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Alain Dossa, à propos du Certificat de Qualification aux Métiers (CQM)

« Cela règle les questions de dot de libération qui font saigner les parents »

 

Le Certificat de Qualification aux Métiers (CQM) est l’une des certifications mises en place par l’Etat béninois à la suite des réformes intervenues dans l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle en 2001, pour répondre aux attentes du monde des artisans. Rencontré sur cette préoccupation hautement éducative, Alain Dossa, Chef-service à la Direction de l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle, nous plonge via cet entretien, dans l’univers du Certificat de Qualification aux Métiers. Bienvenue dans les coulisses de cette certification atypique...

Educ’Action : Qu’entend-t-on par CQM ?

Alain Dossa : Le CQM est un examen qui vient évaluer les efforts d’apprentissage qui ont lieu dans les centres de métiers et dans les ateliers où se déroulent des apprentissages. Pour le moment, le diplôme du CQM est uniquement ouvert à tous les métiers qui sont sur la nomenclature des métiers de l’artisanat, mais nous travaillons à l’étendre aux secteurs de l’agriculture et du tourisme.

Quelle était l’intention du Gouvernement d’alors pour avoir instauré le CQM ?

C’est pour résoudre deux problèmes. Premièrement, pendant longtemps, c’est l’apprentissage formel qui était la préoccupation de l’Etat. Tout ce qui se déroulait au niveau des maîtres artisans, ne faisait pas la préoccupation de l’Etat béninois. Les diplômes étaient délivrés par les maîtres artisans avec quel contenu, avec quelle valeur, quelle compétence, personne ne le sait. Ce qui fait qu’il y a des artisans qui sont parfois très bons, mais aussi parfois très médiocres. Deuxièmement, la méthode employée par les maîtres artisans crée des problèmes sociaux énormes. A la fin de l’apprentissage, il y a des apprentis et parents d’apprentis qui ne sont pas en mesure de payer la dot imposée par le maître artisan. Les apprentis sont alors obligés de demander des congés de libération pour aller chercher cette fameuse dot. Parfois, ils tombent dans le piège de la conduite de taxi-moto ‘’zémidjan’’ ou de la vente de l’essence frelatée. C’est une perte pour toute la Nation. Le CQM rassure de ce que le menuisier du Nord et celui de Porto-Novo ont les mêmes compétences et cela règle définitivement les questions de dot de libération qui font saigner les parents.

Les maîtres artisans ont-ils accueilli favorablement l’initiative du CQM ?

Le CQM est une idée des maîtres artisans, eux-mêmes. Ce sont eux qui, à la veille de la libération des jeunes, invitent leurs collègues pour l’évaluation. Le maître artisan a estimé que lui seul, ne peut pas juger de ce que l’enfant est capable de devenir avec toutes les compétences requises, un artisan. De là, ils ont créé ce qu’ils appellent les Examens de Fin d’Apprentissage Traditionnel (EFAT). Cela a évolué et ils ont senti la nécessité de l’organiser à l’échelle communale avec l’implication des mairies. C’est le président du collectif des artisans de la localité et le maire qui contresignent le diplôme. Nous nous sommes inspirés de leur idée pour installer juste l’Etat à côté, pour assurer un certain nombre de responsabilité et ensuite, c’est devenu un examen national. Mais cela n’a pas empêché des pôles de résistances. Il y a des artisans et même des apprentis qui n’apprécient pas la chose. Certains apprentis estiment que cette cérémonie au cours de laquelle on leur remet leur diplôme est emblématique et que le fait d’écarter tout ça, n’était pas avantageux pour eux. Mais malgré ces résistances, le nombre de candidats augmente et le nombre de métiers dans lesquels nous obtenons des candidatures augmente chaque année.

Quel est le processus pour l’obtention du diplôme de CQM ?

Pour obtenir le diplôme du CQM, d’abord, il faut être apprenti auprès d’un maître artisan qui atteste que l’apprenant a fait le temps réglementaire pour apprendre le métier. Ensuite, c’est le maître artisan qui constitue le dossier de son apprenti avec le contrat d’apprentissage, l’état civil de l’apprenti, les frais d’examen qui s’élèvent à 12.500 Francs Cfa, la quittance qui montre que le maître artisan est en règle vis-à-vis de la mairie, pour enfin déposer l’ensemble au niveau du bureau des collectifs des artisans. Ensuite, le comité d’organisation a pour mission d’ouvrir et de fermer le registre d’inscription et de communiquer à la DEC, le nombre d’inscrit et dans quel métier ils sont inscrits. Avant l’organisation de l’examen, il faut que trois mois au préalable, il y ait une Assemblée générale de lancement pour informer les acteurs concernés afin que chacun joue pleinement son rôle. Après l’Assemblée générale, le comité d’organisation présidé par le président du collectif, doit se mettre à la quête des épreuves. Suivra ensuite l’étape des tris des épreuves à la base et enfin le tri final par la Direction des Examens et Concours (DEC). Le jour de l’examen, le comité constitue les membres du jury chargés d’installer les candidats. L’examen et la délibération ont lieu dans la même journée. Le CQM est un examen essentiellement pratique. C’est vrai qu’il y a des questions théoriques qui comptent pour 20%, le comportement professionnel 10% mais la pratique, c’est 70%. Si l’apprenant a la main, il peut être admis sans la théorie et sans le comportement professionnel. Dès que les résultats sont donnés par décision de la DEC, signée par le Ministère en charge de l’Enseignement Sécondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, on envoie la décision dans les Directions départementales pour les travaux de l’imprimerie et le directeur remplit et signe les diplômes au nom de l’Etat béninois. Passée cette étape, le Directeur départemental appelle le maire de la localité et le président du collectif qui viennent retirer les diplômes. Ceux-ci invitent à leur tour, les bénéficiaires, les parents, les autorités locales pour une cérémonie officielle de remise des diplômes. Après quoi, le bénéficiaire qui obtient son diplôme peut organiser une fête et inviter toute la population, c’est son affaire.

Ces patrons d’ateliers qui refusent de respecter le principe du CQM, quel est le sort qui leur est réservé ?

On pense qu’il faut adopter la démarche de l’explication. Il faut les amener à comprendre. On ne va pas entrer dans une logique de gendarme qui réprimande tout de suite, parce qu’au moment où on n’avait pas créé le CQM, ce sont eux qui réglaient les problèmes de formation au niveau de la société. Donc se mettre à les réprimander, les bousculer aujourd’hui, ce n’est pas très bien. Deuxième chose, nous avons besoin d’eux. Certes, je suis spécialiste des questions du CQM, mais je ne peux pas organiser le CQM à la place des artisans. C’est pour cela que nous sommes dans une démarche de sensibilisation, de communication. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de réprimande. D’abord, lorsque vous formez quelqu’un à qui vous donnez un diplôme et lors des recrutements, on ne cite pas vos diplômes, cela signifie que vous n’êtes pas crédibles, cela veut dire que les questions que vous pensez régler, vous n’arrivez véritablement pas à les régler. L’autre aspect de la chose, quand est-ce qu’un individu a pu résister à la puissance de l’Etat ? Donc, les poches de résistance sont éphémères, temporaires. Nos textes disent clairement que dès que le CQM s’installe, les diplômes délivrés par les maîtres artisans disparaissent.

Propos recueillis par : Estelle DJIGRI

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