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A bâtons rompus avec Salimane Karimou, MEMP | C’est impossible d’avoir dix langues en expérimentation dans le système formel

Profitant de son adresse à la communauté scolaire à l’orée de la rentrée académique 2017-2018, votre journal Educ’Action a réussi a arraché une interview de quelques minutes avec le ministre des Enseignements Maternel et Primaire avant sa tournée nationale de constat de l’effectivité de la rentrée le lundi 18 septembre 2017 après avoir lancé officiellement la rentrée à l’EPP Urbaine Centre de Porto-Novo.

Avec Salimane Karimou, nous avons fait le tour d’horizon des questions liées à la rentrée des classes en insistant sur ce qu’il faut comprendre et retenir des réformes. Lisez plutôt !

Educ’Action : Avec ce jeu de show médiatique entre les syndicats et le gouvernement sur les négociations pour une rentrée apaisée, on se demande qui dit la vérité entre le gouvernement et les syndicats ?

Salimane Karimou : Ce que nous pouvons confirmer, c’est que la rentrée des classes a bel et bien lieu le 18 septembre 2017. Je suis sensible aux préoccupations de certains partenaires sociaux (je dis bien certains) qui continuent de manifester une certaine insatisfaction par rapport aux engagements, par rapport aux mesures prises jusque-là, et d’habitude je dis que cela est de bonne guerre, chacun reste dans son rôle. Les mesures prises par le gouvernement ne souffrent d’aucune insuffisance, et en termes de mesures, nous avons longuement parlé des subventions mises en place pour le fonctionnement des écoles. C’est une réalité, on ne peut pas le nier, ou dire que cela n’existe pas. La deuxième mesure, c’est la mise en place des primes de rentrée. Sur ce volet, j’aimerais confirmer le paiement effectif des primes de rentrée aux enseignants du sous-secteur Enseignements Maternel et Primaire.

De nos enquêtes, il ressort que les enseignants de votre sous-secteur ne sont pas tous rentrés en possession desdites primes. Qu’en dites-vous ?

A l’heure où je vous parle, si tous les enseignants n’ont pas encore perçu leurs primes, c’est certainement selon le mode de paiement. Sinon, c’est une évidence que de dire que la majorité a déjà perçu. Cela relève aussi du concret.


L’autre problème que posent certains syndicalistes, est la question des statuts particuliers qui datent tout de même de 2015. Qu’en est-il réellement ?

Nous nous sommes entendus avec eux comme quoi, les mesures comprises dans les statuts particuliers à incidence financière feront objet de négociation avec le ministère de l’économie et des finances pour que, sur le budget 2018, nous puissions constater ce qui est possible pour les enseignants. Les arrêtés d’application des statuts qui sont sans incidence financière ne souffrent d’aucune insuffisance. A partir de ce moment, l’on ne peut dire que la rentrée scolaire sera encore menacée.

Quel est le calendrier établi pour la rentrée de classe dans les zones inondées telles que dans la vallée de l’Ouémé et dans une partie du Septentrion comme Malanville, Karimama et autres ?

C’est heureux que vous compreniez qu’il est possible d’élaborer un calendrier scolaire spécial pour ces genres de situation spéciale, car la réalité mentionnant ce genre de situation varie d’une localité à une autre. Il va donc falloir faire le point d’abord pour savoir comment se présente la situation dans ces différentes régions. Parler du nord Benin avec le fleuve Niger qui est sorti de son nid, quelle est la situation réelle ? Est-ce que ce qui se passe au niveau de Karimama, Malanville et autres est comparable à ce qui se passe au niveau de la vallée de l’Ouémé, car il y a des localités de la vallée qui sont actuellement aussi inondée. C’est en cela que nous avons aussi projeté une sortie le lundi, nous-mêmes sur le terrain pour constater de visu la réalité de ces cas. Ces genres de calendriers ne peuvent pas être élaborés à l’insu des autorités locales, nous devrions au contraire rencontrer les élus locaux pour élaborer le calendrier prenant en compte leurs réalités. Donc le calendrier ne sera établi qu’après notre tournée.

Pourquoi avoir choisi l’Anglais au détriment de nos langues nationales ?

C’est une question de choix liée à une volonté politique, l’on ne peut faire de choix au détriment de nos réalités. Il y a une expérimentation qui est en cours depuis un certain nombre d’années. Cette expérimentation consiste à introduire nos langues nationales dans nos programmes d’études. Disons que le système éducatif formel suit toujours son cours et c’est une situation que nous sommes venus voir. Il y a un certain nombre de partenaires techniques et financiers qui accompagnent l’expérimentation. Achevée, elle sera évaluée pour voir le résultat final. Mais déjà, nous avons constaté qu’il y a une insuffisance à ce niveau qu’il faut pouvoir combler. De notre point de vue, cette insuffisance n’est pas dans la conception vu que la question de la langue nationale est une question fondamentale, mais beaucoup plus dans la mise en œuvre. L’on peut arriver au même but, tout en procédant de différente manière. Nous avons aujourd’hui en expérimentation, 10 langues nationales pour un même pays. Dans un système éducatif formel, comment l’on peut avoir 10 langues en expérimentation ? A notre entendement cela est impossible. Déjà le français qui est unique, n’était pas déjà maitrisé par tout le monde. Tellement de choses que l’on se demande si notre Etat aura les moyens pour y faire face. Par contre, quand vous prenez certaines langues comme l’anglais dont vous parlez qui est universellement parlé, alors on a la chance de résoudre à la fois plusieurs problèmes. Le problème d’unicité de langue ne va pas se poser, le problème de matériels didactiques ne va pas se poser, ni le problème de communication et c’est l’avantage que nous devons tirer même du français qui existe aujourd’hui. Quels que soient les cas de figures, il n’y a pas de région au Benin où vous ne verrez personne parler le français, même si c’est la langue du colon. Nous pouvons profiter de ce qui pouvait apparaître comme une insuffisance du point de vue historique et l’utiliser à bon escient. Et partir de là pour qu’au plan national, nous puissions nous comprendre. Cela ne justifie en rien les propos des gens qui disent que nous assistons à la disparition de nos langues.

Pourquoi avoir porté le choix sur les écoles pilotes et non l’ensemble des écoles primaires, ne craignez-vous pas d’être condamné par la Cour constitutionnelle en cas de saisine ?

Nous allons vers une innovation. Il est donc nécessaire d’adopter une approche qui vous permet de suivre, selon vos capacités, vos moyens et de faire des réajustements au fur et à mesure à l’approche de l’innovation. C’est une approche scientifique qui nécessite une échelle réduite. Lorsque vous procédez ainsi, au constat des insuffisances vous apportez des remédiations et vous faites des réajustements pour correction. L’extension ne se fait pas de façon brutale, mais plutôt progressive. Aujourd’hui, nous avons fait l’option de prendre en compte tout champ d’essai, car les réalités varient. Le choix a été fait dans les zones urbaines, semi-urbaines, et totalement rurales. Entre temps nous étions à 30 écoles au plan national, actuellement pour l’anglais nous sommes à 216 écoles. Apres 5 ans d’expérimentation, au niveau de ces 30 écoles, on a étendu cela pour avoir 150 écoles appelées écoles impliquées.

Quelles sont les mesures mises en place par le gouvernement pour lutter contre le harcèlement sexuel en milieu scolaire ?

Les nombreuses grossesses ne proviennent pas toutes du harcèlement sexuel. C’est vrai que lorsqu’on le définit, l’on prend en compte l’aspect du pouvoir ou de l’autorité qu’incarne le supérieur qui pourrait avoir de l’influence sur l’apprenante. Pour cela, des textes ont été élaborés, non pas par le gouvernement actuel. Dans le secteur éducatif, il y a des arrêtés qui définissent les sanctions en cas de harcèlement.

Est-ce que ce sont les travaux dirigés payants qui ont été refusés ou bien simplement tous les travaux ?

Ce sont les travaux dirigés payants qui se font dans les écoles qui sont interdits. Les parents peuvent faire recours à cela pour leurs enfants à la maison, mais ce sont les TD payants dans les écoles publiques qui ont été interdits par l’Etat. Cela sera toujours interdit, car il ne répond à rien de moral. L’on ne peut utiliser le bien public en faveur de certains au détriment d’autres. Certains enseignants pour ne pas dire eux tous, et qui sont en même temps titulaires des cours, s’arrangent pour que ça soit leurs apprenants qui disposent de moyens financiers pour cela. Dans de tels cas, l’on peut dire qu’il y a rétention d’information au profit de ceux-là qui viennent à ces travaux. Ce qui est combattu car, à la limite cela n’est pas moral et ne répond en rien d’éthique.

Propos recueillis par Romuald D. LOGBO

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