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EPP Togbin Daho | Des salles de classes décoiffées, des apprenants sans enseignants

A moins de trente minutes de Cotonou, à Togbin Daho, dans la commune d’Abomey-Calavi, l’école primaire publique se trouve dans de beaux draps depuis plus d’un an.

Avec ses classes sans toitures et sans enseignants, l’EPP Togbin Daho est une triste révélation de l’école béninoise qui interpelle la conscience collective. Votre journal Educ’Action y a fait un tour. Constats…

Ils n’ont pas besoin d’aller à l’Eglise pour prier leur Dieu. Dès qu’ils lèvent leurs têtes, ils communiquent directement avec le ciel ! Les toitures de leurs salles de classes s’étant volatilisées depuis des mois. Ces écoliers de l’EPP Togbin Daho, livrés aux intempéries : soleil, vents et pluies, vivent le martyr depuis plus d’un an. « C’est l’année dernière qu’une tornade a décoiffé les bâtiments de notre école», a déclaré à Educ’Action, Nikoué Assiendé, directeur de l’EPP Togbin Daho, visiblement peiné. Pascal Houngnimassou, enseignant en poste à Togbin Daho renchérit les propos de son directeur : « Il y a seulement un an que j’ai été affecté ici. En Novembre dernier, j’ai pris service et j’ai découvert avec stupéfaction la triste réalité.», a indiqué le maître du CMI.
Salles de classes décoiffées, plafonds troués, toilettes aux portes chancelantes, sols entièrement crevassés, brasseurs rouillés et en lambeaux, secoués par les embruns marins, le bilan des dégâts observés ici est digne d’un rêve. Et pourtant, la réalité est belle et bien là. Les écoliers de Togbin Daho vivent un cauchemar depuis plus d’un an.

Classes crevasses


Des explications du personnel enseignant ...

Des clarifications reçues du directeur de l’école et de son personnel, toutes les diligences ont été faites pour que les autorités soient informées. Mais, jusqu’au moment où Educ’Action met sous presse cet article, rien n’a bougé. « Ils nous avaient promis qu’avant cette rentrée des classes, les choses rentreraient dans l’ordre, mais vous constatez avec moi la réalité. Même la mairie que nous avons saisie n’a pas bougé d’un pouce. Quand il pleut, nous sommes sous la pluie, quand il fait soleil, nous sommes sous le soleil », a expliqué le Directeur Nikoué Assiendé. « Moi, j’ai écrit et supplié le directeur de me laisser partir d’ici parce que c’est décevant. Nous ne pouvons pas continuer à travailler dans de pareilles conditions. Lorsque la pluie commence avant votre départ de la maison, vous êtes soucieux. Lorsque vous êtes en classe, il faut constamment regarder le ciel pour redisposer les bancs afin d’éviter le plein soleil sur les enfants. Lorsqu’il pleut, c’est la catastrophe. Vous disparaissez tout simplement des salles », déplore le maître Pascal Houngnimassou, à bout de patience.

De l’ambiance de travail...

Dans les salles de classes visitées, les écoliers sont recroquevillés dans les coins, fuyant le soleil ou la pluie. Le regard évadé, ils suivent à peine leur maître. Pour l’élève Ahouganssi Thérèse d’Avilla, en classe de CM2, l’apprentissage n’est pas aisé. « C’est le directeur qui nous garde en classe. Quand il fait soleil, on met les bancs dans les coins et quand il pleut, quelquefois on reste dans la classe, quelquefois, on se déplace vers le bâtiment des enseignants qui a une véranda. », a clarifié, la petite Thérèse. Avec sa foi, elle conclut : « souvent, nous prions pour que la pluie ne tombe pas.» Malheureusement, le vendredi 6 octobre 2017 soit le lendemain de ses déclarations, une pluie diluvienne s’est abattue sur l’école. C’est en catastrophe que les classes se sont vidées. Son collègue de classe Rodolphe Dansi dira d’ailleurs qu’ils ne sont pas du tout à l’aise quand il pleut, car « toute la classe est inondée et parfois, nous avons les pieds trempés dans l’eau», a signifié le petit enfant.

Le cri de cœur des écoliers et des enseignants

Face à ces difficultés, Rodolphe Dansi, élève en classe de CM2 lance un appel aux autorités : « je voudrais prier tous les décideurs qui nous écoutent, toutes les personnes de bonne volonté à nous venir en aide pour que la pluie et le soleil ne nous dérangent plus dans les classes». Le maître Pascal du CM1, quant à lui, ne cache pas sa déception : « Il est inconcevable que nous puissions donner des résultats dans des conditions de travail aussi précaires et pitoyables. Les enfants de Togbin ne sont-ils pas des Béninois ? Depuis un an, nous courons dans tous les sens pour que l’école retrouve ses lettres de noblesse mais nous sommes à bout de force ! Si les journalistes que vous êtes, vous pouvez nous aider à passer le message, ce serait déjà un pas ».

Des diligences

Depuis l’avènement de cette situation dramatique à Togbin, les autorités de la mairie et du MEMP n’ont visiblement apporté aucune solution et ce, depuis plus d’un an. Educ’Action continue d’attendre les Rendez-vous des autorités communales pour avoir leur version des faits. Quoiqu’il en soit, les faits sont têtus et nous prouvent à suffisance que la situation n’a pas changé.
Crée depuis 1968, l’EPP Togbin Daho dispose de 6 classes avec 4 enseignants. Nikoué Assiendé est directeur de cette école depuis 4 ans avec des taux de réussite toujours au-delà des 50 pour cent en dépit des problèmes quotidiens à gérer.

Toilettes avec portes delabres

Jusqu’à quand ?

Toute la question est là ! Jusqu’à quand doit-on laisser des enfants subir les affres des intempéries. 365 jours ne sont-ils pas suffisants pour une administration qui se veut performante pour régler ce problème ? Les enfants de Togbin ont-ils commis un péché irréparable pour lequel ils doivent subir un châtiment ? Comment comprendre qu’après toutes les dispositions prises par l’administration de l’école pour informer les autorités, rien n’a bougé jusqu’à la date d’aujourd’hui. C’est pour le moins aberrant que dans une République où l’on règne par compétences, des cadres faillissent aussi élégamment à leur mission sans inquiétude et sans un minimum de conscience. L’Etat central et la commune seraient-ils en train de renvoyer tous les enfants de Togbin vers l’enseignement privé ? Et les enfants des pauvres, qu’adviendra-t-il d’eux ? Que faisons-nous de l’éducation pour tous ? La question de la qualité ne restera-t-elle qu’un discours officiel, un vœu pieux ? S’il nous reste encore un minimum de dignité et de fierté pour notre pays, cette situation sera résolue dans les meilleurs délais. Dans le cas contraire, l’histoire retiendra les noms de toutes ces personnes qui auront contribué à la décrépitude de l’école béninoise. Ce Rendez-vous de l’histoire est immanquable !

Ulrich Vital AHOTONDJI

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