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Madina Bolly, Coordonnatrice de la RAMAA | « Dans la RAMAA, ce qui est formidable, c’est que nous accompagnons les pays »

Spécialiste de programme à l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie, Madina Bolly travaille surtout dans le domaine de l’alphabétisation et des compétences de base.

Elle est Coordonnatrice de la Recherche Action sur la Mesure des Apprentissages des Bénéficiaires des Programmes d’Alphabétisation connue aujourd’hui sous l’acronyme RAMAA. De passage à Cotonou, dans le cadre du troisième atelier technique de la RAMAA II, elle a, volontiers, accepté de lever un coin de voile sur les objectifs et les défis de cette recherche action. C’est à travers un entretien avec votre multimédia Educ’Action, dont voici la teneur...

Educ’Action : RAMAA, qu’est-ce que c’est ?


Madina Bolly : Je dirai que la RAMAA qui est une Recherche Action sur la Mesure des Apprentissages des Bénéficiaires des Programmes d’Alphabétisation, est un projet initié par l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie (IUL), à partir d’un besoin exprimé par les pays. Nous sommes partis de certains principes directeurs. Nous savons que l’alphabétisation, tout comme l’éducation, constitue un droit humain. Il doit être accessible à tous et à toutes. Nous sommes aussi tout à fait d’accord que l’alphabétisation constitue le fondement du développement durable. Parce qu’avec un faible taux d’alphabétisation, il serait difficile pour un pays de réussir la dynamique du développement durable. Nous sommes également d’accord que l’alphabétisation constitue le fondement de l’apprentissage tout au long de la vie parce que nous nous disons que sans une maîtrise suffisante de l’alphabétisme, il serait difficile de s’engager dans le processus de l’apprentissage tout au long de la vie. A partir de ce postulat qui est communément admis par la communauté internationale, nous constatons qu’il y a une faible prévalence du niveau d’alphabétisme des jeunes et des adultes au sein de la population surtout en Afrique. Parce que, si nous nous référons aux mesures déclaratives, ce taux d’alphabétisme, est bien en deçà de 50% pour la plupart des pays. A côté de ce taux de faible niveau d’alphabétisme, il y a aussi un élément majeur que nous constatons. L’éducation de base des jeunes et des adultes qui sont hors système scolaire ne semble pas constituer une priorité pour les pays encore moins pour les partenaires de développement. Surtout quand vous allez au niveau des allocations budgétaires, vous voyez que vous avez moins d’un (1)% du budget qui est alloué à ce secteur. A partir de ces constats, l’IUL mais également d’autres experts ont porté la réflexion pour voir comment renforcer la position de l’alphabétisation au sein de l’éducation. Et donc nous sommes partis pour porter la réflexion sur toutes les approches, les stratégies qui étaient mises en œuvre dans l’évaluation des apprentissages. Et là, nous avons constaté des défis de taille. Nous avons constaté que les données qui étaient générées, n’étaient pas fiables parce qu’il n’y avait aucune procédure de qualité. Ces données ne pouvaient pas être utilisées pour la décision politique.

Doit-on alors comprendre que qui dit RAMAA, dit statistiques ?

Bien sûr. Qui dit RAMAA dit indicateurs, production de données fiables, production de données pertinentes pour orienter les décideurs politiques.

Quels sont les objectifs poursuivis par la RAMAA ?

Notre objectif, c’est de pouvoir renseigner les décideurs politiques, sur le niveau réellement acquis par les bénéficiaires des programmes d’alphabétisation et cela pour renseigner la qualité des programmes d’alphabétisation.


Depuis quand, la RAMAA a-t-elle été mise en route ?

Nous avons commencé la première phase du projet en 2011 avec 5 pays qui ont adhéré, c’est-à-dire le Burkina faso, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Maroc. Nous avons fait cette phase de 2011 à 2014. Quand vous abordez le domaine de la mesure de l’alphabétisme, vous vous rendez compte que c’est un domaine très complexe.

Quels sont les défis auxquels vous faites face aujourd’hui ?

Les défis liés à la RAMAA sont surtout d’ordre technique. C’est-à-dire qu’on se demande quelle est la porte d’entrée dans ce secteur non formel. Ces défis de taille sont aussi au niveau institutionnel. Parce qu’à ce niveau, lorsque les pays se sont engagés, ils se sont engagés sur plusieurs pans. D’abord, ils sont engagés avec la RAMAA dans leur pays, mais aussi engagés à mobiliser les fonds pour les activités nationales. Donc, nous étions arrivés à un niveau où il y avait un déphasage au niveau de l’avancement puisque nous parlons d’outils harmonisés. Certains pays avançaient, mais d’autres mettaient du temps. Il y a des pays qui avaient fait l’enquête pilote, d’autres, l’enquête principale, ce n’était pas l’objectif de la RAMAA. Nous sommes allés alors vers la deuxième phase en essayant de tirer les leçons nécessaires de la première phase pour voir comment faire mieux afin de définir des outils de qualité, des outils scientifiques. C’est en ce moment que nous avons développé une note conceptuelle vraiment très robuste et dès que nous l’avons présentée aux pays, sept pays additionnels ont adhéré au projet. Et donc nous nous retrouvons en plus des 5 pays de la première phase avec le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la République Démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Tchad et le Togo.


Le Bénin a accueilli du 14 au 16 Novembre 2017, le troisième atelier technique de la RAMAA II. Que retenir de ce rendez-vous de Cotonou ?

Nous avons eu un atelier de trois jours à Cotonou pour l’ajustement des outils que nous avons développés. C’était surtout de nous focaliser sur le référentiel de compétences. Dans les deux premiers ateliers, nous sommes partis pour collecter d’abord les informations des nouveaux pays, surtout les informations contextuelles, ce qui concerne les référentiels des compétences des programmes. Mais puisqu’il s’agit d’une évaluation externe, au niveau des acquis d’apprentissages, il y a aussi le référentiel de compétences mobilisées au niveau des activités professionnelles comme au niveau des répertoires des métiers, tout ce qui se trouve au niveau des documents politiques. Donc, c’est tous ces différents niveaux qui ont été mis en commun. Le référentiel de compétences harmonisées, est une mise en commun des données contextuelles produites par les pays et à partir de ce référentiel de compétences harmonisées, nous allons vers le cadre d’évaluation qui va prendre appui sur cet outil mais également sur les bonnes pratiques dans la mesure de l’alphabétisme. Nous avons validé le référentiel de compétences harmonisées à Cotonou et j’en suis très fière. Je dis un grand bravo aux pays, c’était laborieux. Dans ce référentiel, différents types de compétences sont ressorties des données contextuelles. Il y a tout ce qui concerne les données de base. Tout ce qui concerne les compétences socio-éducatives et professionnelles. Voilà de quoi retourne le rendez-vous de Cotonou.


Ce construit que vous mettez en place avec tant d’ardeur au travail, reçoit-il la bénédiction du politique qui a le dernier mot ?

A coup sûr oui, pour les 12 pays parce qu’ils ont signé un engagement. Mais comme vous savez, il y a des situations politiques qui se créent. Je puis toutefois rassurer qu’au niveau des ressources humaines, des experts nationaux, il y a un engagement réel. J’ai une équipe dynamique, engagée. Mais le problème qui se pose, ce sont les ressources budgétaires. C’est pour cela que nous impliquons à chaque étape les autorités ministérielles. D’ailleurs, le 4 décembre prochain, nous aurons la réunion ministérielle de la RAMAA. En effet, à côté des outils développés avec les experts nationaux, nous avons des réunions ministérielles qui capitalisent sur l’état d’avancement de la RAMAA. Nous allons avec les ministres des 12 pays, capitaliser sur les recommandations de la réunion de Marrakech nous verrons comment avancer au niveau du volet institutionnel.


Quelle est la prochaine étape de cette recherche action que vous coordonnez ?

Nous sommes à une étape d’un outil qui a été développé. L’autre étape, c’est de développer le cadre d’évaluation. C’est le cadre qui va vraimentconstituer, l’outil de la RAMAA. A partir de ce cadre, nous irons vers les tests de mesure, c’est-à-dire les questionnaires de contextes qui vont être développés avec les pays. Je dis dans la RAMAA, ce qui est formidable, c’est que nous accompagnons les pays. C’est les pays qui développent les outils. Donc, nous irons ensemble vers le développement des questionnaires qui vont être administrés aux bénéficiaires à la sortie des programmes d’alphabétisation pour voir quel est le niveau des apprenants mais encore nous analyserons la durabilité de ces apprentissages.

Propos receuillis par Ulrich Vital AHOTONDJI

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