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Hyacinthe Gbayé, sur la mise œuvre des Plans éducatifs au Bénin

« Le gros problème, c’est la passation des marchés … les procédures sont longues »

 

Lors de sa dernière session de travail le 14 novembre 2017, le Groupe Locale Education (GLE), instance de pilotage du secteur de l’éducation, a pris d’importantes décisions pour faire du Plan Sectoriel de l’Education (PSE) post 2015, un projet performant pour le bonheur du Bénin. Parmi ces décisions, figure la désignation de la Banque Mondiale comme agent partenaire du plan. En un mot, le gendarme qui va veiller à la bonne utilisation de l’argent de la communauté internationale. Chargé de la question au niveau de l’institution de Breton Woods en tant que spécialiste de l’économie de l’éducation pour le Bénin et le Togo, Hyacinthe Gbayé jette ici un coup de projecteur sur sa mission, dès la validation du plan, et dit ce qu’il pense de l’éducation au Bénin. Entretien avec un passionné de l’éducation…

Educ’Action : La Banque Mondiale vient d’être désignée comme agent partenaire du PSE POST 2015. Dites-nous, que doit faire l’agent partenaire dans le cadre de ce nouveau Plan Sectoriel de l’Education ?

Hyacinthe Gbayé : Lorsque le Plan Sectoriel est validé, il y a des partenaires qui viennent en appui au gouvernement pour la mise en œuvre du plan en sachant que c’est le gouvernement qui finance la grande partie. Parmi ces partenaires, il y a le Partenariat Mondial de l’Education (PME) qui apporte un don. Pour se faire, on prépare un projet qui soutient certaines activités jugées cardinales pour la réussite du plan sectoriel. C’est le rôle de l’agent partenaire d’appuyer le gouvernement dans la préparation de ce document de projet qui identifie les principales activités à financer, les principaux objectifs, les résultats attendus, les procédures de gestion financière et de passation des marchés, les procédures de suivi-évaluation, ainsi de suite. Après la conception du document, nous assurons aussi la mise en œuvre de ce document en veillant à ce que les dépenses s’effectuent conformément à ce qui a été prévu, selon les procédures qui figurent dans les documents de projet. Il y a aussi le suivi et l’appui technique pour la mise en œuvre des activités du projet afin que les résultats prévus soient atteints.

En tant qu’agent partenaire, quelles dispositions comptez-vous prendre dans la mise en œuvre de ce plan pour aider le Bénin à atteindre l’ODD4 qui mise sur la qualité de l’éducation tout au long de la vie ?

Le rôle de l’agent partenaire, c’est d’appuyer le gouvernement dans le choix des meilleures actions qui permettront d’améliorer la qualité de l’éducation. Par la suite, assurer la mise en œuvre de ces activités conformément au dispositif prévu et s’assurer qu’on progresse vers les résultats initialement prévus.

Vous êtes à votre troisième mandat dans ce rôle d’agent partenaire, quel bilan faites-vous des deux premiers mandats et quels sont les péchés du Bénin en la matière ?

Pour les deux premiers programmes, tout s’est passé globalement bien. Nous avons retenu ensemble avec le gouvernement d’utiliser les procédures nationales que tout le monde incrimine aujourd’hui notamment à travers la passation des marchés. Ces procédures sont longues. Il faut que les personnes qui sont à chaque niveau dans ce processus puissent faire leur travail dans le délai imparti pour que le projet puisse atteindre ses résultats. Quand un dossier doit faire cinq jours dans une structure conformément aux textes, il faudrait qu’on mette tout en œuvre pour que les cinq jours ne soient pas dépassés pour devenir cinq semaines. Le gros problème c’est la passation des marchés. En général, le délai d’exécution des projets est court, c’est parfois trois ou six mois. Mais, le délai minimum de passation des marchés au Bénin, c’est six ou sept mois si tout va bien sinon cela peut aller jusqu’à un an. Si chaque acteur de la chaîne peut mettre tout en œuvre pour raccourcir les délais de traitement des dossiers, cela permettra à l’ensemble des projets du gouvernement d’atteindre leurs objectifs.

Que faire alors pour lever ces goulots d’étranglement ?

Dans le cadre du deuxième programme en cours de mise en œuvre, nous avons mis en place un dispositif au niveau du ministère des finances qui devait faciliter un peu la passation des marchés. Cela a fonctionné un peu, mais l’idéal c’est que nous atteignions l’optimum en termes de fonctionnement. Ce qu’il y a lieu de faire dans le cadre du présent projet, c’est d’échanger avec les acteurs pour connaître les blocages et en tenir compte dans la revue du dispositif.


Globalement, quelle appréciation avez-vous du système éducatif béninois ?

Globalement, il y a des progrès qui sont effectués au niveau du secteur notamment en termes d’accès. Ces progrès sont sensibles et perceptibles même s’il est vrai qu’il y a une douzaine de communes où quelques problèmes persistent encore. Je crois qu’au cours de ce programme en élaboration, nous avons mis en place quelques actions pour faire progresser l’accès dans ces communes. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour que les populations comprennent que l’éducation des jeunes garçons et filles est importante.

Quelle analyse faites-vous des résultats du dernier PASEC ?

Les résultats qui ont été donnés, ont montré qu’en termes d’apprentissage, au niveau des premiers cours, les enfants n’apprennent pas grande chose, ce qui explique les résultats minables. Par contre, en classe de CM2, les résultats étaient parmi les quatre meilleurs de la région couverte par l’enquête. Les analyses qui ont été faites, ont montré qu’au niveau du management des écoles, ce ne sont pas les meilleurs enseignants qui sont désignés pour recevoir les premiers élèves mais c’est en réalité ce qui devait être. Dans une école, les classes de CI et CP ne sont pas des classes faciles. Ce sont les premières classes où l’enfant entre en contact avec l’école. Il est donc important que les enseignants de ces classes soient expérimentés pour mieux prendre en charge ces enfants. Les gens se focalisent uniquement sur les classes d’examen et mettent les meilleurs enseignants au CM2 et le reste des enseignants sont répartis dans les autres classes. Les résultats ont également montré que l’effet-maître a une place importante dans l’apprentissage des enfants. Si vous faites une enquête dans les écoles du Bénin, vous verrez que les enseignants du CM2 sont très sérieux et ils travaillent très sérieusement avec les enfants. Vous les verrez travailler les mercredis soirs et les samedis matins avec les enfants parce qu’ils savent qu’à la fin de l’année, il y a un examen. Cet examen évalue non seulement les élèves, mais aussi l’enseignant et l’école. Je crois qu’il y a une prise de conscience qui doit naître au niveau de tous les enseignants du système parce que, si les enseignants des quatre premiers cours n’ont pas fait du bon travail, l’enseignant du CM1 et du CM2 aura beau se décarcasser, il n’aura aucun résultat. Donc, le résultat du CM2 que nous avons au CEP, n’est pas que le résultat de l’enseignant qui a gardé les enfants au CM2 mais c’est le résultat de tout ce qui s’est passé durant les six années de scolarité de l’enfant, de ce que chaque enseignant a apporté dans les apprentissages de l’enfant.

Une exhortation à l’endroit des acteurs du système !

Chaque acteur du système éducatif, que ce soit les enseignants, les parents d’élèves, les élèves et étudiants, l’administration, les partenaires à divers niveaux, chacun doit comprendre que l’éducation est essentielle pour le développement.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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