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Insécurité alimentaire en milieu scolaire | Le vrai visage de la complicité des acteurs de l’école

Que mangent nos enfants à l’école pendant la récréation ? Parents et enseignants semblent s’en soucier très peu, tant les autres charges et problèmes de l’éducation envahissent leur quotidien.

Votre journal Educ’Action s’est intéressé à la question et a mené ses investigations dans les établissements scolaires de Lokossa et d’Athiémé. Le constat est effarant !

10h au Ceg1 Lokossa, heure de récréation pour élèves et enseignants. Les élèves se ruent vers les vendeuses qui les attendaient depuis un moment. Parmi la dizaine de vendeuses de nourritures, c’est celle qui vend de l’akassa avec une sauce locale appelée ‘‘monyo’’ qui bat le record de l’affluence. A la recherche de ce qui attire les élèves vers cette dame, on se rend compte que c’est un service libre de l’akassa chaud emballé dans des sachets plastiques. Le monyo chez cette dame, peut être comparée à de l’eau colorée au fruit de tomate saupoudrée de quelques lamelles d’oignon. Pour le service de cette sauce, la dame se fait aider d’une élève qui sert le fromage de soja à ceux qui en font la demande contre 25f l’unité. Chez les autres vendeuses autour desquelles l’affluence n’est pas du tout comparable, le menu est composé de riz au poisson, de pain au friture ou à l’avocat, de pâté, de biscuits et de sucettes diversement colorées. Mais comment se fait le contrôle de la qualité de toutes ces nourritures servies aux élèves dans les établissements scolaires ? Innocent Komadan, le directeur du Ceg Zounhouè-Pkakpassa de la commune d’Athiémé est presque surpris par cette question que nous lui posons. « La cuisson ? (rire), au niveau de la cuisson c’est un peu difficile puisque nous ne suivons pas ces bonnes dames depuis leurs maisons. C’est quand elles viennent ici que nous faisons des tours, des visites inopinées pour voir comment se présentent ces repas, quelle est la qualité, est-ce que c’est bien cuit, est ce que c’est bien entretenu. Je me fais souvent aider du surveillant général et parfois du censeur pour voir si ces aliments répondent à ces critères. », nous a-t-il répondu. De sa réponse on déduit que les chefs d’établissement scolaire ne peuvent pas répondre du soin qui devrait entourer la cuisson des repas servis aux élèves. Mais qu’en est-il donc du contrôle de la qualité des nourritures dans les établissements scolaires ? À cette question, le surveillant général du Ceg1 Lokossa Thomas Avègnon déclare : « parfois nous-mêmes nous descendons pour voir et c’est à l’œil nu que voyons si ce qu’elles vendent est propre, est-ce qu’elles ont balayé avant de commencer à vendre. Parce que ce qu’elles vendent, nos apprenants en prennent et nous aussi en consommons. », a-t-il précisé. Et quand bien même le contrôle se fait sans aucun instrument, il faut se réjouir qu’il y a au moins un contrôle. Car ce n’est pas toujours le cas à en croire Léopold Soussoukpo directeur du Ceg2 Lokossa. « Les surveillants généraux sont parfois sollicités pour le faire mais c’est très difficile, parce que les vendeuses ne sont pas prêtes à accepter le contrôle de leurs nourritures », a-t-il déclaré.

vendeuse dakassa au Ceg1 Lokossa

Certificat de visite médicale, un passeport pour la vente de nourriture dans les établissements scolaires

Que prévoient les textes en matière de sécurité alimentaire dans les établissements scolaires ? C’est à la Direction Départementale des Enseignements Maternel et Primaire du Mono que nous avons la réponse. Le chef service sécurité alimentaire en milieu scolaire, Barnabé Sokémahou qui coiffe ce service pour le compte de la région du Mono-Couffo nous fait savoir qu’il y a une instruction du ministère qui demande aux vendeuses d’aller au soin chaque année pour faire les visites médicales et lors de leur passage dans les écoles. Ils exigent que les bonnes dames se conforment à cette prescription et que le personnel des écoles respecte aussi certaines règles d’hygiène dans leurs établissements. Et donc le certificat de visite médicale, est la seule condition imposée aux bonnes dames qui veulent vendre à manger aux élèves dans les établissements scolaires. Sous un autre angle, les agents d’hygiène chargés de contrôler les vendeuses dans les écoles, n’arrivent pas à couvrir leur territoire. Amélie Abalo, vendeuse de riz au Ceg1 Lokossa depuis plus de quinze ans nous a confié qu’il y a déjà deux ans que les agents d’hygiène leur ont rendu visite. Et puisqu’ils ont vu que les cuillères étaient au feu, ils leur ont dit que c’est déjà bon, de continuer comme ça et de changer régulièrement les eaux de vaisselle. Narcisse Satchivi, surveillant général au Ceg2 Lokossa a, quant à lui, dit que ce sont les agents d’hygiène qui donnent le quitus aux vendeuses chaque année suite à une visite aux dames qui vendent dans notre établissement. « Jusque-là, ce que nous avons comme périodicité, c’est une fois l’an, et ça ne s’est pas répété deux fois dans l’année depuis que je suis dans ce collège», a-t-il insisté. Le surveillant général du Ceg1 Lokossa, Thomas Avègnon a fait savoir qu’il n’y a pas en réalité de contrôle d’hygiène dans son collège. « Ce contrôle devrait être fait par des agents d’hygiène qui donnent l’accord de vente dans les écoles. Donc, normalement, ils devraient en retour revenir dans l’établissement pour voir si ces dames vendent dans les conditions requises. Ce qui n’est pas le cas. Alors, on se demande comment peut-on se fier à la bonne volonté des vendeuses de nourriture dans les établissements scolaires pour assurer une bonne qualité des repas servis aux élèves alors qu’on sait bien que la cupidité ne laissera jamais place à la pitié dans le cœur de ces commerçantes de nourriture pour qu’elles se préoccupent de la santé des enfants ?

Les mesures de contrôle de la qualité pour chaque établissement

Conscients du laisser aller au niveau des vendeuses de nourritures dans les établissements scolaires, chaque administration s’organise à sa manière pour rappeler à l’ordre les vendeuses de repas de qualité douteuse. Il est demandé par exemple aux élèves du Ceg1 Lokossa de rapporter aux surveillants généraux des découvertes anormales dans les plats qu’ils mangent pendant la récréation. « Quand nos élèves achètent à manger et qu’ils constatent des anomalies dans les plats, ils viennent nous les signaler et nous prenons les nourritures que nous montrons à la vendeuse indexée pour lui notifier que nous ne voulons plus voir ça. », nous a déclaré le surveillant du Ceg1 Lokossa. Selon les confidences d’une des vendeuses de ce collège, les découvertes dans les repas servis aux élèves confirment souvent le doute sur la qualité et même l’origine des nourritures vendues dans les établissements scolaires. « L’année passée par exemple dit-elle, des élèves ont vu l’os d’un animal non identifié dans du pâté. Ils sont allés se plaindre au surveillant mais je ne sais comment l’affaire a été traitée », nous a-t-elle confié. Quand les membres de l’administration scolaire veulent faire eux-mêmes le contrôle des repas avant qu’ils ne soient vendus aux élèves pendant la récréation, ils se contentent seulement d’une simple observation des repas. « Un contrôle pointu du point de vue hygiénique, je ne peux dire que nous le faisons parce que de tels contrôles devraient être faits par des spécialistes. Nous autres, nous le faisons à l’œil nu, et c’est d’après cette observation à l’œil nu que nous disons que c’est bien fait. Or, si les spécialistes venaient sur le terrain avec des méthodes et outils appropriés, ils pourront détecter la présence dans les repas des substances qui ne devraient pas s’y trouver, des ingrédients en proportion exagérée, etc.», a expliqué Thomas Avègnon, surveillant général du Ceg1 Lokossa.

Du clientélisme dans le contrôle de la qualité des repas

En cherchant à savoir qui devrait s’occuper du contrôle de la qualité des nourritures que mangent nos enfants dans les écoles, on aboutit à une polémique entre parents, enseignants, et administration scolaire qui se rejettent mutuellement cette responsabilité. De l’autre côté, ce sont des vendeuses qui s’opposent à un contrôle de la qualité de leurs repas. Mais derrière cette réticence des vendeuses pour le contrôle de la qualité des nourritures qu’elles vendent dans les écoles se cache aussi une méfiance des administrations scolaires qui craignent les représailles des mentors qui recommandent souvent ces dames. « Le système de sécurité alimentaire en milieu scolaire ne revient pas en réalité qu’à l’administration scolaire. C’est à toute l’administration au plan national, départemental, avant que cela ne descende dans les collèges. Parce que quand une administration prend des mesures sans que cela ne vienne du haut, certains la considèrent comme de la dictature bien que ça soit pour le bien des apprenants. Ne perdons pas de vue que ces bonnes dames sont introduites dans les établissements scolaires sous le couvert de certaines personnes et quand elles font mal et que vous dites, vous avez contre vous leurs mentors qui vous prennent en adversité et là on est obligé de se taire. », a fait savoir le surveillant général du Ceg1 Lokossa. Au regard des énormes risques liés au non-contrôle de la qualité des nourritures vendues dans les écoles, le chef service sécurité alimentaire de la DDEMP Mono, Barnabé Sokémahou dit qu’il revient aux parents et à la communauté de prendre leurs responsabilités. « Chaque village doit prendre ses responsabilités pour que nos enfants puissent être en bonne santé, car si nous laissons faire ces bonnes dames, les risques sont énormes. Seul, l’Etat ne saurait jouer ce rôle. Il faudrait que les communautés nous y aident. », a-t-il affirmé.
Les innombrables problèmes qui minent l’éducation au Bénin submergent le souci du contrôle de la qualité des repas servis aux élèves dans les établissements scolaires. Et pourtant, se nourrir est aussi un besoin vital comme l’instruction qui semble détourner l’attention des acteurs de l’école de la sécurité alimentaire des apprenants.

Jonas BOTCHI / Mono-Couffo

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