banner ong educaction

Le Coeur a ses Raisons - Episode 4 : Un passé ressuscité

- Giscard mon chéri, je vais au marché. Quand tu auras quitté la douche, ne m’attends pas avant de partir, conseilla Pélagie à son fils.


Maman Giscard est pressée de se rendre au marché pour faire des emplettes comme elle en a l’habitude, à chaque fin du mois.
Pour le repas de ce soir, Pélagie pense bien concocter un plat de pâte accompagnée de la sauce Asrokwin (sauce très gluante faite à base d’amandes séchées et écrasées de pomme sauvage). Pour réussir cette cuisine, Maman Giii - comme les femmes aiment à l’appeler dans le marché - a besoin d’amandes écrasées de pomme sauvage, d’huile rouge, de piment en poudre, des crabes, du poisson fumé, de la peau de bœuf (kpanman) et d’autres ingrédients. Elle s’avance vers un étal tenu par une jeune fille qu’elle voit pour la première fois dans ce marché.
- Bonjour diovi (demoiselle en langue fon). A combien je peux prendre ce poisson ?, demanda-t-elle en montrant du doigt un poisson.
- Maman, c’est à 800 francs CFA, répondit timidement la vendeuse qui visiblement, n’est pas d’humeur agréable.
- Laisse-moi ça à 400 francs pour que j’en prenne deux, marchanda maman Giii sans se soucier de la mine de la vendeuse.
- Pardon ! Si tu ne veux pas acheter, madame, il faut dégager de là pour que je vois loin. On a dit 800 francs et tu as le courage de dire 400 francs. Tu n’as jamais fait le commerce, ce n’est pas ta faute. N’importe quoi ! asséna sans égards la vendeuse de la vingtaine environ, à maman Giii.
- Demoiselle, qu’ai-je dit de mal pour que tu me traites de cette façon ? On se connaissait ?, lui demanda maman Giii.
- Hors de ma vue, pauvre sorcière. C’est forcément ici que tu viendras prendre le poisson ? Tu n’as pas vu toutes ces vendeuses de poisson avant de venir ici ? Sorcière, dégage ; lui lança la vendeuse.
Toute bouleversée et froissée dans sa dignité, elle continua son chemin, le regard songeur. Son passé refit surface soudain dans sa mémoire. Peinée, elle oublia même de faire le reste du marché, n’ayant plus vraiment la tête à cela. Cette appellation de sorcière a suscité en elle, le souvenir de son passé qu’elle s’est jurée d’oublier à jamais. Hélas, une jeune fille mal polie a bien réussi à lui faire penser à sa vie passée. Elle oublia d’ailleurs qu’elle devrait traverser la voie pavée pour se rendre de l’autre côté du marché.
- Odjéééé !, s’écrièrent tous les témoins de cet accident qui n’a laissé aucune blessure sur celle-ci, si ce n’est une égratignure.
Une jeune fille sortit de la voiture en vitesse pour se diriger vers la dame à terre.
- Maman… Maman, êtes-vous blessée ? Je suis vraiment désolée, je ne vous ai pas vue passer, s’excusa la jeune fille qui était au volant du véhicule qui a causé le choc. Mais la femme à terre n’avait qu’une seule phrase sur ses lèvres :
- Sorcière, sorcière ? Moi sorcière à nouveau ?
- Madame, je ne vous ai jamais traitée de sorcière. S’il vous plaît, levez-vous pour que je vous conduise à l’hôpital. Vous saignez du pied.
La jeune fille s’empressa d’installer la dame sur la banquette de son véhicule.
- Ma fille, où m’emmènes-tu ?, demanda maman Giii à cette jeune fille.
- A l’hôpital bien sûr. Vous ne pensez quand même pas que je vais vous laisser dans cet état.
- Alors que je pensais avoir été tuée dans mon âme par une jeune fille irrévérencieuse dans le marché, vous voilà vous, jeune fille bien polie, essayez de me sauver. C’est la preuve qu’il n’y a pas que de mauvaises personnes dans la vie.
- Que donc s’est-il passé dans le marché, madame ? Vous pouvez tout me dire si vous le voulez.
- Ma fille, j’ai toujours voulu raconter l’histoire de ma vie à ceux qui voudraient l’entendre. Mais là, je me sens un peu mal. Ramène-moi simplement chez moi. Là-bas, je pourrai me soigner, implora maman Giii.

Estelle DJIGRI