RAVIP 02

Le Coeur a ses Raisons : Episode 5 : Le lévirat, mon malheur

Giscard et Adorée sont deux jeunes gens de classes sociales différentes.
Cependant, ils sont épris d’amour l’un pour l’autre.

Un amour qu’ils doivent défendre envers et contre tout s’ils veulent voir aboutir leur projet de vie commune. Mais dans un contexte social fortement dominé par les commerçants de sentiments, contexte social également caractérisé par le matérialisme chronique, les deux tourtereaux parviendront-ils à faire triompher leur amour ? Réponse à travers les lignes des 12 épisodes de cette histoire : « Le Cœur a ses Raisons ».

- Ma fille, la rue est trop étroite. Je propose que tu me laisses ici. Je vais marcher jusqu’à la maison ; suggéra maman Giii.
- Ok madame. Mais laissez-moi vous accompagner jusqu’à votre maison ; proposa la jeune fille.
Après seulement quelques minutes de marche, les deux atteignirent le seuil du portail de la demeure de maman Giii.
- C’est ici que vous habitez ?, demanda la jeune fille à maman Giii.
- Oui, pourquoi ? Non simplement par curiosité
- Jeune fille, nul besoin de le dire ; je sais ce que vous pensez. Je sais lire dans le regard.
- Vous avez raison, madame. La maison est très modeste.
- Très modeste, oui. Mais ceux qui y vivent ont un grand cœur ; indiqua maman Giii.
- Je n’en doute pas un seul instant. Ben…. Je n’aurai pas le temps de rentrer dans la maison. Je me rendais à un rendez-vous. Je passerai vous voir un de ces jours.
- Merci, ma fille. Que Dieu te bénisse.
Le soir, quand Giscard fut de retour, sa mère l’informa de sa mésaventure.
- Cette fille a osé te traiter de sorcière ? Quelle chance que je n’étais pas présent. Je lui aurais donné quelques leçons de bonne éducation ; grommela Giscard, visiblement très fâché.
- Elle m’a fait ressasser ce passé que j’ai essayé d’oublier depuis 15 ans déjà ; lança maman Giii.
Elle leva les yeux et fixa longuement une photo suspendu au mur. C’était la photo de son regretté mari. Et leurs derniers échanges lui revinrent à l’esprit, comme si c’était hier qu’ils les avaient eus :
- Chéri, il faut que tu renoues avec ta famille. Cette maladie te fait trop souffrir. Elle t’a abattu complètement. Et le pire, les médecins n’arrivent pas à la diagnostiquer.
- Non. Ma famille t’a rejetée parce que je t’ai choisie. Ma famille, depuis, c’est toi et notre garçon. Si un jour ma famille t’accepte, ma position à leur égard changera aussi ; clarifie le malade qui, visiblement, peinait à prononcer les mots.
Quelques jours plus tard, le malade mourut. Et Pélagie se retrouva devant sa belle-famille à s’expliquer ; parce que accusée.
- Tu as éloigné de nous notre fils pendant tout ce temps. Maintenant que tu l’as tué, tu nous ramènes son corps ; vociféra méchamment l’une de ses belles-sœurs qui lui porta la main dessus.
- Je n’ai rien fait à mon mari. On s’aimait profondément.
- Tais-toi, sorcière. Que sais-tu de l’amour ? C’est l’argent de notre fils qui t’intéressait. Et ce garçon que tu lui as donné n’a physiquement rien d’un Kobli ; avancèrent certains membres de la famille.
Dépassée, Pélagie ne pipait plus mot.
Le chef de sa belle-famille prit la parole.
- Tu dis n’avoir rien fait à notre fils, sorcière. Alors tu vas nous le prouver. Enfermez-la dans la même chambre que le corps de notre fils. Elle y restera jusqu’à demain ; ordonna-t-il.
Et l’une de ses belles-sœurs ajouta :
- Ooooo….. Sorcière. Les mânes de nos ancêtres te demanderont des comptes pour la mort mystérieuse de notre fils.
Et Pélagie fut jetée dans la chambre où était déposé le cadavre de son mari, sur une natte.
Le lendemain après l’inhumation du corps, les rituels propres à la famille se poursuivirent.
- Ton mari et toi avez fait le mariage coutumier. Et tu as eu un enfant avec lui. Donc, tu sais qu’à sa mort, tu dois épouser l’un de ses frères pour que la famille continue de veiller sur toi et ton garçon. C’est la tradition qui le veut ainsi ; expliqua le chef de famille qui se proposa de prendre Pélagie en mariage.
- Impossible ! rétorqua-t-elle violemment. Je n’aimerai plus aucun homme que mon mari. Alors soyez certain que personne d’autre dans cette famille ne me déshabillera...
Une de ses belles-sœurs lui administra une gifle sonore qui l’empêcha de continuer.
- Quand tu épouses un homme, tu épouses aussi ses traditions. Et même si tu n’es pas Béninoise, tu dois te conformer à nos prescriptions traditionnelles ; renseigna un des frères du défunt.
- Je suis une Franco-marocaine qui ne sait rien de vos coutumes, oui, mais……
- Tais-toi, on ne t’a rien demandé. Conformes-toi à la tradition ; intima le chef de famille à la veuve avant de poursuivre.
- Tu ne veux peut-être pas de moi. Mais tes beaux-frères défileront devant toi. On te laisse tout le temps pour mieux observer et choisir.

Estelle DJIGRI