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Entretien avec Jean Pierre Bio Yara, Directeur de l’Enseignement Technique

« Mon petit rêve, c’est d’avoir un système où tout le monde est au travail à tout moment »

 

Le Programme d’action du gouvernement Patrice Talon met un point d’honneur à repositionner l’enseignement technique et professionnel dans le système éducatif béninois. Faire de ce sous-secteur, un tremplin pour l’essor économique du Bénin, voilà le défi pour lequel Jean Pierre Bio Yara, directeur de l’enseignement technique se bat. C’est un homme préoccupé par l’avenir de son sous-secteur que votre journal Educ’Action a rencontré ce mercredi 9 Août 2017, dans son bureau à Sikècodji. Entretien.

Educ’Action : Quel est votre vision du sous-secteur de l’enseignement technique ?

Jean Pierre Bio Yara : Je vais plutôt parler de mon petit rêve. Mon petit rêve, c’est d’avoir un système où tout le monde est au travail à tout moment. Sans langue de bois, nous sommes actuellement dans une hibernation totale. Ça dort ! Notre pays ne se développera pas sans la formation technique et professionnelle. Les individus en eux-mêmes ne se développeront jamais sans la formation technique et professionnelle.


Comment comptez-vous vous y prendre ?

Nous allons mettre l’accent sur la formation et le renforcement de capacité des enseignants. Mais avec une approche qui intègre l’enseignant lui-même en l’amenant à contribuer financièrement à son propre renforcement de capacité. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus faire une formation, un renforcement de capacité sans que l’enseignant ne participe. Actuellement, la formation qui est en cours porte sur la menuiserie aluminium. Nos enseignants ont été formés à la menuiserie bois. Mais aujourd’hui voilà un domaine qui est en train de disparaître au profit de la menuiserie aluminium. Il faut donc s’adapter. J’ai demandé que chaque enseignant de menuiserie du secteur public, puisse payer 25.000f pour suivre la formation conduite par des retraités suisses compétents dans ce domaine. Les établissements qui disposent de la menuiserie, vont payer 86.000f et ma direction 100.000f. Tout le monde met la main à la pâte aujourd’hui et c’est ça. Faites un tour au lycée Kpondéhou, vous constaterez de visu, ce que je vous dis là !
Comment assurer la durabilité de cette approche face à la pléthore de syndicats que compte l’enseignement aujourd’hui ?
Le problème est juste dans la tête. Il faut qu’on accepte remettre les choses à plat pour se dire la vérité. C’est dans la tête que nous nous appauvrissons. Dans ce pays, pour les civils, l’enseignant est le plus à l’aise en matière de paie. Il faut qu’on se dise la vérité pour avancer. Les enseignants existent et peuvent faire le travail !
Justement, au niveau de l’enseignement technique, les enseignants n’existent presque pas, ou s’ils existent ils sont d’une autre époque…
Les enseignants existent. Quand nous avons fait le point des besoins, nous sommes autour de 800 enseignants en termes de besoins. Alors que tel qu’on le pense, c’est tout comme s’il n’y a rien.

Monsieur le directeur, quel est le gap alors à combler ?

Le gap à combler aujourd’hui doit être autour de 372 si ma mémoire est bonne.

372 enseignants à côté de 800, nous tournons autour des 46% ! Pensez-vous que le système peut tourner ?

Je n’ai pas les 800 aujourd’hui mais ce qui il y a là peut permettre de faire tourner le système si chacun doit jouer son rôle. Les gens ne jouent pas leur rôle. Ceux qui sont partis à la retraite à l’enseignement technique ne sont pas aussi nombreux comme les gens le disent.

Vous faites aujourd’hui un focus sur la menuiserie aluminium. Qu’en est-il des autres filières ?

Il y a l’électrotechnique par exemple. C’est une nécessité pour nous de travailler sur cette filière afin de la développer. Tout ce que nous avons aujourd’hui dans la vie est électrotechnique. Que ce soit en miniature, on en a besoin. Il faut faire des curricula à jour. A mon avis, les curricula actuels ne respectent aucune norme pédagogique. Ils sont surannés et ne correspondent à rien aujourd’hui. Or, pour faire un programme entier en électrotechnique, il me faut réunir environ 27 millions. Où vais-je trouver ça ? Autre chose aussi, c’est l’énergie solaire. Actuellement avec l’Union des Chambres Interdépartementales de métier du Bénin, nous avons des partenaires allemands qui sont là. Mais à leur niveau, on a dû en faire une formation professionnelle pure et dure c’est-à-dire apprentissage, exactement comme ce que les menuisiers de rue font et vous allez voir lorsque vous sortez de Cotonou que beaucoup sont dans le solaire. Bientôt la SBEE sera surprise.


En clair, votre direction travaille prioritairement sur trois filières porteuses ?

Pour le moment et en fonction des partenaires disponibles, nous travaillons sur la menuiserie aluminium, l’électrotechnique et l’énergie solaire !

Réalisation : Estelle Djigri & Ulrich Vital Ahotondji

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