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Maxime Adjanohoun, à propos du référentiel de compétences de la RAMAA

« Les personnes alphabétisées ont développé des compétences qui font d’elles des agents de développement … »

 

Dans le cadre de la RAMAA II, le Bénin a accueilli un atelier technique du 14 au 16 Novembre dernier. En vue d’éclairer la lanterne des populations et des acteurs du domaine sur la portée de cet outil, Educ’Action, a tendu son micro à Maxime Adjanohoun, spécialiste programme éducation de l’UNESCO, représentant la Directrice Générale de l’UNESCO, fraichement élue à la tête de l’institution onusienne. Entretien !

Educ’Action : Qu’est-ce que le référentiel de compétences harmonisées ?

Maxime Adjanohoun : C’est l’outil qui fait la synthèse de l’ensemble des référentiels développés et validés au niveau de chacun des 12 pays. Dans ce référentiel, vous avez des domaines de connaissance, vous avez les compétences qui sont visées, vous avez les capacités qui sont recherchées pour constituer ces compétences, vous avez un peu les descripteurs de ces compétences et vous avez quelques exemples pour illustrer ces compétences. Chaque pays à la base à son référentiel, il a fallu faire une sorte d’étude contrastive pour trouver ce qui constitue une base commune, ce qui est un point commun à l’ensemble des 12 pays. Nous avons les connaissances de base que sont la lecture, l’écriture et puis les mathématiques, auxquelles pourront s’ajouter les connaissances polyvalentes.

En quoi la validation de ce référentiel touche la population à la base ?

Justement, parce qu’il y avait une diversité de programmes, parce qu’il n’y avait pas des outils standards et flexibles pour être adaptés à chaque contexte national selon les spécificités, parce que personne ne pouvait dire de l’homme, la femme, le jeune, l’adulte, qui sort d’un centre d’alphabétisation et qui a son attestation : voilà les connaissances et les compétences qu’il a développées et qu’il est capable de contribuer dans tel domaine ou à tel degré, à la réalisation du développement de son pays. Ainsi, le sous-secteur, à travers ses bénéficiaires était marginalisé parce qu’on n’avait pas ces possibilités. Donc quand quelqu’un vous dit je suis alphabétisé, vous n’en voyez pas tellement l’importance ! Maintenant, il s’agira de dire voilà, c’est quelqu’un qui est compétent dans tel domaine, il est capable de .... Donc, c’est pour montrer d’abord que les programmes qui sont développés sont des programmes de qualité, ensuite c’est pour apporter la preuve que les bénéficiaires des programmes d’alphabétisation sont des gens qui ont développé des connaissances, des compétences de haute qualité qui leur permettent d’être, aujourd’hui, de véritables agents de développement, d’être de véritables citoyens, d’être de véritables parents et de contribuer à la réalisation des objectifs du développement durable.

Quel lien avec le développement durable ?

La contribution du secteur primaire de l’économie, où vous avez l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat, tous les métiers liés à la transformation agricole, au petit commerce etc., en termes de PIB est très importante dans la plupart des pays de l’Afrique. Or, ceux qu’on retrouve dans ce secteur sont des gens des nouvelles connaissances. Les connaissances modernes qui permettent de relever les défis de production quantitative et qualitative, d’analyse de marché, de compétitivité, etc. Ce sont des gens qui veulent relever les défis d’aujourd’hui avec des connaissances héritées de leurs apprentissages traditionnels auprès des grands parents. Ce n’est pas possible ! Ce sont des gens qui continuent d’utiliser des techniques de culture qui ne permettent plus aujourd’hui d’être compétitif et qui ont des impacts sur l’environnement. Les former sur un référentiel de compétences harmonisées consiste à prendre en compte un certain nombre de compétences, de connaissances qui concernent les domaines de l’économie et de la production, et de faire de ces gens, non plus des paysans imples, des pêcheurs analphabètes, ignorant les technologies et les techniques modernes, mais d’en faire des acteurs de type nouveau avec la possibilité d’un apprentissage tout au long de la vie. Ce qui signifie une amélioration continue leur offrant la possibilité de devenir des ouvriers spécialisés et des maîtres de leurs secteurs.

Quand est-ce que tout cela deviendra une réalité dans les mains des acteurs à la base ?

Nous avons un calendrier de mise en œuvre qui a été validé. Il reste quelques retouches à faire selon les demandes de quelques pays. Les outils seront disponibles dans les langues nationales qui sont les langues d’alphabétisation, et pas seulement dans les langues officielles. Il en est de même pour les programmes. Nous projetons cela pour fin 2018 au plus tard.

Pratiquement, tous les pays ont abordé la question du financement, que fait l’UNESCO dans ce sens ?

L’UNESCO fait déjà beaucoup. Toute la partie expertise internationale de cette recherche est financée par l’UNESCO à travers l’UIL. L’UNESCO au niveau de certains pays appuie également les équipes nationales mises en place quand elles sont en difficulté. Mais, après tout, c’est le programme des pays, ce sont les pays qui veulent se doter d’un outil pour améliorer le niveau d’instruction de leur population. Vous savez que quand on fait le classement des pays, le niveau d’analphabétisme et le faible niveau d’instruction des populations africaines plombent le peu d’effort qui est fait au niveau de l’enseignement formel. C’est d’abord le programme du pays et il va falloir que le pays, lui-même, mobilise un peu de ressources et puisqu’il s’agit d’une phase expérimentale, nous pensons que les pays devront trouver des stratégies de mobilisation de ressources tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des autres partenaires qui développent des programmes d’alphabétisation.

Parlant de stratégies, que proposez-vous ?

Je propose déjà qu’il ait une forte mobilisation de ressources locales en plus des ressources budgétaires. Mais, le plus important, c’est la détermination, c’est l’engagement, c’est la volonté parce qu’il y a eu des programmes qui ont reçu beaucoup d’argent, mais qui n’ont pas fonctionné. Ce qu’il faut déjà essayer de mobiliser, ce sont les ressources techniques.

Propos recueillis par Adjéi KPONON & Giraud TOGBE

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