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Roger Messan Adoté, à propos de la rentrée à Djanglanmin | « La vraie rentrée ne commencera que lorsque le fleuve Mono va se retirer »

Professeur certifié de Philosophie au CEG Abomey-Calavi 1 et Président du parti ‘‘Citoyen Pour le Réveil’’, Roger Messan Adoté puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne cesse pas de voler au secours des sinistrés de Djanglanmin.

Dans cet entretien accordé à Educ’Action le natif de Adotécondji fait l’état des lieux de l’éducation à Djanglanmin avant de renseigner sur ses actions sur le renouveau du secteur éducatif dans son arrondissement. Sur les traces d’un mécène-acteur du système…

Educ’Action : Quelle est la situation géographique de Djanglanmin ?

Roger Messan Adoté : Djanglanmin est l’un des arrondissements de la commune de Grand-Popo. Pour y accéder, quand vous prenez par Comè, vous arrivez à Oumako et vous bifurquez à gauche. C’est à 5 kilomètres si vous allez à Djanglanmin et à 2 kilomètres, il y a le village qu’on appelle Adotécondji.

Quels sont les problèmes éducatifs de Djanglanmin ?

Les difficultés auxquelles la communauté scolaire est confrontée à Djanglanmin sont énormes. N’oubliez pas que Djanglanmin est un arrondissement rural ; donc la grande partie de la population s’adonne à l’agriculture notamment la récolte des noix de palme qu’elle vend et à la pêche. Mais je peux vous dire que la véritable difficulté de ces populations et qui dépeint sur les élèves et écoliers, reste l’enclavement car, à Djanglanmin, les villages sont éloignés les uns des autres et coupés par de petits cours d’eau. En saison pluvieuse, les enfants ont de la difficulté à traverser et à accéder à leur lieu de savoir. Le second problème, c’est que la terre de Djanglanmin est hydromorphe. C’est très difficile quand il pleut, ça glisse. Ce qui fait que les enseignants qu’on envoie à Djanglanmin n’aiment pas trop y rester. Ils s’arrangent pour quitter. Alors, nous avons décidé d’accompagner et les parents et les enfants dans leur éducation.

Nos sources renseignent que vous avez offert un pont à la communauté. Lequel pont facilite la mobilité et des élèves, écoliers et enseignants. Quel est aujourd’hui l’état de ce pont ?

Nous sommes en période de crue à Djanglanmin actuellement. Si vous y faites un tour, vous aurez vous-mêmes la chair de poule. A chaque crue du Fleuve Mono, on enregistre toujours des décès au moment où ce pont n’avait pas été fait. Mais depuis que le pont a été mis gracieusement à la disposition de la population, la mobilité devient aisée tant au niveau des enfants que des parents. Et ce n’est pas qu’un seul pont qui a été fait. J’ai fait un grand pont et deux à trois autres petits ponts dans le village pour pouvoir permettre aux enfants d’accéder au centre du village où se situent le collège et l’école. Vraiment, je crois que comme l’a dit le curé de Djanglanmin, l’œuvre que quelqu’un fait, c’est pour Dieu qu’il le fait.

Vous n’êtes tout de même pas le seul cadre de Djanglanmin. Pourquoi les autres ne s’associent pas à vous dans ces œuvres caritatives ?

Je les ai approchés. Nous avons même une association de développement, mais je vais vous dire une vérité. Nous devons combattre l’esprit béninois qui est la richesse dans la pauvreté et la pauvreté dans la richesse. Cela veut dire que les riches ne se sentent riches que lorsque les pauvres gémissent à côté d’eux. Et ils disent ‘‘Dieu merci que, moi, j’ai trouvé à manger’’. Adoté n’est pas dans cette philosophie-là, car, lorsque l’autre a faim, je me souviens toujours du moment où, moi aussi, j’avais faim. C’est pourquoi je me mets dans le sens contraire de ceux-là. Je peux vous dire qu’il y a des milliardaires à Djanglanmin mais tout ce qui compte pour eux, c’est leur petite famille et le reste, la population n’a qu’à se débrouiller. Dieu ne donne pas tout aux hommes au même moment. Si à un moment donné, Dieu a pensé à toi remercie-le et jette un coup d’œil sur ceux qui n’en ont pas. C’est ce qui est individuellement le problème de Adoté dans un développement axé sur le partage.

Les activités académiques ont-elles effectivement démarré chez vous à Djanglanmin ?

Ce n’est même pas Djanglanmin seul. C’est dans tout le Mono. Les gens n’aiment pas dire la vérité. La rentrée n’a pas effectivement commencé dans tout le Mono. Tout ce qu’on nous montre à la télévision, c’est du leurre. La vraie rentrée ne commencera que lorsque le fleuve Mono va se retirer sinon tout est en crue. Vous allez dans les écoles et collèges, c’est à peine que vous trouvez un ou deux courageux élèves et enseignants ou le personnel administratif contraint par les parents à être à son poste. Mais les classes n’ont pas encore été fonctionnelles.

Quelle est la situation du personnel d’encadrement dans cet arrondissement ?

Dans le Mono en général, à Djanglamin en particulier, la majeure partie du personnel d’encadrement est composée de vacataires. Or, il est dit que les directeurs ne vont plus directement recruter les vacataires et que c’est le ministère qui va le faire par l’intermédiaire des DDESTFP. Jusqu’à l’heure où nous parlons, les CEGs n’ont pas encore commencé parce que dans ces milieux les vacataires constituent 98% des enseignants. A peine, vous avez 2 enseignants APE, un Enseignant Contractuel de l’Etat sur un effectif de près de 88 enseignants. Tout le reste, nous sommes en train de tricher avec notre propre conscience.

Comment le CEG Djanglanmin a pu bien s’illustrer au baccalauréat 2017 sans personnel enseignant qualifié ?

Il faut reconnaître que c’est un travail de longue haleine. Ce n’est pas le travail de cette année. Depuis bientôt 8 ans, je supporte l’encadrement des élèves à travers les moyens financiers que je mets à la disposition du collège pour les travaux dirigés. Certains enseignants voyant tout l’effort que je fournis y ont mis du sien et cette année a été le couronnement de plusieurs années de sacrifices consentis. Djanglanmin au Bac a eu 72,74%. Série A1 a donné 100%, série A2 a donné 68 % et Série D a donné près de 70%. Nous ne pouvons que remercier les parents et enseignants.

Toutes vos actions au profit de Djanglanmin ne sont-elles pas à des fins politiques ?

Le bonheur des béninois réside dans la misère des autres compatriotes. Lorsqu’un béninois vous dit qu’il est riche, sachez qu’il est en train de se moquer de la misère de son compatriote. Effectivement, je suis un acteur politique de la 17ième circonscription électorale. Ça fait déjà deux fois que je suis allé aux élections législatives même tout récemment aux élections communales. Nous le faisons parce que notre vision politique est axée plus sur le développement et le partage.

Est-ce justement cette vision qui vous a amené à distribuer des kits scolaires aux indigents de Djanglanmin ?

Oui, il faut comprendre que lorsque vous faites la politique, c’est pour des populations données que vous la faites. Et lorsque ces populations ne sont pas à l’aise, vous-mêmes vous ne le serez pas. Et comme l’a dit Karl Marx ‘‘on ne peut unir les hommes que sur la base de leur intérêt matériel’’ et le problème matériel de ces populations surtout de ces élèves, c’est tout au moins les aider à acheter les fournitures scolaires et même si l’école est gratuite, leur venir en aide pour leurs photocopies et consorts. C’est la vision même du parti ‘‘Citoyen Pour le Réveil’’ dont je suis le président depuis bientôt 5 ans.

Etes-vous aujourd’hui fier du combat éducatif que vous menez dans votre Djanglanmin natal ?

En toute modestie, je peux dire que je suis fier. Et j’ai retrouvé cette fierté le jour où le Dob, celui que je respecte beaucoup, Alphonse da Silva a prononcé à la télévision le nom de Djanglanmin. J’ai vu avec quelle force, avec quelle fierté le nom-là est sorti de sa bouche. Mais peut-être qu’il ne sait pas que derrière ce nom, il y a un petit acteur comme Adoté qu’il connaissait lui-même. Alors, je peux en être fier et remercier tous ceux qui m’accompagnent dans ce travail-là.

Qu’est-ce qu’on aurait pu dire et qu’on n’a pas dit au cours de cet entretien ?

Il y a une citation de Raoul Follereau que j’aime beaucoup : ‘‘Nul ne doit être heureux tout seul’’ et le bonheur ne se limite pas à la quantité de la richesse matérielle. Une richesse matérielle si petite qu’elle soit, n’a de valeur que lorsque cette richesse est partagée avec les autres. Je lance cet appel à tous ceux qui sont capables de manger une boule d’akassa d’essayer de diviser en deux et de penser à l’autre qui n’en a pas trouvé.

Réalisation : Romuald D. LOGBO

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