banner ong educaction

Vœu de Franck Sèdjro pour le secteur de l’Alphabétisation

« J’attends du Gouvernement de la Rupture, un engagement ferme et manifeste »

 

Comment se porte le sous-secteur de l’Alphabétisation sous le régime du Nouveau Départ ? C’est pour avoir des réponses à cette question que nous avons rencontré pour vous, Franck Arnaud Sèdjro, le Secrétaire Exécutif du Rénopal. Avec lui, nous avons fait le tour d’horizon des autres questions liées au sous-secteur de l’Alphabétisation jusque-là considéré comme l’enfant oublié de l’Education au Bénin. Lisez plutôt !

Educ’Action : Quel est l’état des lieux de l’Alphabétisation sous la Rupture ?

Franck Arnaud Sèdjro : Chaque année quand on me pose cette question, je suis toujours un peu dérangé d’y répondre parce que je me sens obligé de répéter pratiquement la même chose. Ce que je viens de dire vous donne une idée de l’état des lieux, c’est-à-dire que le constat est qu’on n’évolue pas outre mesure, mais je vais faire l’exercice et vous donner l’information. En termes d’état des lieux de l’Alphabétisation au Bénin aujourd’hui, il faut dire que dans l’ensemble, la situation n’est pas reluisante. Pour être plus précis avec vous, en termes d’état des lieux, j’ai parlé de l’effort du Gouvernement qui a été fait pour que le faire-faire puisse se réaliser sur fonds propre. Mais je vous donne une idée de ce qu’a été le budget du sous-secteur de 2008 à 2016. En 2009, le budget de l’éducation alloué au sous-secteur de l’alphabétisation est de 914.725.000 f cfa. Alors que le budget même de l’éducation était en ce moment de 185.300.000.000 f cfa environ. En termes de pourcentage, cela faisait 0,49. En 2010, malgré les actions de plaidoyer que nous menions, ce taux est passé à 0,36%. En 2011 où le budget de l’éducation est encore plus élevé que celui de 2009, celui accordé à l’alphabétisation était de 0,25%. En 2012, la situation était pareille, le budget de l’éducation est passé à 200.000.000.000 f cfa et celui de l’alphabétisation était de 0,19%. En 2013, le budget est passé de 200 000 000 000 fcfa à 213.000.000.000 f cfa et le sous-secteur n’a eu que 0,22%. En 2014, le sous-secteur n’a eu que 0,18%. En 2015, 0,16 %. Et en 2016, cela s’est un peu amélioré.

Est-ce une volonté de tuer l’Alphabétisation ?


Je ne parlerai pas de volonté de tuer l’alphabétisation au Bénin, mais de désintérêt. Chaque Gouvernement a ses priorités. Donc, s’il ne met pas le secteur de l’alphabétisation dans ses priorités, vous comprenez. Mais là où ça dérange, c’est que toutes les actions qui sont menées dans les autres secteurs ont besoin en réalité du sous-secteur de l’Alphabétisation pour avoir un enracinement, une durabilité puisque la grande partie de notre population est encore analphabète. Si ces personnes sont alphabétisées, elles comprendront mieux l’usage qu’il faut faire de ce que l’Etat met en place.

Y a-t-il eu d’amélioration sous la Rupture ?

Oui ça il faut le reconnaître. Je les en félicite mais malheureusement, les budgets sont coupés. Il y a eu un autre arbitrage qui a fait que le montant a diminué sinon les premiers qui étaient sortis sont vraiment meilleurs par rapport à tout ce que j’ai cité jusque-là. Pour que les partenaires techniques et financiers continuent à soutenir le sous-secteur, il faut que l’Etat même se manifeste par son propre accompagnement et le fonds d’aide à l’alphabétisation est là pour ça.

De façon générale, arrivez-vous à exécuter vos activités avec ces miettes mises à votre disposition ?

Absolument ! On s’y efforce. C’est en cela que je voudrais féliciter les agents du secteur de l’Alphabétisation, qui, malgré les maigres moyens, font beaucoup d’efforts. Seulement, jusqu’à maintenant les activités sont au ralenti. C’est seulement le mois dernier qu’une nouvelle phase du faire-faire a été lancée avec des réformes. Ces néo alphabètes qui ont fait les autres phases ne sont plus véritablement pris en compte dans la nouvelle phase qui va commencer. C’est une nouvelle phase qui commence avec un nouveau programme élaboré par l’Etat, qui permettra à l’apprenant de mettre en pratique au quotidien ce qu’il apprend.

Avez-vous porté à la connaissance de l’autorité ministérielle de tutelle vos difficultés ?

Dès que le ministre de tutelle est arrivé avec le nouveau départ, des échanges que nous avons eus avec des gens du ministère, et même avec le Ministre lui-même, que nous avons eu la chance de recevoir chez nous au RENOPAL avaient donné un bon signe qu’avec le nouveau départ, ce sera également un nouveau départ pour le sous-secteur de l’Alphabétisation qui, aujourd’hui, est logé au ministère de l’enseignement secondaire technique et professionnel. A l’heure où je vous parle, nous y croyons toujours parce qu’il y a eu des efforts qui ont été faits. Nous saluons l’engagement du Gouvernement du nouveau départ par rapport au sous-secteur parce qu’on a vu qu’il y a un engagement dont nous attendons de voir les manifestations. Et la première manifestation, c’est le lancement de ce faire-faire qui a pris une forme que nous n’oserions pas souhaiter. A cause des questions financières, disent-ils, nous allons recruter un seul opérateur par ancien département. Or, celui-ci peut ne pas connaître tout le département. L’appel à manifestation d’intérêt a été lancé, le dépouillement a été fait et 36 ont été retenus et sur les 36, six seront sélectionnés pour le travail. C’est là où on en est pour le moment.

Quel est votre plaidoyer aujourd’hui ?

Nous sommes en train de faire le plaidoyer pour que ce choix qui est fait puisse être amélioré pour que ce ne soit pas que six. De toutes les façons, les opérateurs eux, sont disponibles pour travailler. Mais l’idéal serait qu’on fasse les choses autrement. Nous nous réjouissons aussi du fait que, parce que nous avons fait le plaidoyer pendant longtemps pour la réforme du fonds d’aide à l’alphabétisation, les réformes sont allées à leur terme. Nous avons été en partie associés à cela. Nous avons participé parfois à la rédaction des textes. D’ailleurs, la procédure a été élaborée et vulgarisée à travers les départements. Donc, nous attendons que le processus soit complètement bouclé avant qu’on ne lance le faire-faire. Je le dis parce que dans le mécanisme, il est prévu un conseil d’administration qui regroupe plusieurs acteurs : l’Etat, les opérateurs privés, les opérateurs économiques, même la CCIB, le patronat… Malheureusement, ça n’a pas été mis en place avant qu’on ne lance le processus.

Que devrait en principe être le secteur de l’Alphabétisation pour un Etat comme le nôtre ?

En principe, le secteur de l’Alphabétisation devrait soutenir les autres secteurs. Je vous donne un exemple. Je suis analphabète, j’ai passé tout le temps à dire que le paludisme, c’est le soleil. Mais quand on va me l’expliquer et que je serai en mesure de comprendre, je prendrai mes dispositions. Je constate que pour ce sous-secteur-là, la situation ne s’améliore véritablement pas. Quand on approfondit les réflexions, le Gouvernement donne priorité à autre chose qu’à cela, est-on tenté de conclure. Ailleurs, les gens sont en avance sur nous. Ils ont compris que l’Alphabétisation devrait rester parmi les priorités. Particulièrement, le Sénégal, le Burkina, le Mali.

Sur quoi vous fondez-vous pour estimer que ce n’est pas une priorité du Gouvernement ?

Je suivais un débat sur l’indépendance où les gens parlaient des aspects économiques, sur quel levier il faut s’appuyer pour avancer. Des intellectuels qui échangeaient, mais aucun d’eux n’a posé le problème de l’Alphabétisation. Ça veut dire que ce n’est pas une priorité même si le Chef de l’Etat en a parlé dans le PAG. Mais dans son adresse à la Nation à l’occasion du 01er Août, il n’en a pas parlé. Mais le ministre nous a rassurés que l’analphabétisme va véritablement reculer avec le nouveau Gouvernement.

Quel est votre vœu le plus cher pour l’Alphabétisation sous la Rupture ?

Mon vœu le plus cher pour le secteur de l’Alphabétisation par rapport au nouveau Gouvernement, c’est un engagement ferme et manifeste. Il doit travailler à la lutte contre l’analphabétisme. Et cet engagement doit se manifester non seulement par le budget alloué au secteur, mais aussi par les moyens techniques que le Gouvernement mettra en place par les réformes qui sont en cours. Renforcer l’introduction des langues nationales dans le système éducatif formel, accompagner les opérateurs privés dans leurs efforts quotidiens pour la lutte contre l’analphabétisme et faire en sorte que la stratégie du faire-faire qui est dans la politique de l’alphabétisation devienne effective et permanente.

Propos receuillis par Romuald D. LOGBO

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.