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Apprentissage de l’anglais au primaire | Des acteurs de l’école entre approbation, surprise et interrogation

Introduire dans le système éducatif béninois l’enseignement de l’Anglais aux fins de faire profiter le pays de toutes opportunités, aussi bien sous régionales, régionales que mondiales.

C’est du moins ce que l’on peut retenir de l’une des décisions du Conseil des ministres du 4 Août dernier après examen du rapport sur l’évaluation des besoins en matière d’enseignement de l’Anglais en République du Bénin. A cet effet, il est prévu une phase pilote pour expérimenter les résultats issus de l’implémentation de cette langue au titre de l’année scolaire 2017-2018. Approbation, interrogation, crainte et surprise constituent l’essentielle des réactions des acteurs de l’école, juristes et syndicalistes face à cette décision gouvernementale. Lisez plutôt !

Avis des acteurs de l’école

Cyrille Dah , Conseiller Pédagogique en poste à la Circonscription Scolaire de Cotonou/Gbégamey

«C’est une initiative noble que tout un chacun de nous doit accompagner en ce sens que la langue en milieu scolaire est une arme puissante de véhicule du savoir. Elle permet aux apprenants de communiquer, d’échanger entre eux. Elle permet une interculturalité en milieu scolaire. C’est une bonne chose et vivement que cela marche ».

Noël Chadaré , SG de la Confédération des Organisations Syndicales Indépendantes du Benin

«L’intention est bonne parce que nous sommes à côté d’un pays qui est anglophone, le Nigéria. Ce n’est pas normal que nous ne parlions pas cette langue. Autre chose, c’est aujourd’hui la langue la plus parlée au monde. C’est la première langue internationale. Ne pas parler cette langue-là, c’est une erreur que nous avions commise depuis et qu’il faut réparer. Donc, l’intention est bonne que nos enfants commencent déjà dès le primaire à parler l’Anglais. Maintenant, est-ce que ça été bien préparé ? Est-ce que ce n’est pas encore de l’improvisation ? Parce que si on veut le faire, on devait prendre les dispositions. Est-ce qu’on a les enseignants qui vont faire le travail ? Est-ce qu’on est sûr que le travail sera bien fait parce qu’on ne se lève pas comme ça pour dire qu’on va enseigner l’Anglais dans les classes primaires. Si c’est une décision qui a été prise dans la précipitation, on verra cela à la réalisation. C’est pour cela que je dis que c’est bien certes, mais est-ce que cela a été bien mûri, bien préparé. Si c’est fait dans la précipitation, il y aura des ratés. Mais dans l’ensemble, j’ai apprécié la décision ».

Aubert Fortunat Lando , Conseiller Pédagogique en service à la Circonscription Scolaire de Cotonou/ Akpakpa

«Nous savons que l’Anglais est une langue qui est importante compte tenu de notre situation géographique. Le Nigéria est l’un des pays limitrophes du Bénin, le Ghana n’est pas loin. Il suffit de traverser le Togo et le Ghana est là. Nous avons des relations avec ces deux nations anglophones et sur l’échiquier international également, l’Anglais est beaucoup parlé. Il est donc important que cette langue soit introduite dans le système éducatif, qu’on l’enseigne et que nos enfants puissent la maîtriser comme il se doit pour se défendre dans le contexte économique actuel. Mais, la décision m’a semblé un peu à la hâte. Ça n’a pas été trop préparé. C’est en Conseil des Ministres qu’on a appris que désormais l’Anglais sera enseigné dans les écoles. Alors que ça doit être quelque chose qui devrait être quand même mis à la connaissance des acteurs du système depuis. Les acteurs du système doivent être informés que telle décision sera prise. C’est une sorte de surprise pour moi. C’est bon mais la manière dont ça été annoncée ne va pas. Maintenant, à côté de ça, il y avait autres langues, les langues nationales qui étaient sous tapis depuis. Maintenant comme c’est la langue anglaise qui est choisie, on s’en tient à ça. On avait fait l’expérimentation de langue anglaise entre temps bien avant les langues nationales qui ont été abandonnées. Mon souhait est qu’on ne commence pas et qu’en cours de route, qu’on mette fin à cela ».

Marc Zinzindohoué , juriste


«D’abord, nous sommes dans un monde globalisé où l’Anglais est la langue prédominante, la langue des affaires, la langue internationale. A ce titre, on ne peut que se réjouir que dès le bas âge nos enfants puissent être amenés à avoir une formation adéquate dans ce domaine. Il est aussi heureux de voir qu’il s’agit d’une phase pilote donc progressivement nous allons voir dans les jours à venir les succès, les échecs et améliorer cette décision pour l’étendre sur le territoire. Ensuite, je ne peux que m’offusquer parce que bien que nous ne soyons pas français par nature, c’est la langue officielle du pays et je m’étonne que sur ce même territoire, il existe des zones où il n’y a pas suffisamment de classes, d’écoles, d’enseignants pour apprendre la langue officielle d’abord avant qu’on puisse se soumettre aux désidérata des puissances étrangères en imposant l’Anglais. Donc, j’aurais aimé que nous allions progressivement avec l’apprentissage du français, avec l’apprentissage aussi de nos langues locales parce qu’un peuple qui oublie son histoire, est un peuple sans avenir. C’est le seul bémol que j’apporterai à cette décision et j’espère qu’elle pourra produire des effets positifs à long terme ».

Enock GUIDJIME

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