Nombre de femmes approchées au cours du ‘‘Déjeuner scientifique, édition 2017’’ reconnaissent que les travaux scientifiques sont de réels consommateurs de temps. Ceux-ci sont, par exemple, liés à une analyse ou une réaction à réaliser au laboratoire. « Par exemple, lorsque vous commencez une réaction, vous risquez de faire trois jours », illustre Eléonore Yayi Ladékan, enseignante, chimiste-organicienne. Elle poursuit que, pendant ce temps-là, la maison est quelque peu délaissée.Pour d’autres, cette double vie est très difficile. Donc, il faut jongler pour y arriver. « Ce qui explique le peu de femmes qui arrivent à concilier les deux et donc le peu de femmes à l’accession de la recherche scientifique », soutient à son tour, Florentine Akouété-Hounsinou, enseignante et spécialiste en sciences de l’éducation. Si la conciliation des deux rôles est difficile, lequel accordent-elles alors la priorité ?

Priorité au foyer ou priorité aux sciences ?

Selon certaines femmes scientifiques, l’on est d’abord femme au foyer avant de devenir femme scientifique. Parce que c’est la vie au foyer qui donne en général une bonne considération à la femme au sein de la corporation de recherche à laquelle elle appartient. Raison pour laquelle,« … Avant d’être femme scientifique, il faut être une femme au foyer sans pour autant délaisser la recherche », fait savoir Dr Armelle Hounkpatin, enseignante chercheure à l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique (Enset). Sans cette vie au foyer, justifie-t-elle, point de dénomination de ‘‘femme scientifique’’et point de ‘‘considération’’. Mais cet avis du Docteur est motivé. Car, « Par moments, c’est la famille qui est prioritaire et là il faut tout lui donner. Et Par moment également c’est le travail qu’il faut privilégier », précise Judith Gbénoudon, immunologiste à la Fast à l’Université d’Abomey-Calavi. Mais le foyer avant le travail scientifique implique une présence effective de la femme à la cuisine.

Place de la cuisine dans le foyer …

Après une journée émaillée de lourds travaux de recherches et des heures d’enseignement, les femmes sont obligées de faire la cuisine dès qu’elles rentrent à la maison. Grâce à l’appui des enfants placés, certaines femmes scientifiques se sentent soulagées. « La domestique m’aide à la cuisine. Mais ce n’est pas la domestique qui prépare chez moi », nuance Dr Armelle Hounkpatin. D’autres sont aidées par leurs propres mères. Pour le professeur Toyin Odéku, c’est sa mère qui lui vient souvent en aide dans les activités domestiques, à la place des filles placées. Des stratégies toutes particulières ont permis à d’autres de s’en sortir. C’est le cas du Dr Martine Zandjanakou Tachin, qui a, très tôt, inculqué à ses enfants des activités culinaires à cause de la rareté de ces filles placées.

Autres femmes, autres méthodes …

Les astuces varient d’une femme scientifique à une autre. Pour honorer par l’art culinaire leurs engagements de femmes au foyer, d’autres femmes scientifiques ont opté pour les ‘‘techniques de conservation’’ qu’elles finissent par adopter. « Je n’arrive pas à faire la grande cuisine tous les jours. Cependant, je m’arrange à faire la majorité de ma grande cuisine pendant le week-end », confie Florentine Akouété-Hounsinou. Cette conservation, souffle-t-elle, est souvent faite à l’aide des appareils électroménagers. De la même manière, les femmes font des pieds et des mains pour que l’éducation de leurs enfants rime avec leur vie de femmes scientifiques.

L’éducation des enfants …

Malgré qu’elles soient toutes fatiguées après leurs travaux scientifiques, elles n’oublient pas que l’éducation de leurs enfants est également une priorité pour elles. Certaines demandent à leurs enfants les notes qu’elles ont reçues et les exercices à faire. Lorsque les mauvaises notes se font récurrentes, elles vont à la rencontre des professeurs principaux pour savoir les dispositions à prendre pour leur faire éviter ces notes-là et profiter de l’occasion pour connaître les disciplines qui représentent le talond’Achille de leurs enfants.« Moi, je demande à mes enfants de me montrer ce qu’ils ont fait à l’école et les exercices à faire », témoigne Eléonore Yayi Ladékan, la main sur la poitrine. Car, poursuit-elle, il ne s’agit pas de demander simplement aux enfants si vous les avez faits, mais il faut contrôler. Par ailleurs, Dr Armelle Hounkpatin reconnaît qu’elle dispose de créneaux pour ses enfants afin qu’ils réussissent mieux à l’école et emboîtent ses pas. « Je suis en contact avec leurs enseignants, ce qui me permet de les suivre à la maison avec le soutien des répétiteurs », clarifie-t-elle. Le dévouement des femmes aux activités scientifiques dépend le plus souvent soit de l’accord, soit de l’apport et ou de la compréhension de leurs conjoints.

L’apport du mari dans la vie des femmes scientifiques…

Pour que les femmes arrivent à s’en sortir avec leur double rôle, elles ont besoin de soutien inconditionnel de leurs conjoints. « Quand vous êtes une femme dans le processus professionnel et que vous n’êtes pas comprise à la maison, c’est que vous êtes déséquilibrée », explique Florentine Akouété-Hounsinou. Elle ajoute qu’il n’est pas facile, dans ce cas, d’assumer ses responsabilités professionnelles parce que l’on a des soucis. Alors, permettre à leurs femmes d’y arriver nécessite des aides de leurs conjoints. Parce qu’autant le foyer occupe une place importante, autant l’activité scientifique est importante. Donc, dans certains foyers, les conjoints comprennent que les sciences occupent beaucoup plus leurs femmes et viennent soutenir leurs conjoints dans les activités culinaires. C’est le cas du mari de Eléonore Yayi Ladékan. Par contre, d’autres femmes qui ont préféré requérir l’anonymat estiment qu’il y a toujours de mésentente entre conjointe et conjoint pour raison de ponctualité à la maison, à la cuisine et au lit.

Hermann Maurice SAGBOHAN

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